Le présent article, ainsi que les trois suivants, s’attachent à réfuter la position défendue par Maxime Georgel, exposée notamment dans son texte :
Premier article ci-dessous :
Préambule
Maxime Georgel refait parler de lui. Certes, l’incident est moins grave cette fois-ci, puisque son manque de rigueur devient vraiment difficile à ignorer. Il est toutefois important d’apporter quelques précisions, et c’est tout l’objet de ce billet. Lors de deux débats tenus récemment au Collège des Bernardins, MG a tenu des propos pour le moins surprenants, relevés par de nombreux catholiques. Voici une première capsule de Biblion sur TikTok pour commencer:
Suite à cela, MG affirme voir d’autres expressions de « pleine de grâce » qui, selon lui, n’impliqueraient nullement l’Immaculée Conception. Une interprétation qui, de prime abord, peut sembler plausible mais qui mérite un examen plus rigoureux. En réalité, il est essentiel de clarifier le sens théologique et scripturaire de cette expression, ainsi que la manière dont la tradition chrétienne l’a reçue et comprise. C’est précisément ce que nous allons nous efforcer de faire ici.
I. Problématique générale
1.1 Une uniformisation latine qui dissimule trois — puis quatre — expressions grecques
Lorsque Jérôme rend le Nouveau Testament en latin, il applique quasi systématiquement la tournure gratia plena / plenus gratia à des énoncés grecs très différents :
- πλήρης χάριτος καὶ ἀληθείας pour le Logos (Jn 1, 14);
- χαῖρε, κεχαριτωμένη pour Marie (Lc 1, 28);
- πλήρης χάριτος καὶ δυνάμεως pour Étienne (Ac 6, 8).
À ceci, Maxime Georgel ajoute la triade ἧς ἐχαρίτωσεν ἡμᾶς (« dont il nous a gratifiés »), (Ép 1, 6) , le verbe à l’aoriste indiquant que Dieu a « rendu gracieux » l’ensemble des croyants dans le Christ. Il choisit néanmoins de retenir la traduction, certes audacieuse, proposée par la NBS (dont il nous a comblé), en dépit des difficultés qu’elle comporte, comme nous allons le montrer dès maintenant.
L’unité terminologique de la Vulgate a donc lissée trois réalités linguistiques ; elle a favorisé l’idée — implicite dans bien des commentaires postérieurs — que la même « plénitude » se retrouve au Christ, à Marie, aux martyrs.
1.2 Hypothèse de recherche : quatre régimes hiérarchisés de grâce
L’examen philologique révèle que ces expressions appartiennent à des catégories grammaticales (adjectif, participe, verbe actif) et à des aspects temporels (constat, résultat durable, acte ponctuel) nettement distincts. Elles décrivent par conséquent quatre modes de « plénitude » :
| Mode | Forme grecque | Sujet principal | Caractère de la grâce |
|---|---|---|---|
| Fontale, ontologique | πλήρης χάριτος (Jn) | Le Logos | Source intrinsèque qui déborde. |
| Participée unique | κεχαριτωμένη (Lc) | Marie | Transformation définitive en vue de l’Incarnation. |
| Participée ministérielle | πλήρης χάριτος (Ac) | Étienne | Abondance charismatique pour le témoignage. |
| Corporative–ecclésiale | ἐχαρίτωσεν ἡμᾶς (Ép) | Les croyants | Intégration collective « dans le Bien-Aimé ». |
Cette hiérarchie interdit d’identifier la plénitude ontologique du Christ à la plénitude reçue par Marie, ni celle-ci à la dotation charismatique d’Étienne, ni l’ensemble à la grâce baptismale de l’Église.
1.3 Méthodologie adoptée
Pour vérifier et préciser cette hypothèse, l’étude se déploiera en trois cercles concentriques :
- Analyse linguistique : morphologie (adjectif vs participe vs verbe), syntaxe (génitif de contenu, vocatif, complément d’objet), aspect verbal (constat, parfait, aoriste).
- Contextualisation canonique : fonction précise de chaque expression dans le Prologue johannique, le récit de l’Annonciation, le portrait d’Étienne et la bénédiction inaugurale d’Éphésiens.
- Réception historique : lectures patristiques (Augustin, Cyrille, Chrysostome), élaborations médiévales (Bernard, Thomas d’Aquin), puis échos doctrinaux modernes (Lumen gentium).
Cette triple approche — philologique, contextuelle, théologique — doit permettre de restituer la dynamique transformante de la χάρις, sans la réduire à un simple « faveur » ou à une élection arbitraire. Elle montrera comment la langue grecque trace la charpente hiérarchique de l’économie du salut, tandis que l’uniformisation latine, en masquant les nuances, a pu entraîner des amalgames que seule une relecture attentive peut aujourd’hui corriger.

II. Corpus critique et tableau synoptique
Le point de départ exégétique est la sélection des passages, l’établissement de leur forme critique et l’examen des variantes susceptibles de modifier le sens. Les versets retenus sont fixés ici selon le Nestle–Aland 28 (NA-28). Chaque leçon est replacée dans la tradition manuscrite.
