Chapitre II — Clément de Rome : intervention à Corinthe et continuité du ministère

Enluminure symbolique : Clément remet une lettre à deux messagers, devant un paysage évoquant Rome et la Méditerranée.

La lettre traditionnellement attribuée à Clément de Rome atteste une intervention de l’Église romaine dans les affaires d’une autre communauté chrétienne. Elle défend des ministres injustement déposés, rattache leur charge aux dispositions prises par les apôtres et demande aux Corinthiens de recevoir la correction qui leur est adressée. L’autorité invoquée dépasse ainsi la simple préférence d’un groupe romain. La lecture catholique y reconnaît un témoignage ancien d’une responsabilité de Rome pour la communion entre les Églises. Il faut toutefois distinguer ce que la lettre accomplit de toutes les explications que la doctrine de la primauté donnera ensuite de cette responsabilité.

L’objection mérite d’être formulée avec précision. Le document parle au nom de l’Église de Rome ; il ne contient pas la signature personnelle d’un pape. Il désigne plusieurs responsables locaux et ne développe pas une théorie de la succession de Pierre. Ces constatations, mises en avant dans les publications de Maxime Georgel, doivent entrer dans l’examen. Elles ne dispensent cependant pas de lire les passages où Rome qualifie la crise, requiert l’obéissance et organise le suivi de son intervention. 1

L’enquête portera donc sur trois questions liées : quelle continuité ministérielle est défendue, quelle autorité l’Église romaine exerce-t-elle envers Corinthe et comment cette démarche a-t-elle été reçue ? Nous partirons de la lettre elle-même, avant de confronter son témoignage à ceux d’Hermas, de Denys de Corinthe et d’Irénée. Les brefs extraits français de 1 Clément suivent la traduction d’Hippolyte Hemmer ; les références distinguent le texte ancien des commentaires de son éditeur. 2

Sommaire

1. Une lettre romaine dont il faut identifier correctement la voix

1.1. L’Église de Rome s’adresse à l’Église de Corinthe

L’adresse met en relation deux Églises de Dieu : celle qui séjourne à Rome et celle qui séjourne à Corinthe. L’expéditeur ne commence donc pas par énumérer les titres d’un individu. La lettre adopte une voix collective, qui s’exprime au nom de la communauté romaine. Cette donnée commande la manière de parler de son autorité : le sujet immédiatement attesté est l’Église de Rome agissant envers une autre Église. 3

Cette forme collective ne signifie pas que tous les membres ont rédigé le document ensemble, ni qu’aucun responsable particulier ne préside à sa préparation. Le texte ne fournit pas ce renseignement. Inversement, on ne peut remplacer son adresse par la signature personnelle qu’elle ne comporte pas. Une étude de la primauté doit conserver les deux éléments : une action romaine réelle et une présentation ecclésiale de cette action.

Cette présentation importe aussi pour l’interprétation catholique. Le ministère romain concerne une Église concrète, son héritage et sa communion avec les autres. Il n’est pas nécessaire de supposer que toute expression collective exclut par principe une responsabilité personnelle. Mais l’identification de cette responsabilité demande un témoignage supplémentaire : elle ne se déduit pas du seul pronom employé par la lettre.

1.2. L’attribution à Clément repose aussi sur la tradition ancienne

Irénée rapporte qu’après Lin et Anaclet, Clément reçut l’épiscopat romain. Il rattache à son temps la crise de Corinthe et l’envoi d’une lettre par l’Église de Rome. Son témoignage associe donc une personne, une succession et une démarche de l’Église. Il est postérieur à l’intervention elle-même : c’est un témoin ancien de son attribution et de sa compréhension, qu’il faut distinguer de l’adresse du document. 4

La datation appelle une distinction semblable. La lettre évoque des épreuves qui ont retardé l’attention des Romains, mais ne donne ni année ni nom d’empereur. Eusèbe place Clément dans sa succession romaine à l’époque de Domitien, puis sous Trajan. La fin du Ier siècle constitue le cadre traditionnel de lecture ; attribuer à la lettre une date précise ne revient pas à relever une date inscrite dans son texte. 5

Nous n’avons besoin, pour commencer l’analyse, ni de résoudre toutes les difficultés chronologiques ni d’importer un récit tardif sur la mort de Clément. La question décisive est celle du document conservé : des Romains prennent en charge une crise corinthienne en invoquant une règle apostolique. La force et les limites de cette démarche doivent être établies à partir de ses propres paroles.