2.1 Présentation des formes grecques
| Passage | Leçon NA-28 (forme clé en gras) | Variantes significatives |
|---|---|---|
| Jn 1, 14 | …λόγος … πλήρης χάριτος καὶ ἀληθείας | Aucune variante sur πλήρης χάριτος. |
| Lc 1, 28 | …Χαῖρε, κεχαριτωμένη, ὁ κύριος μετὰ σοῦ | La Byzantine ajoute εὐλογημένη σύ ἐν γυναιξίν (fin de v. 28) ; la leçon sur κεχαριτωμένη est stable. |
| Ac 6, 8 | Στέφανος δὲ πλήρης χάριτος καὶ δυνάμεως… | Quelques témoins (D, Ψ, Byz) lisent πλήρης πίστεως ; la meilleure attestation (א A B C) soutient χάριτος. |
| Ep 1, 6 | …χάριτος αὐτοῦ, ἐν ᾗ ἐχαρίτωσεν ἡμᾶς ἐν τῷ ἠγαπημένῳ | Absence de variantes affectant ἐχαρίτωσεν. |
2.2 Traduction latine de la Vulgate et problème d’homogénéisation
Jérôme traduit trois de ces quatre formes par l’unique tour gratia plena / plenus gratia :
| Texte grec | Vulgate | Observation |
|---|---|---|
| πλήρης χάριτος (Jn 1, 14) | plenum gratiae | Adjectif + génitif rendu littéralement. |
| κεχαριτωμένη (Lc 1, 28) | gratia plena | Participe parfait rendu comme adjectif de plénitude. |
| πλήρης χάριτος (Ac 6, 8) | plenus gratia | Même traduction que pour Jn. |
| ἐχαρίτωσεν (Ep 1, 6) | gratificavit nos | Jérôme distingue ici la grâce conférée ; il n’emploie pas pleni/gratia. |
Cette homogénéisation partielle masque quatre processus distincts :
- constat d’un état (πλήρης + génitif) ;
- résultat durable d’une action (κεχαριτωμένη) ;
- acte unique à effets permanents (ἐχαρίτωσεν).
2.3 Tableau synoptique de synthèse
| Passage | Catégorie grammaticale | Sujet narratif | Traduction Vulgate | Mode de grâce |
|---|---|---|---|---|
| Jn 1, 14 | Adjectif πλήρης + gén. | Logos incarné | plenum gratiae | Fontale, ontologique |
| Lc 1, 28 | Participe parfait passif | Marie | gratia plena | Participée, unique |
| Ac 6, 8 | Adjectif πλήρης + gén. | Étienne | plenus gratia | Participée, ministérielle |
| Ep 1, 6 | Verbe aoriste actif | Communauté croyante | gratificavit nos | Corporative, ecclésiale |
2.4 Conséquences herméneutiques
- Stabilité textuelle : sauf la lecture alternative πίστεως/χάριτος en Ac 6, 8, chaque leçon est solidement attestée ; aucune correction conjecturale n’est nécessaire.
- Différence de catégorie : adjectif et participe décrivent un état ; l’aoriste décrit un événement.
- Hiérarchie implicite : la forme la plus « forte » théologiquement n’est pas celle qui dit plein mais celle qui qualifie la source (Jn), suivie de la transformation individuelle (Lc), puis du charisme fonctionnel (Ac), enfin de l’incorporation collective (Ep).
Ces constats fournissent le socle textuel sur lequel s’appuie toute la démonstration ultérieure : ils justifient de parler non d’une « plénitude » uniforme, mais de quatre régimes de grâce transformante, que l’analyse sémantique, contextuelle et historique précisera dans les sections suivantes.
III. Clarification linguistique
3.1 L’adjectif πλήρης suivi d’un génitif de contenu
Dans Jean 1, 14 « plein de grâce et de vérité » et Actes 6, 8 « plein de grâce et de puissance« , πλήρης est un adjectif de troisième déclinaison signifiant « plein, rempli, complet ». Il commande ici un génitif de contenu – type de génitif que les grammaires qualifient aussi de « matière » – pour indiquer la réalité dont le sujet déborde ; c’est le cas classique que Wallace illustre pour πλήρης 1.
Morphologiquement, l’adjectif se contente de constater un état : le Logos (ou Étienne) est « rempli » de χάρις. Aucune nuance n’est donnée sur l’origine ou le moment de cette plénitude ; l’aspect est dépourvu d’indication temporelle.
3.2 Le participe parfait passif κεχαριτωμένη
En Luc 1, 28, l’ange salue Marie : χαῖρε, κεχαριτωμένη « Réjouis toi comblée de grâce« . Le mot est le parfait passif féminin nominatif singulier du verbe χαριτόω (« rendre gracieux, combler de grâce »).
- Le parfait confère un aspect résultatif : l’action (comblée de grâce) est accomplie dans le passé, mais son état résultant demeure (Il est statif) 2.
- La voix passive marque la réception : Marie est l’objet d’une initiative divine.
- Employé au vocatif, le participe devient quasi nominal : on l’appelle non par son nom civil mais par l’état que la grâce a produit en elle.
Ainsi, à la différence de πλήρης (Plénitude) et de κεχαριτωμένη (Rendue Gracieuse) ne décrit pas seulement la quantité de grâce ; il raconte le processus transformant qui a conduit à cet état de grâce permanent.
3.3 Le verbe aoriste actif ἐχαρίτωσεν
Éphésiens 1, 6 lit : ἧς ἐχαρίτωσεν ἡμᾶς ἐν τῷ ἠγαπημένῳ
« Dans laquelle il nous a gratifiés dans le Bien-Aimé ».
Le verbe ἐχαρίτωσεν est l’aoriste actif indicatif 3ᵉ sg. du même χαριτόω.
- L’aoriste actif situe l’action comme un événement ponctuel (le salut pascal) que Dieu opère sur « nous » (objet direct).
- L’action divine est collective : elle intègre la communauté dans une nouvelle condition « gracieuse ».
- La forme active souligne le sujet divin qui initie et accomplit l’acte ; la grâce décrite est corporative, non le privilège d’un individu.
Par rapport au parfait passif de Luc, l’aoriste actif montre le même verbe, mais déplacé : du don individuel (Marie) à la distribution ecclésiale.
3.4 Implications lexicales et hiérarchie des processus
La racine χάρις (grâce) désigne dans ces passages une puissance qui transforme et rend “gracieux ».
Ces observations établissent déjà une gradation :
- Fontale : l’adjectif appliqué au Christ constate une plénitude ontologique.
- Participée unique : le parfait passif qualifie la transformation singulière et durable de Marie.
- Participée ministérielle : le même adjectif pour Étienne décrit une plénitude fonctionnelle.
- Corporative : l’aoriste actif désigne l’insertion ecclésiale de tous les croyants dans la grâce.
En d’autres termes, la même racine (χάρις) se décline en quatre processus grammaticalement distincts, chacun dessinant un mode de grâce transformante que l’uniformité latine ne permettait pas de percevoir.

IV. Contexte scripturaire immédiat
4.1 Jean 1, 14-17 : plénitude fontale du Logos
Le syntagme πλήρης χάριτος καὶ ἀληθείας (Plein de grâce et de vérité) apparaît au sommet du Prologue, juste après l’énoncé fondamental : « ὁ λόγος σὰρξ ἐγένετο » (le Verbe s’est fait chair). Le verset 16 prolonge l’affirmation : « ἐκ τοῦ πληρώματος αὐτοῦ ἡμεῖς πάντες ἐλάβομεν, καὶ χάριν ἀντὶ χάριτος » — « de sa plénitude nous avons tous reçu, grâce sur grâce ». La structure concentrique (vv. 14-18) fait de cette plénitude le point focal : elle appartient au Christ par nature et se déverse sur tous les croyants. Jean oppose explicitement la Loi donnée par Moïse (v. 17) à la « grâce-vérité » qui émane du Fils ; la grâce y est donc une réalité ontologique et communicative, antérieure à toute réception humaine.
4.2 Luc 1, 26-38 : grâce participée unique chez Marie
Dans le récit de l’Annonciation, l’ange entre et déclare : « Χαῖρε, κεχαριτωμένη, ὁ κύριος μετὰ σοῦ ». Placé au début de la péricope, le parfait passif marque une transformation déjà accomplie : Marie est celle qui a été rendue gracieuce et qui le reste. Le contexte confirme cette préparation : l’Esprit Saint la « couvre de son ombre » (v. 35), et la mission christologique (vv. 31-33) découle d’un état de grâce préalable. Le vocatif substantivé remplace le prénom de Marie : le texte suggère que l’identité de Marie est inséparable de la grâce reçue.
4.3 Actes 6, 1-15 : grâce participée ministérielle chez Étienne
La communauté jérusalémite vient d’instituer « les Sept » pour le service des tables. Étienne est d’abord décrit « πλήρης πίστεως καὶ πνεύματος ἁγίου » (plein de foi et du Saint-Esprit) (v. 5), puis « πλήρης χάριτος καὶ δυνάμεως » (plein de grâce et de puissance) (v. 8) . La lecture χάριτος est soutenue par les manuscrits majeurs. La grâce se manifeste en « signes et prodiges » et prépare le long discours apologétique du chapitre 7. Cet usage prouve que πλήρης χάριτος (plein de grâce) n’implique pas automatiquement une valeur ontologique ; il peut désigner une dotation fonctionnelle et temporaire au service de l’Église.
Ci-dessous, un développement proposé par Fidelis Verax :
4.4 Éphésiens 1, 3-10 : grâce corporative de l’Église dans le Christ
Seule la Nouvelle Bible Segond (NBS) rend ici l’expression par « comblé de grâce ». Contrairement à Jean 1,14 et Actes 6,8, le terme πλήρης n’apparaît pas dans ce passage. En outre, le verbe est conjugué à l’aoriste actif et non au parfait passif ; il ne s’agit donc pas d’une transformation préalable et permanente par la grâce, au point que le sujet serait désigné comme « la grâce même », ainsi que le rapporte l’ange à propos de la Vierge Marie.
L’hymne d’ouverture (vv. 3‑14) s’ouvre par une bénédiction solennelle : « Εὐλογητὸς ὁ θεός… » (« Béni soit Dieu », v. 3), laquelle énumère les bienfaits conférés en Christ (ἐν Χριστῷ). Au verset 6, Paul en explicite la finalité : « εἰς ἔπαινον δόξης τῆς χάριτος αὐτοῦ, ἧς ἐχαρίτωσεν ἡμᾶς ἐν τῷ ἠγαπημένῳ » (« à la louange de la gloire de sa grâce, dont il nous a gratifiés dans le Bien-aimé »). L’aoriste actif souligne ici un acte divin ponctuel — l’événement pascal — par lequel Dieu a gratifié l’ensemble des baptisés dans son Fils bien-aimé.