2. La crise corinthienne : des ministres déposés et une communion blessée

2.1. La lettre porte un jugement sur une destitution concrète

Le chapitre 44 identifie une atteinte déterminée : certains responsables ont été retirés du ministère alors qu’ils l’exerçaient sans reproche. L’argument ne consiste donc pas simplement à demander à des chrétiens de devenir plus aimables. Il porte sur la légitimité de personnes en charge et sur l’injustice de leur éviction. Rome évalue une situation qui relève de la vie interne de Corinthe. 6

La qualification morale dépend des conditions exposées. Les ministres considérés ont été établis régulièrement, ont servi le troupeau avec fidélité et ont reçu durablement un bon témoignage. La lettre ne formule pas une immunité générale de tous les titulaires, quelles que soient leurs actions. Elle juge que les hommes dont elle parle ne peuvent être écartés de cette manière. L’obéissance demandée reste ainsi rattachée à une situation et à une norme.

Le chapitre 47 élargit les conséquences de la crise : la division déshonore la communauté et devient connue au-delà d’elle. La lettre rappelle alors les anciennes querelles auxquelles Paul avait répondu. Ce renvoi établit une continuité de problème et de norme : Corinthe doit être ramenée à une vie conforme à l’enseignement apostolique, dont elle ne peut disposer selon les rivalités du moment. 7

2.2. La paix recherchée passe par une conversion et un ordre restauré

La paix ne se réduit pas ici à l’absence de désaccord visible. Les meneurs de la sédition doivent accepter la correction et se soumettre aux presbytres ; celui qui entretient la division est invité à préférer le bien du troupeau à son propre rang. La réconciliation comporte ainsi des exigences pratiques. Une entente obtenue en consacrant l’injustice ne correspondrait pas au résultat demandé. 8

La lettre associe cependant ses auteurs à la nécessité de se convertir. Au chapitre 7, les Romains rappellent qu’ils partagent avec leurs destinataires un même combat et qu’ils doivent eux aussi revenir à ce qui plaît à Dieu. Cette solidarité ne retire pas son objet à la correction. Elle indique que l’autorité qui reprend demeure soumise à la règle qu’elle invoque. 9

Cette articulation entre fraternité et fermeté traverse tout le document. Elle rend insuffisante une lecture qui ne verrait dans la fraternité que l’absence d’autorité ; elle interdit également d’interpréter l’autorité comme une volonté romaine affranchie de l’Évangile. La communion doit être rétablie par la fidélité à un ordre reçu, et ceux qui interviennent se reconnaissent eux-mêmes destinataires de cet ordre.

3. Les chapitres 42–44 : une continuité ministérielle organisée

3.1. La mission des ministres s’inscrit dans l’envoi apostolique

Le chapitre 42 fait remonter la mission des apôtres au Christ et celle du Christ à Dieu. Il décrit ensuite la prédication apostolique et l’établissement de responsables pour les futurs croyants. La continuité n’est donc pas fondée sur la seule compétence administrative de personnes qui se seraient réunies après la mort de Jésus. Les ministères sont rapportés à l’action des envoyés du Christ. 10

Cet établissement comporte un discernement : les personnes choisies sont éprouvées. La lettre ne présente pas le désir d’exercer une charge comme une habilitation suffisante. Elle unit l’origine de la mission, la vérification des personnes et le service d’une communauté. L’autorité est reçue pour une œuvre déterminée ; elle ne se confond pas avec l’affirmation d’une supériorité personnelle.

Le recours à Moïse et à Aaron au chapitre 43 poursuit ce raisonnement sur l’ordre et les rivalités. L’analogie ne transforme pas chaque détail du sacerdoce d’Israël en règlement identique pour l’Église. Elle soutient un point précis : ce qui est confié selon la volonté de Dieu ne doit pas être livré aux compétitions humaines. La référence vétérotestamentaire prépare ainsi l’argument appliqué aux ministres chrétiens.

3.2. La succession concerne des personnes et leur ministère

Le chapitre 44 va au-delà du simple souvenir des premiers fondateurs. Les apôtres ont prévu les conflits à venir et disposé la continuité du ministère après la mort de ceux qu’ils avaient établis. La traduction d’Hemmer exprime cette disposition en indiquant que :

« d’autres hommes éprouvés succéderaient à leur ministère ». 11

— 1 Clément 44,2, traduction d’Hippolyte Hemmer.

Il s’agit bien d’une transmission ministérielle. Le texte parle d’hommes qui succèdent à d’autres dans une charge, puis distingue ceux qui ont été établis par les apôtres et ceux qui l’ont été ultérieurement par d’autres personnes reconnues. Réduire cette succession à la seule répétition d’un enseignement ferait disparaître l’objet concret de la crise : des responsables légitimes ont été évincés.

Cette observation n’autorise pourtant pas à attribuer aux successeurs tout ce qui appartient aux apôtres en tant que témoins fondateurs. La lettre défend la permanence d’un ministère au service du troupeau ; elle ne déclare pas que chaque ministre devient un nouvel apôtre sous tous les rapports. Elle ne décrit pas non plus, à cet endroit, la succession d’une charge propre à Pierre dans le siège romain. Cette dernière question demande une autre étape de l’enquête.