Dans ce contexte, la grâce n’est ni la source (comme dans Jean), ni un privilège singulier (comme dans Luc), ni un charisme particulier (comme dans Actes). Elle désigne plutôt le statut ecclésial des « adoptés » (v. 5) (Par le Père et Marie cf. Ga 4, 4-5) , insérés dans le Christ et établis dans une nouvelle relation filiale avec Dieu.
Bilan contextuel : chaque péricope inscrit la χάρις dans une dynamique propre.
- Jean présente la plénitude ontologique qui jaillit du Logos
- Luc révèle la transformation unique de Marie en vue de l’Incarnation
- Actes illustre la dotation charismatique d’un témoin
- Éphésiens décrit la grâce corporative conférée à tout le corps ecclésial. Cette quadruple mise en scène empêche de confondre les « plénitudes » et prépare la typologie hiérarchisée exposée aux sections suivantes.
V. Typologie des plénitudes : une hiérarchie intrinsèque de la χάρις transformante
5.1 Critères de classement
Pour distinguer les quatre « plénitudes » néotestamentaires, il faut croiser deux séries de critères linguistiques (catégorie grammaticale ; aspect verbal) et deux paramètres théologiques (origine de la grâce ; portée du sujet bénéficiaire).
| Critère | Fontale | Participée unique | Participée ministérielle | Corporative–ecclésiale |
|---|---|---|---|---|
| Forme grecque | πλήρης χάριτος (Jn 1, 14) | κεχαριτωμένη (Lc 1, 28) | πλήρης χάριτος (Ac 6, 8) | ἐχαρίτωσεν ἡμᾶς (Ep 1, 6) |
| Catégorie | Adjectif + génitif (état constaté) | Participe perf. passif (résultat durable) | Adjectif + génitif (état constaté) | Verbe aoriste actif (acte ponctuel) |
| Origine de la χάρις | Intrinsèque : le Christ est la source | Initiative divine unique envers Marie | Don charismatique pour un ministère | Acte pascal intégrant le « nous » |
| Champ bénéficiaire | Ontologique, illimité | Individuel, matriciel | Individuel, fonctionnel | Collectif, ecclésial |
| Durabilité | Permanente par nature | Permanente par grâce reçue | Limitée à la mission | Permanente par adoption |
5.2 Plénitude fontale ( Jn 1, 14 )
L’adjectif πλήρης signale une surabondance inaliénable ; le génitif χάριτος indique la « matière » dont le Christ déborde. Parce que cette plénitude est ontologique, Jean peut affirmer : « de sa plénitude nous avons tous reçu » (v. 16). La χάρις n’est pas ici un ajout, mais l’expressivité même de la nature incarnée du Logos.
5.3 Plénitude participée unique ( Lc 1, 28 )
Le parfait passif κεχαριτωμένη (« celle qui a été rendue gracieuse ») décrit une transformation advenue dans le passé dont les effets demeurent. La voix passive marque la réception ; l’emploi vocatif fait de la grâce le nom propre de Marie, indiquant une plénitude participée mais définitive, ordonnée à l’Incarnation.
5.4 Plénitude participée ministérielle ( Ac 6, 8 )
La même construction adjectivale πλήρης χάριτος appliquée à Étienne n’implique pas une réalité ontologique ; elle désigne une dotation charismatique qui se manifeste immédiatement en « signes et prodiges ». La grâce, ici, est fonctionnelle : elle outille le témoin pour sa mission et peut croître ou décroître selon l’usage qu’en fait le sujet.
5.5 Gratification corporative ( Ep 1, 6 )
Bien que, comme nous l’avons souligné, la traduction par « comblé de grâce » demeure ici audacieuse, il convient néanmoins de poursuivre l’exégèse du passage. Le verbe à l’aoriste actif ἐχαρίτωσεν (« il nous a gratifiés ») inscrit l’action salvifique dans la dynamique de l’événement pascal. Dieu est présenté comme l’agent (voix active) agissant sur un objet collectif (ἡμᾶς), c’est-à-dire l’ensemble des fidèles. Dans ce cadre, la grâce n’apparaît pas comme un privilège individuel, mais comme un statut ecclésial, celui de l’adoption filiale (v. 5), vécue dans le Bien-Aimé.
χαριτόω signifie littéralement « rendre gracieux » ; il s’agit donc d’un acte divin qui configure le corps des croyants, en les insérant dans une nouvelle réalité relationnelle et communautaire.
5.6 Hiérarchie et continuité
Ces quatre régimes ne s’excluent pas ; ils se hiérarchisent :
- Source (Christ) : plénitude inépuisable, cause de toute autre grâce.
- Participation matricielle (Marie) : plénitude reçue une fois pour toutes, en vue de l’Incarnation.
- Participation fonctionnelle (Étienne et les charismes) : plénitude reçue ad hoc pour la mission ecclésiale.
- Participation constitutive (Église entière) : plénitude reçue collectivement, fondant l’identité filiale.
Ainsi se dessine une économie graduée : la grâce émane du Christ, se concentre en Marie de façon unique avant l’Annonciation, se décline « charismatiquement » chez les ministres, puis s’étend à tout le peuple croyant. Toute théologie de la grâce transformante doit respecter cette structure organique, sous peine de confondre la source et les réceptacles.