Un terme de 44,2, rendu par Hemmer comme une règle ou disposition, présente une difficulté textuelle signalée dans l’édition. Il serait imprudent de suspendre toute la démonstration à une traduction isolée de ce mot. L’enchaînement demeure néanmoins explicite : les premiers ministres, leur mort, d’autres hommes éprouvés et la continuité de leur service. C’est cet ensemble qui fonde notre conclusion, plutôt qu’une assurance artificielle sur chaque détail lexical.

3.3. Le consentement de l’Église participe à la légitimité

Le chapitre 44,3 précise que les nominations ont reçu l’accord de toute l’Église. Hemmer traduit : « avec l’approbation de toute l’Église ». Cette participation doit être conservée dans la lecture catholique du passage. La communauté n’est pas décrite comme étrangère au discernement et à la reconnaissance de ceux qui la servent. 12

L’accord communautaire n’est cependant pas présenté comme le pouvoir de défaire arbitrairement ce qui a été établi. La même phrase rapproche nomination régulière, approbation ecclésiale, fidélité du service et témoignage durable ; elle conclut à l’injustice de la destitution. Invoquer le consentement pour justifier sans autre condition n’importe quelle révocation ferait donc servir le texte à la conclusion qu’il combat.

Il ne faut pas davantage transformer cette indication en description d’une procédure électorale moderne. Le document ne règle ni le décompte des suffrages ni la distribution complète des compétences entre nominateurs et communauté. Il atteste leur articulation dans une légitimité reçue et reconnue. Ce résultat est suffisamment déterminé pour écarter deux réductions : une communauté privée de toute participation et un ministère entièrement disponible au gré des factions.

La question générale de la transmission apostolique est développée dans notre étude Sola Scriptura ou Tradition apostolique ? Bible, Irénée et les Pères. Le témoignage de Clément lui apporte ici une précision historique : la continuité de la foi engage également la stabilité et la transmission des ministères qui servent le troupeau.

4. Évêques, presbytres et culte : ce que le vocabulaire permet d’affirmer

4.1. La proximité des termes doit être reconnue

La lettre emploie le langage de l’épiscopat et celui des presbytres à propos des responsables dont elle défend le ministère. Aux chapitres 44 et 47, le passage d’un vocabulaire à l’autre ne s’accompagne pas de la description de deux groupes clairement séparés. Le constat mis en avant dans le billet de 2019 est donc fondé : on ne peut imposer à ces mots, sans examen, toutes les distinctions terminologiques qu’ils prendront ensuite. 13

Le pluriel est lui aussi réel. Corinthe possède plusieurs responsables ; la lettre demande de leur être soumis. Cela interdit de prétendre que le document décrirait expressément, dans cette communauté, un évêque unique entouré de prêtres et de diacres selon un organigramme déjà entièrement explicité. Ce qu’il établit directement est un ministère local collectif, légitime et transmissible.

Mais une proximité de termes ne résout pas à elle seule toutes les questions d’organisation. Il faut encore savoir si une responsabilité de présidence existe au sein d’un groupe, comment elle s’exerce et si le même arrangement est attesté partout. La lettre ne fournit pas la totalité de ces réponses. Le silence doit rester une limite documentaire ; il ne peut devenir, sans argument supplémentaire, une description complète de ce qui n’existait pas.

4.2. Le service de l’ordre comporte aussi une dimension cultuelle

Les chapitres 40–41 évoquent l’ordonnance des offrandes et des fonctions dans le culte d’Israël. Au chapitre 44,4, la gravité de la déposition est reliée à l’offrande accomplie par les ministres. Le vocabulaire cultuel appartient donc au raisonnement ; il serait réducteur de n’y voir que la nécessité générale d’avoir une administration convenable. 14

La portée de ce vocabulaire doit toutefois être précisée. Le rapprochement ne suffit pas à identifier mécaniquement le grand-prêtre avec le pape, les prêtres avec les presbytres et les lévites avec les diacres. La lettre présente elle-même le Christ comme grand-prêtre au chapitre 36. La détermination théologique du ministère chrétien demande d’intégrer cette référence au Christ, au lieu de distribuer les titres anciens en fonction d’une conclusion déjà choisie. 15

L’argument assuré est plus circonscrit : l’ordre ecclésial touche un service rendu à Dieu et au troupeau ; sa violation possède une portée religieuse. La lettre ne sépare pas gouvernement, culte et fidélité apostolique comme trois domaines sans rapport. En revanche, elle n’expose pas ici une théologie complète du sacerdoce ministériel. Il faut retenir sa contribution réelle sans lui attribuer un traité qu’elle ne contient pas.