VI. Réception patristique et médiévale : de la source christique aux réceptacles créés
6.1 Fontalité christologique chez Augustin
Dans le Tractatus in Ioannem II, 16, Augustin commente Jean 1, 16 : « De plenitudine eius nos omnes accepimus, et gratiam pro gratia ». Il souligne que le Christ « donne » ce qu’il ne « reçoit » pas : la plénitude lui appartient par nature et s’écoule vers les fidèles ; ceux-ci ne sont que des « buveurs » à la fontaine divine.
6.2 Plénitude essentielle chez Cyrille d’Alexandrie
Dans son Commentaire sur Jean I, 14, Cyrille précise que le Verbe, même fait chair, « demeure plein de la propre nature du Père, … n’ayant pas une grâce mesurée comme si elle venait d’autrui, mais une grâce parfaite, essentiellement inhérente ».
6.3 Grâce charismatique chez Jean Chrysostome
Dans l’Homélie XV sur les Actes, à propos de Ac 6, 8, Chrysostome remarque : « Bien que l’ordination fût commune aux sept, Étienne attira sur lui une grâce plus grande » ; la plénitude décrite est donc fonctionnelle, liée aux « signes et prodiges » de son ministère.
6.4 Marie-« aquaduc » selon Bernard de Clairvaux
Dans le Sermo de aquaeductu (sur la Nativité de Marie), Bernard forge l’image : « Plenus equidem aquaeductus, ut accipiant ceteri de plenitudine, sed non plenitudinem ipsam » — Marie reçoit la « veine céleste » et la redistribue ; elle est canal, non source.
6.5 Hiérarchie thomasienne
Dans Summa theologiae III, q. 7, a. 1 Thomas affirme :
« Dans le Christ se trouvait la grâce dans toute sa plénitude, non seulement de manière suffisante, mais encore en surabondance, afin qu’elle puisse être communiquée aux autres. »
Puis, en III, q. 27, a. 5, il déclare que la Vierge :
« Elle reçut la grâce suprême parmi les créatures. »
Parce qu’elle était destinée à être Mère de Dieu.
Enfin, III, q. 7, a. 10 distingue la plénitude « selon sa condition » que peuvent recevoir les saints.
- Thomas systématise ainsi la tripartition :
- plenitudo fontalis (Christ) ;
- plenitudo participata singularis (Marie) ;
- plenitudo participata ministerialis (Étienne et les charismes).
- Son vocabulaire passera dans la scolastique tardive (Gilles de Rome, Durand) qui opposera gratia capitis et gratia membrorum.
6.6 Convergence doctrinale
Les Pères et les scolastiques convergent donc :
- Le Christ possède la grâce essentialiter et fontaliter.
- Marie la reçoit en plénitude participée et demeure l’« aquaduc » privilégié.
- Étienne figure la plénitude charismatique, dynamique et missionnelle.
- L’Église tout entière est « gratifiée » (ἐχαρίτωσεν ἡμᾶς, Ep 1, 6) dans une condition collective d’adoption.
Cette réception historique ratifie la hiérarchie linguistique dégagée plus haut : la χάρις transformante procède du Verbe, se concentre en Marie, se diffuse par les ministres et structure le corps ecclésial.
VII. Implications théologiques
7.1 Le christocentrisme de la « plénitude fontale »
Jean 1, 16 formule déjà la règle de toute économie du salut : « De sa plénitude, nous avons tous reçu ». La tradition patristique (Augustin, Tract. in Io. 3, 10-11) commente que le Verbe est fons dont nous ne sommes que les « buveurs » : “et de plenitudine eius nos omnes accepimus”.
De même, Thomas d’Aquin, ST III, q. 7, a. 1, parle de plenitudo fontalis qui « déborde sur les autres ».
Ainsi, la grâce, force transformante, appartient d’abord au Christ per essentiam : sa plénitude est ontologique, inépuisable et communicative.
7.2 Marie : « plénitude participée unique »
Le Concile Vatican II, Lumen gentium 53, souligne que, « par ce don de grâce sublime, [la Vierge] surpasse toutes les créatures ».
Cette affirmation s’enracine dans le parfait passif κεχαριτωμένη (Lc 1, 28), que Thomas appelle plenitudo recepta : Marie est la créature la plus proche de la Source parce qu’elle donne chair au Fils 3.
Son rôle reste cependant subordonné : Lumen gentium 62 déclare que la médiation mariale « n’obscurcit ni ne diminue l’unique médiation du Christ, mais en manifeste la puissance ».
La théologie catholique parle dès lors de médiation maternelle : coopératrice, jamais cause première.
7.3 Les saints : plénitude « participée ministérielle »
Avec Étienne, πλήρης χάριτος (Ac 6, 8) désigne une surabondance charismatique ordonnée au service de l’Église. Chrysostome commente que « parmi les Sept, l’un se distingue, attirant sur lui une grâce plus grande pour les miracles » 4.
La scolastique classera cette effusion dans la catégorie des gratiae gratis datae : dons gratuits accordés ad utilitatem Ecclesiae, distincts de la grâce sanctifiante.