4.3. Hermas atteste un gouvernement collectif et une tâche particulière de Clément

Le Pasteur d’Hermas apporte une pièce importante au débat sur Rome. Dans la deuxième Vision, Hermas reçoit la consigne de remettre un écrit à Clément pour qu’il soit transmis aux villes extérieures ; Grapté possède une autre tâche, tandis que la lecture locale doit se faire avec les presbytres qui président l’Église. Le document atteste à la fois une pluralité de responsables et une attribution particulière concernant les relations extérieures. 16

Cette scène ne décrit pas explicitement Clément comme un monarque ecclésiastique. Elle ne dit pas non plus que sa fonction se limiterait nécessairement au travail matériel d’un secrétaire. Le texte indique une tâche confiée ; la reconstruction de tout le gouvernement romain à partir de cette tâche demeure une interprétation historique. Identifier sans discussion le Clément d’Hermas et toutes les étapes de sa carrière dépasserait également ce que cette seule scène établit.

Le billet de Georgel de 2025 rassemble des analyses qui privilégient une organisation collégiale de la première Église romaine. Le dossier mérite d’être pris au sérieux. Mais les documents invoqués montrent des responsabilités plurielles et différenciées : cette donnée demande une explication du rapport entre collège, présidence et représentation extérieure. Elle ne permet pas de traiter l’intervention à Corinthe comme inexistante sous prétexte que la constitution interne de Rome n’est pas entièrement décrite. 17

5. Les chapitres 59 et 63 : une correction qui demande l’obéissance

5.1. Le chapitre 59 engage la conscience des destinataires

Le chapitre 59 envisage la résistance à ce qui vient d’être transmis. Dans la traduction d’Hemmer, l’avertissement vise ceux qui résistent :

« aux paroles que Dieu leur adresse par notre intermédiaire ». 18

— 1 Clément 59,1, traduction d’Hippolyte Hemmer.

Les auteurs annoncent une faute et un danger pour ceux qui refusent cette parole. Ils ne se présentent donc pas comme les simples porteurs d’une suggestion interchangeable avec n’importe quelle préférence corinthienne. Ils estiment que leur démarche transmet une exigence divine, qui oblige les destinataires à reconsidérer leur conduite.

Cette conviction possède un contenu : la fidélité à l’ordre apostolique, la reconnaissance des ministres légitimes et l’abandon de la sédition. Elle n’implique pas que tout ce qui pourrait être décidé à Rome deviendrait, de ce seul fait, la volonté de Dieu. Le passage doit être lu comme l’affirmation d’une autorité dans l’affaire traitée. L’identifier immédiatement à une définition de l’infaillibilité pontificale ajouterait au texte des conditions et une portée qu’il n’énonce pas.

5.2. L’obéissance réclamée est ordonnée à la volonté de Dieu

Le chapitre 63 revient à l’obéissance envers ce qui a été écrit et le rapporte au Saint-Esprit. Hemmer emploie l’expression « par le Saint-Esprit ». Le grec rattache cette mention aux choses écrites par les auteurs ; la demande concerne donc bien la réception de la lettre et la fin des rivalités. Il ne s’agit pas seulement de louer une paix abstraite, sans rapport avec la démarche romaine. 19

Le chapitre 56 empêche cependant d’interpréter cette assurance comme l’exaltation de l’expéditeur. Les auteurs demandent que les fautifs se soumettent à la volonté de Dieu, en précisant que leur propre personne n’est pas la fin recherchée. Ils reconnaissent également la valeur de la correction mutuelle. Ces paroles font partie du même document que celles des chapitres 59 et 63 : il faut les tenir ensemble. 20

La lecture catholique comprend cette articulation comme celle d’un service qui oblige parce qu’il se rapporte à une norme reçue. Le ministre n’est pas la source de la vérité qu’il rappelle ; son action peut néanmoins être le moyen de la faire reconnaître dans une situation concrète. À l’inverse, la soumission commune à Dieu ne rend pas toute autorité humaine fictive. Autrement, la lettre ne pourrait plus expliquer pourquoi elle requiert une conduite déterminée de ses destinataires.

5.3. Des envoyés et un compte rendu donnent une forme concrète à l’intervention

Les Romains ne se limitent pas à expédier un texte. Le chapitre 63 mentionne des hommes fidèles et expérimentés, envoyés pour être témoins entre les deux communautés. Le chapitre 65 demande le retour de Claudius Ephebus et de Valerius Biton, avec Fortunatus, afin de recevoir des nouvelles de la paix et du bon ordre à Corinthe. L’intervention comporte donc une médiation personnelle et l’attente d’un résultat. 21

Ces faits renforcent sa portée ecclésiale. Rome formule une appréciation, exhorte à une correction et prévoit un échange ultérieur. Le but n’est pas uniquement de produire un bel enseignement moral destiné à circuler librement. Il concerne une crise précise, des personnes précises et une réconciliation dont les auteurs désirent être informés.

Le texte ne dit pourtant pas que ces envoyés possèdent toutes les compétences de légats pontificaux au sens ultérieur. Il ne décrit ni tribunal constitué, ni procès-verbal de jugement, ni sanction romaine exécutée. Employer ces catégories comme si elles figuraient dans le document transformerait une analogie possible en fait attesté. Il suffit, pour commencer, de reconnaître une intervention extérieure organisée et soutenue par une demande d’obéissance.