7.4 Économie hiérarchisée de la grâce
| Mode de plénitude | Sujet scripturaire | Caractère théologique |
|---|---|---|
| Fontale | Christ (Jn 1, 14-16) | Source ontologique, illimitée, communicative |
| Participée unique | Marie (Lc 1, 28) | Transformation totale, permanente, en vue de l’Incarnation |
| Participée ministérielle | Étienne (Ac 6, 8) | Abondance charismatique, liée à une mission précise |
Cette hiérarchie, confirmée par le magistère (LG 53; 62), empêche deux dérives :
univocité — confondre la grâce créatrice du Christ avec celle, reçue, de ses membres ;
dichotomie — opposer grâce christique et coopération humaine.
7.5 Conséquences pratiques
- Sotériologie : le salut demeure christocentrique ; toute grâce sacramentelle provient de la plénitude du Verbe.
- Mariologie : la dévotion à Marie (Catéchisme 969) manifeste la fécondité de la grâce du Christ sans en être une alternative 5.
- Spiritualité ecclésiale : les charismes, à l’image d’Étienne, montrent que la plénitude fontale circule selon la diversité des ministères, unifiant le Corps sans uniformiser les fonctions.
En définitive, la triple occurrence biblique de « plénitude de grâce » se résout en une économie organique : la Source (Christ) → la première participante (Marie) → les participants secondaires (Étienne et les saints). Cette structure protège l’unicité de la médiation du Christ, honore la coopération de Marie et des saints, et rend compte de la dynamique transformante de la χάρις dans l’Église.
VIII. Conclusion et perspectives
8.1 Bilan philologique
L’enquête linguistique a montré que la traduction latine gratia plena / plenus gratia a nivelé quatre expressions grecques distinctes. Or :
- πλήρης χάριτος (Jn 1, 14 ; Ac 6, 8) πλήρης est un adjectif constatif ;
- κεχαριτωμένη (Lc 1, 28) est un parfait passif résultatif ;
- ἐχαρίτωσεν ἡμᾶς (Ep 1, 6) est un aoriste actif à portée communautaire.
Ces formes relèvent de régimes morphologiques et aspectuels sans commune mesure ; la grâce y apparaît tantôt comme réalité inhérente, tantôt comme transformation personnelle, tantôt comme dotation charismatique, tantôt comme condition ecclésiale.
8.2 Hiérarchie organique de la Grâce
Les données scripturaires, replacées dans leur contexte narratif, convergent vers une structure quadripartite :
| Niveau de grâce | Sujet biblique | Fonction théologique |
|---|---|---|
| Fontale | Le Christ (Jn) | Source ontologique, débordante |
| Participée unique | Marie (Lc) | Transformation définitive en vue de l’Incarnation |
| Participée ministérielle | Étienne (Ac) | Charisme fonctionnel au service du témoignage |
| Corporative | L’Église (Ep) | Intégration collective dans le « Bien-Aimé » |
Cette hiérarchie préserve la singularité christique, clarifie la coopération mariale et situe les charismes dans la circulation interne de la même grâce.
8.3 Apports doctrinaux et pastoraux
- Christologie : en soulignant la plénitude fontale, on rappelle que tout salut procède du Verbe incarné.
- Mariologie : la plénitude participée de Marie, loin d’être une duplication, manifeste la fécondité de la source et fonde sa médiation maternelle sans rivaliser avec l’unique médiation du Christ.
- Ecclésiologie des charismes : l’exemple d’Étienne montre qu’une grâce abondante peut être strictement ordonnée à la mission, sans constituer un privilège ontologique.
- Sotériologie communautaire : Éphésiens 1, 6 rappelle que la grâce façonne d’emblée un nous liturgique et baptismal, dimension parfois occultée par une lecture centrée sur les individus.
En somme, l’attention portée aux nuances grecques rétablit la charpente hiérarchique de l’éconoie salvifique : la grâce jaillit du Christ, se concentre de manière singulière en Marie, irrigue les ministres, puis vivifie le corps entier de l’Église. Cette structure garantit l’unité de la médiation tout en honorant la diversité des réceptacles – un équilibre indispensable à la dogmatique, à la spiritualité et à la pratique pastorale contemporaines.
IX. Questions que Maxime Georgel laisse dans l’angle mort
Avant d’asséner que « κεχαριτωμένη » ne peut fonder aucune lecture forte en faveur de l’Immaculée Conception, plusieurs questions — philologiques, historiques et théologiques — méritent d’être affrontées de front. Les voici, sous forme de défi méthodologique :
A. Philologie & aspect verbal
- Pourquoi réduire le parfait passif κεχαριτωμένη à un simple « état présent résultant d’un passé indéterminé » sans examiner quand et pourquoi Luc choisit précisément ce temps pour nommer Marie ?
- Sur quelle base affirme-t-on que le parfait n’implique jamais une transformation définitive dans le cadre lucanien, alors que l’usage vocatif tend à « nominaliser » l’état de grâce de Marie ?
- Comment justifier l’équivalence argumentative entre κεχαριτωμένη (participe parfait passif substantivé) et ἐχαρίτωσεν (aoriste actif, pluriel, corporatif) sans distinguer les régimes grammaticaux et les sujets théologiques en jeu ?
- La hiérarchie des formes ne devrait-elle pas peser dans la qualification théologique des personnes concernées (Logos, Marie, Étienne, Église) ?