6. La réception : un témoignage corinthien et une mémoire apostolique

6.1. Denys de Corinthe atteste une lecture durable de la lettre

Un témoignage conservé par Eusèbe permet de dépasser le seul point de vue des expéditeurs. Denys de Corinthe écrit aux Romains du temps de Sôter ; il rapporte la lecture de leur courrier lors du jour du Seigneur et le rapproche de la lettre antérieure transmise par Clément. Il atteste ainsi que cette dernière est demeurée présente dans la vie de l’Église corinthienne. 22

Cette conservation et cet usage constituent un indice positif de réception. L’intervention romaine n’est pas seulement connue parce que Rome aurait conservé sa propre prétention ; une voix corinthienne en fait mémoire comme d’un texte d’instruction. La lecture catholique peut légitimement intégrer cette donnée à son argument sur l’autorité reconnue à l’Église romaine.

La portée exacte doit rester mesurée. Denys ne nous livre pas le procès-verbal du règlement de la première crise. Son témoignage ne permet pas d’affirmer que toutes les demandes furent exécutées immédiatement, ni de reconstituer le retour en fonction de chacun des ministres. La lecture d’une lettre dans l’assemblée ne signifie pas davantage qu’elle aurait été identifiée sans distinction à une Écriture canonique. Le fait attesté est sa réception durable comme source d’instruction.

6.2. Irénée relie l’intervention romaine à la tradition reçue des apôtres

Irénée présente la lettre comme un témoignage de la tradition apostolique, dans son argument contre les doctrines qui séparent le Dieu créateur du Père de Jésus-Christ. Il rapproche l’intervention romaine du souvenir vivant des apôtres et de la continuité des responsables de Rome. La lettre n’est donc pas pour lui un document isolé de son milieu ecclésial. 23

Ce témoignage apporte un élément que l’adresse de 1 Clément ne donnait pas seule : le lien entre la démarche collective de l’Église et la mémoire de Clément dans une succession. L’association est ancienne ; elle ne provient pas pour la première fois des définitions du XIXe siècle. Elle ne doit cependant pas être confondue avec une description contemporaine de chaque détail du gouvernement romain au moment de la rédaction.

Eusèbe atteste lui aussi une diffusion et une lecture publiques de la lettre dans plusieurs Églises. Sa réception dépasse ainsi le seul échange Rome–Corinthe. L’interprétation catholique dispose d’un ensemble cohérent : une intervention normative, une réception corinthienne et une insertion ancienne dans la mémoire apostolique romaine. La discussion de l’autorité plus générale attribuée à Rome par Irénée demandera néanmoins son étude propre. 24

7. Trois objections qui obligent à préciser l’argument catholique

7.1. D’autres Églises adressaient aussi des corrections

L’objection la plus sérieuse ne consiste pas à nier les injonctions de la lettre. Elle consiste à demander si une Église peut rappeler une obligation divine à une autre sans posséder sur elle une primauté de juridiction. La réponse doit reconnaître cette possibilité. L’expression d’une exigence de conscience n’est pas, à elle seule, un titre réservé à Rome.

Eusèbe fournit un exemple utile lorsqu’il présente les lettres de Denys de Corinthe à d’autres communautés : celui-ci enseigne, avertit, encourage la fidélité et intervient dans des questions pratiques. Le même chapitre rapporte une réponse de Pinytos qui lui adresse à son tour une exhortation. La sollicitude et la correction entre Églises appartiennent donc à une réalité plus large que la seule activité romaine. 25

Une démonstration qui dirait simplement que Rome écrit hors de son territoire, donc qu’elle possède déjà toute la juridiction définie par Vatican I, serait insuffisante. Notre argument porte sur un ensemble plus précis : la matière du litige, le jugement formulé, l’obéissance demandée, la démarche suivie et sa réception, puis leur rattachement à l’héritage apostolique de Rome. Cet ensemble rend la lecture catholique historiquement argumentable ; il ne rend pas inutile la comparaison avec les autres formes d’autorité anciennes.

7.2. L’absence d’une théorie de Pierre n’est pas l’absence de Pierre dans la lettre

La fin du billet de 2019 affirme que l’auteur ne fait aucune mention de Pierre ni d’une signification particulière du siège romain. La première formulation, si elle vise l’absence du nom de Pierre dans tout le document, est matériellement trop forte : le chapitre 5 le présente avec Paul parmi les apôtres dont les souffrances doivent être considérées ; le chapitre 47 rappelle les partis anciens autour de Paul, de Kèphas et d’Apollos. 26

Cette correction ne doit pas servir à faire dire au texte ce qu’il ne dit pas. Ces passages ne développent pas une théorie de la juridiction pétrinienne. Pierre y appartient à la mémoire apostolique invoquée pour instruire Corinthe. Le point adverse demeure donc pertinent sous une forme précise : la lettre ne justifie pas explicitement son intervention par la transmission à Clément d’une charge propre à Pierre. Elle n’est pas pertinente sous la forme d’une disparition complète de Pierre.

La réserve vaut aussi pour l’argument parfois tiré de la survie de Jean. Irénée le fait vivre en Asie jusqu’au temps de Trajan ; cela ne nous renseigne pas, à soi seul, sur une demande corinthienne, un arbitrage de compétences ou un refus de s’adresser à lui. La lettre ne raconte pas cette comparaison. Présenter l’intervention romaine comme une preuve complète du rang de Clément par rapport à Jean dépasserait les données disponibles. 27

7.3. Une demande préalable ou le prestige de Rome restent des explications à établir

Le document n’expose pas la procédure par laquelle Rome a été informée. Il évoque les troubles corinthiens et son propre retard, mais ne conserve pas une requête introductive qui permettrait de qualifier juridiquement l’affaire. Nous ne pouvons donc affirmer avec certitude ni un appel formel au siège romain ni une intervention accomplie en l’absence de toute demande. Les deux récits ajoutent un élément à établir. 28

Cette incertitude ne supprime pas la démarche effectivement attestée. Même si une demande préalable avait existé, il resterait à expliquer pourquoi Rome estime pouvoir qualifier la destitution et demander la réception de ses instructions. Si aucune demande n’avait existé, il resterait à établir la source et l’étendue de cette compétence. Le fait d’avoir été consulté et la nature de l’autorité exercée sont des questions liées, sans être identiques.

Le prestige de la capitale peut également entrer dans une hypothèse historique ; la lettre ne le donne pas comme justification de son intervention. Ses arguments explicites concernent Dieu, le Christ, les apôtres, la fidélité des ministres et la paix du troupeau. Une explication politique qui dispenserait de lire ces arguments ne serait pas plus fidèle au document qu’une explication catholique qui supposerait déjà prouvé tout ce qu’elle cherche à établir.

8. Ce que ce témoin apporte à la question de la primauté

8.1. Un ministère transmis et une sollicitude romaine qui oblige

Deux résultats doivent être distingués. Le premier concerne directement la succession ministérielle : la lettre la décrit à travers l’établissement de responsables, leur remplacement par des hommes éprouvés et le respect de la charge ainsi reçue. Ce n’est pas seulement une ressemblance générale avec l’idée catholique de succession. Le texte fournit un argument propre, relatif aux personnes et à leur ministère.

Le second résultat concerne Rome : une Église intervient dans une autre, apprécie un litige touchant les responsables locaux, réclame l’obéissance à une parole rapportée à Dieu et accompagne sa lettre d’envoyés. Denys atteste ensuite que le document est durablement reçu à Corinthe ; Irénée l’inscrit dans la tradition de l’Église romaine. Ces données ne peuvent être remplacées par le seul constat que le mot pape ne figure pas dans l’adresse.

La lecture catholique reconnaît dans cette convergence un exercice ancien de responsabilité pour la communion, associé à Rome et à la continuité apostolique. Il s’agit d’une interprétation théologique et historique argumentée à partir de faits identifiés. Elle ne consiste pas à prétendre que chaque élément, pris isolément, serait réservé par définition à une autorité pontificale déjà entièrement formulée.

8.2. La succession romaine et le droit divin demandent encore une démonstration

La succession défendue pour les ministres corinthiens ne suffit pas à démontrer la transmission d’une primauté personnelle de Pierre aux évêques de Rome. La lettre n’explicite pas ce raisonnement. Elle ne définit pas non plus la compétence du siège romain envers toutes les Églises ni les conditions d’un enseignement pontifical infaillible. Ces propositions appartiennent à la doctrine catholique qui doit être comparée à l’ensemble du dossier ancien. 29

Cette limite n’oblige pas à ranger le document parmi les témoignages sans rapport avec la primauté. Elle indique sa place dans la démonstration : il montre une continuité ministérielle reçue et une intervention romaine effective, que d’autres témoins devront permettre de situer plus précisément. Ignace et Irénée apporteront leurs données propres sur Rome, son rapport aux apôtres et sa place dans la communion des Églises.

La question du développement doctrinal se pose alors sur des actes et des témoignages, plutôt que sur une opposition abstraite entre une institution supposée intégralement décrite dès l’origine et une invention sans antécédent. L’enquête catholique doit montrer comment les responsabilités anciennes s’articulent avec la doctrine ultérieure. Elle ne peut se contenter de constater leur compatibilité ; elle doit en exposer la continuité et discuter les difficultés réelles.