B. Traductions & homogénéisation latine
- Comment, alors que la Vulgate a réduit à l’unique formule gratia plena / plenus gratia plusieurs expressions grecques distinctes, peut‑on invoquer cette uniformisation pour diminuer la portée mariale de Luc 1, 28, puis l’écarter aussitôt—en lui préférant la traduction de la NBS—lorsqu’Éphésiens 1, 6 risquerait de contredire ou de nuancer cette même stratégie ?
- Pourquoi retenir la traduction « comblé de grâce » en Éph 1, 6 (NBS), alors même que ni πλήρης ni une construction adjectivale équivalente n’y figurent ?
C. Hiérarchie des « plénitudes »
- Sur quels critères refuser la typologie (fontale / participée unique / ministérielle / corporative) alors qu’elle rend compte à la fois des catégories grammaticales et des fonctions théologiques des textes ?
- Si l’on met sur le même plan la grâce charismatique accordée à Étienne (« πλήρης χάριτος ») et la grâce plénière et permanente reçue par Marie (« κεχαριτωμένη »), ne risque‑t‑on pas d’effacer la hiérarchie théologique entre charismes ponctuels et vocation singulière, et de tout ramener à un égalitarisme sans nuances ?
D. Réception patristique (grecque, précisément)
- Comment expliquer que plusieurs Pères grecs parlent de purification de Marie juste avant l’Incarnation sans conclure pour autant à son péché personnel — et pourquoi cela invaliderait-il la possibilité d’une lecture catholique du développement dogmatique ultérieur ?
- Si les Pères grecs ne formulent pas l’Immaculée Conception comme la théologie postérieure, est-ce une preuve que le texte l’exclut, ou simplement qu’ils ne l’ont pas encore élaborée ?
- Pourquoi ne pas intégrer la distinction classique (déjà médiévale, puis scolastique) entre plenitudo fontalis (Christ), plenitudo participata singularis (Marie) et plenitudo ministerialis (Étienne), qui semble précisément résoudre les confusions dénoncées ?
E. Développement du dogme & herméneutique de la tradition
- Quel statut accorde-t-on au développement doctrinal (Newman, Vatican II) pour lire κεχαριτωμένη : simple gel photographique du Ier siècle ou germe d’intelligibilité théologique progressive ?
- Comment concilier, sans les opposer, l’analyse grammaticale de Luc 1,28 (le parfait passif κεχαριτωμένη) et l’interprétation mariale qu’en a progressivement dégagée la Tradition et le Magistère — jusqu’au dogme de l’Immaculée Conception ?
- Pourquoi l’argument « les Pères n’en parlent pas » vaudrait-il contre l’Immaculée Conception mais jamais contre d’autres points doctrinaux également formulés tardivement ?
F. Logique théologique
- Si « être comblé de grâce » n’implique pas l’absence de péché pour les croyants (Éph 1, 6), en découle-t-il logiquement que cela ne peut jamais le faire pour personne, quel que soit le contexte, le temps verbal, la fonction narrative et l’élection unique ?
- Peut-on déduire d’un cas communautaire (Éphésiens) la négation d’un cas singulier (Luc) — sans commettre un sophisme de généralisation abusive ?
- Qu’est-ce qui empêcherait, en bonne logique théologique, que κεχαριτωμένη soit le nom théologique d’un état total de grâce (par anticipation des mérites du Christ), précisément parce que l’événement à venir (l’Incarnation) l’exige ?
G. Ecclésiologie & sotériologie
- Comment empêcher que l’argumentation de Maxime Georgel ramène toute grâce à un don uniquement collectif ou charismatique (Eph/Ac), au point de nier qu’il puisse exister des grâces personnelles et uniques décisives pour l’économie du salut ?
- Pourquoi, lorsqu’on met en parallèle l’« être plein de grâce » d’Étienne et celui de Marie, ne rappelle‑t‑on jamais que Marie reçoit une grâce sanctifiante permanente, alors qu’Étienne bénéficie de charismes ponctuels pour sa mission ?
H. Méthodologie & charge de la preuve
- Est-il suffisant d’opposer quelques rappels grammaticaux généraux (sur le parfait) pour invalider une tradition exégétique, patristique et théologique de longue durée ?
- Comparer des verbes parfaits qui racontent des faits (résurrection, amour répandu, œuvre achevée) avec un parfait qui nomme Marie (“Comblée‑de‑grâce”). N’est‑ce pas mélanger deux usages différents ? Car un verbe narratif ne porte pas la même charge théologique qu’un vocatif identitaire. Pourquoi ne pas en tenir compte ?
- Si le parfait ne garantit pas automatiquement la permanence de l’état, faut-il en conclure qu’il n’en garantit jamais la stabilité dans un contexte théologique où l’élection singulière est en jeu ?
I. Conséquences pastorales & doctrinales
- Quels effets ecclésiologiques produit, à terme, une lecture qui gomme toute graduation interne de la grâce : le Christ n’est-il plus que le « premier comblé », Marie qu’une croyante comme les autres, et Étienne le modèle ultime de toute grâce ?
- La foi des fidèles (lex orandi, lex credendi) doit-elle être corrigée à la baisse au nom d’un argument grammatical isolé — ou intégrer plutôt la totalité des données (Scripture + Tradition + Magistère) ?