9. Conclusion — Rome sert une unité fondée sur la transmission apostolique

1 Clément permet d’établir fermement qu’une communauté chrétienne ne dispose pas arbitrairement du ministère reçu des apôtres et de leurs continuateurs. La nomination reconnue, la fidélité du service et la continuité de la charge appartiennent à l’argument de la lettre. Le consentement de l’Église y trouve sa place, sans devenir un pouvoir illimité de destitution.

L’intervention de Rome possède également une consistance propre. Elle ne se réduit pas à un salut fraternel : elle porte un jugement sur la crise, requiert une correction et organise un échange dont elle attend le rétablissement de la paix. Sa réception à Corinthe et son rattachement ancien à la mémoire apostolique romaine donnent à la lecture catholique de la primauté un appui positif. Ce résultat demeure distinct de la démonstration complète d’une juridiction universelle de droit divin.

Les objections examinées ont ainsi conduit à préciser la thèse. Le vocabulaire des ministères n’autorise pas à projeter un organigramme ultérieur ; la voix collective n’efface pas l’action romaine ; l’absence d’une théorie développée de Pierre n’est pas une absence de tout témoignage utile à la question. La contribution propre de Clément apparaît alors : Rome défend, au-delà de sa communauté locale, une communion qui doit se régler sur l’héritage apostolique. C’est cette responsabilité, attestée dans ses actes et interprétée dans la lecture catholique, dont les prochaines études devront poursuivre l’examen.

Notes et références

  1. La Gouvernance de l’Église catholique, volet 11, « 1 Clément », publié sous la signature de Maxime Georgel, Par la foi, 28 janvier 2019 ; Maxime Georgel, « La papauté n’existait pas au premier siècle », 28 janvier 2025. Le premier texte est un volet de la série traduite La Gouvernance ; le second rassemble un florilège d’analyses historiques. Leurs arguments sont discutés à partir des documents anciens. ↩︎
  2. Clément de Rome, Épître aux Corinthiens, dans Les Pères apostoliques, II, texte grec, traduction française, introduction et index par Hippolyte Hemmer, Paris, Alphonse Picard et Fils, 1909, p. 2–133. Fac-similé bilingue diffusé par Patristique.org. Les numéros désignent les chapitres et paragraphes de 1 Clément ; les pages sont celles de l’édition imprimée. Les passages anglais complémentaires sont identifiés séparément dans les notes. ↩︎
  3. 1 Clément, adresse, Hemmer, 1909, p. 2–3, fac-similé. L’expéditeur est l’Église de Dieu qui séjourne à Rome ; Clément n’est pas nommé dans cette adresse. ↩︎
  4. Irénée de Lyon, Contre les hérésies III, 3, 3, traduction anglaise d’Alexander Roberts et William Rambaut, Ante-Nicene Fathers, vol. 1, éd. Roberts, Donaldson et Coxe, Buffalo, 1885, transcription New Advent. Le témoignage relie la succession de Clément et l’envoi de la lettre par l’Église romaine. ↩︎
  5. 1 Clément 1,1 ; Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique III, 15–16 et 21, traduction anglaise d’Arthur Cushman McGiffert, Nicene and Post-Nicene Fathers, seconde série, vol. 1, Buffalo, 1890, transcription New Advent. Le cadre chronologique d’Eusèbe est distingué de la date, non exprimée, du document. ↩︎
  6. 1 Clément 44,3–6, Hemmer, p. 92–93 ; traduction anglaise de Kirsopp Lake, chapitre 44, The Apostolic Fathers, vol. I, Loeb Classical Library, 1912. La défense porte sur des ministres dont la nomination et la conduite sont jugées légitimes. ↩︎
  7. 1 Clément 47,1–7, traduction Lake. L’auteur rappelle les divisions du temps de Paul et la publicité du scandale présent. ↩︎
  8. 1 Clément 54,1–4 et 57,1–2, chapitre 54, chapitre 57, traduction Lake. Le premier passage privilégie la paix du troupeau avec ses presbytres ; le second demande aux responsables de la sédition de se soumettre. ↩︎
  9. 1 Clément 7,1–4, traduction Lake. Le passage concerne le combat commun et la conversion ; il ne raconte pas l’exil ou la mort de Clément. ↩︎
  10. 1 Clément 42,1–5 et 43,1–6, Hemmer, p. 86–91 ; chapitre 42, traduction Lake. La mission et l’établissement des ministres sont distingués de l’analogie avec les institutions d’Israël. ↩︎
  11. 1 Clément 44,1–3, texte grec, Hemmer, p. 90 et 92 ; citation française de 44,2, p. 91. La note critique de l’éditeur signale la difficulté du terme rendu comme une règle ou disposition. Cette note n’est pas une phrase de Clément. Voir aussi le chapitre 44 dans la traduction Lake. ↩︎
  12. 1 Clément 44,3, Hemmer, p. 92–93 ; bref extrait littéral de la traduction française, p. 93. Le même paragraphe associe nomination, approbation de l’Église et service sans reproche. ↩︎
  13. 1 Clément 44,4–6 ; 47,6 ; 57,1. Textes : 44, 47, 57, traduction Lake ; texte grec de 44 dans Hemmer, p. 90–92. Le rapprochement des désignations est une analyse de ces emplois. ↩︎
  14. 1 Clément 40,1–5 ; 41 ; 44,4, chapitre 40 dans Lake ; Hemmer, p. 84–87 et 92–93. Le texte sur l’ordre cultuel d’Israël est distingué de son application argumentative aux ministres chrétiens. ↩︎
  15. 1 Clément 36,1, traduction Lake. Le sujet du titre de grand-prêtre est Jésus-Christ ; l’article n’identifie pas le grand-prêtre du chapitre 40 à Clément. ↩︎
  16. Hermas, Le Pasteur, Vision II, 4, 2–3, traduction anglaise de F. Crombie, Ante-Nicene Fathers, vol. 2, Buffalo, 1885, transcription New Advent, section « Vision 2, Chapter 4 ». La transmission extérieure confiée à Clément et la présence des presbytres sont explicitement attestées ; la constitution complète de Rome ne l’est pas dans ce passage. ↩︎
  17. Georgel, « La papauté n’existait pas au premier siècle », 28 janvier 2025, notamment les citations concernant Clément, Hermas et l’organisation romaine. Le présent raisonnement porte sur les sources primaires invoquées ; les citations des historiens reproduites dans le florilège ne sont pas présentées comme des textes patristiques. ↩︎
  18. 1 Clément 59,1–2, Hemmer, p. 118–119 ; extrait français littéral de 59,1, p. 119. Traduction Lake. Le français d’Hemmer explicite Dieu là où le grec emploie un pronom ; cette présentation n’est pas utilisée pour définir à elle seule une doctrine de l’infaillibilité. ↩︎
  19. 1 Clément 63,2, texte grec, Hemmer, p. 130 ; traduction française, p. 131 ; traduction Lake. La formule sur le Saint-Esprit se rapporte à ce qui a été écrit ; l’interprétation de sa portée institutionnelle demande le contexte de la lettre. ↩︎
  20. 1 Clément 56,1–2, traduction Lake. La subordination de la correction à la volonté de Dieu et la valeur de l’admonition mutuelle sont expressément formulées. ↩︎
  21. 1 Clément 63,3–4 et 65,1, Hemmer, p. 130–133 ; chapitre 63, chapitre 65, traduction Lake. Les noms propres suivent ici la traduction française d’Hemmer. Les textes ne définissent pas un statut de légation pontificale au sens juridique ultérieur. ↩︎
  22. Denys de Corinthe, lettre aux Romains adressée à Sôter, fragment conservé par Eusèbe, Histoire ecclésiastique IV, 23, 9–11, traduction McGiffert. Le témoignage ancien de Denys est conservé dans l’œuvre d’Eusèbe ; sa lettre intégrale n’est pas invoquée comme un document directement disponible. ↩︎
  23. Irénée, Contre les hérésies III, 3, 3, traduction Roberts–Rambaut. Le contexte polémique porte sur la continuité de la tradition apostolique et la confession du Dieu créateur. L’examen de III, 3, 2 est réservé à l’étude propre sur Irénée. ↩︎
  24. Eusèbe, Histoire ecclésiastique III, 16, traduction McGiffert. Il rapporte l’usage public de la lettre dans plusieurs Églises, autrefois et à son époque. ↩︎
  25. Eusèbe, Histoire ecclésiastique IV, 23, 1–8, traduction McGiffert. Les notices sur les lettres de Denys et la réponse de Pinytos montrent que la correspondance corrective entre Églises n’est pas propre à Rome. ↩︎
  26. 1 Clément 5,1–7 et 47,1–4, chapitre 5, chapitre 47, traduction Lake ; à comparer au dernier paragraphe du billet de 2019. La présence de Pierre ne signifie pas que ces passages exposent déjà toute la doctrine de la succession romaine. ↩︎
  27. Irénée, Contre les hérésies III, 3, 4, traduction Roberts–Rambaut. Le témoignage situe Jean en Asie jusqu’à Trajan ; il ne relate pas une décision corinthienne de lui préférer Clément comme arbitre. ↩︎
  28. 1 Clément 1,1 ; 47,7 ; 63,3–4 et 65,1. L’absence d’une requête conservée dans ces passages est distinguée de l’affirmation qu’aucune requête n’aurait jamais existé. Lettre complète dans la traduction de J. B. Lightfoot, The Apostolic Fathers, transcription CCEL. ↩︎
  29. Vatican I, constitution Pastor aeternus, 18 juillet 1870, chapitres I–IV, texte latin officiel. Le document précise la doctrine catholique à comparer aux sources anciennes ; sa référence ne remplace pas la démonstration de leur continuité. ↩︎

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