- Quelle théologie de la sainteté reste-t-il si l’on refuse, par principe, toute plénitude participée singulière qui excède la mesure commune — au moment même où l’Écriture et la Tradition distinguent manifestement les « degrés » de participation ?
En bref : tant que ces questions restent sans réponse, l’argument de Maxime Georgel repose sur un réductionnisme grammatical et une méconnaissance de la hiérarchie interne des régimes de grâce telle qu’elle se laisse lire dans les textes grecs, la réception patristique et l’élaboration doctrinale. Vouloir « tout égaliser » sous l’étiquette générique de « comblé de grâce » revient à raser les reliefs que l’Écriture elle-même dessine. C’est cette problématique globale — linguistique, historique, théologique — qu’il faut maintenant affronter.
X. Bibliographie sélective
1. Sources patristiques majeures
| Auteur – Œuvre | Édition critique | Passage clé |
|---|---|---|
| Augustinus, Tractatus in Iohannem | CCSL 36/36A (1977-80) | Tract. II, 16 : de plenitudine eius … |
| Cyrillus Alex., Commentarius in Iohannem | Pusey, Oxford LFC 43 (1874) | I, 14 : plénitude essentielle du Logos. |
| Ioannes Chrysostomus, Homiliae in ActaXV | PG 60, 105 s. / NPNF I-11 (1889) | Sur Ac 6 8 : grâce charismatique. |
| Bernardus Claraevallensis, Sermo de aquaeductu | PL 183, 437-448 | Image de Marie-aquaduc. |
2. Sources scolastiques et magistérielles
| Titre | Édition / Collection | Contenu |
|---|---|---|
| Saint Thomas Somme Théologique | Ed. Leonina vols. 4-12 (1886-1906) | III, q. 7 (plenitudo fontalis) ; III, q. 27 (plenitudo participata). |
| Concilium Vaticanum II, Lumen gentium | Acta Apostolicae Sedis 57 (1965) | §§ 53, 62 : grâce mariale, médiation subordonnée. |
| Catéchisme de l’Église catholique (éd. typ. 1997) | Libreria Editrice Vaticana | §§ 969-971 : Marie et les charismes ecclésiaux. |
3. Études contemporaines utiles
| Auteur – Ouvrage | Maison / Année | Pertinence |
|---|---|---|
| Garrigou-Lagrange, R., La Mère du Sauveur | Desclée, 1944 (réimp. 2000) | Approfondit la « plénitude participée » de Marie. |
| Focant, B., Le grec du NT – grammaire raisonnée | Peeters, 2010 | Analyses morpho-syntaxiques fines, exemples sur πλήρης. |
| De La Potterie, I., Maria nel mistero dell’Alleanza | Paoline, 1992 | Corrélation Marie-Église face à Ep 1, 6. |
| Matthews, S., Grace in the NT | Cambridge, 2018 | Synthèse récente sur χάρις comme puissance transformante. |
4. Ressources numériques fiables (accès libre)
- Thesaurus Linguae Graecae (TLG) – corpus grec patristique.
- Bibliothèque Augustinienne – textes latins critiques d’Augustin.
- NPNF (New Advent) – translations patristiques anglophones (vérifier avec PG/CCSL).
- Documenta Catholica Omnia – bases magistérielles.
- SainteBible / StepBible – concordances grecques interlinéaires (utile pour morphologie rapide).
- Philologie Jean 1, 14 ↩︎
- Participes parfaits (statifs) ↩︎
- ST III, q. 27, a. 5 ↩︎
- Hom. 15 sur les Actes ↩︎
- La maternité spirituelle de Marie dans l’Eglise ↩︎
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Très bon article! Vous avez cité plusieurs auteurs médiévaux, j’ajouterai la pensée du docteur un peu plus tardif, Saint Robert Bellarmin sur la question de la hiérarchie des grâces à travers deux questions de son long catéchisme :
« Q. Que signifie « pleine de grâce » ?
R. La grâce de Dieu produit trois principaux effets dans l’âme. Le premier est qu’elle efface les péchés qui souillent l’âme, ainsi que l’eau efface la tache. Le second est qu’elle l’orne de dons et de vertus. Le troisième est qu’elle lui fournit la force d’accomplir des œuvres méritoires et agréables à Dieu. En vertu du premier effet, la Bienheureuse Vierge, Notre-Dame, fut pleine de grâce, en ce qu’elle ne fut jamais souillée d’aucune tache de péché, ni originel, ni actuel, mortel ou véniel. Quant au second effet, elle possédait toutes les vertus et tous les dons du Saint-Esprit en leur plus parfaite plénitude. Enfin, quant au troisième, elle accomplit des œuvres méritoires avec une telle abondance de grâce divine qu’elle surpassa tous les chœurs des Anges avec son corps uni à son âme.
Q. Il ne semble pas que Notre-Dame ait eu plus de grâce que les autres Saints, car j’ai souvent entendu dire que saint Étienne et d’autres Saints étaient pleins de grâce par le Saint-Esprit.
R. Quand bien même il est dit des autres Saints qu’ils étaient pleins de grâce, la Bienheureuse Vierge en reçut davantage que tous, parce que Dieu lui donna une capacité plus grande pour la grâce qu’à nul autre Saint. Je l’expliquerai par une comparaison : Supposons plusieurs vases, dont l’un aurait plus grande capacité qu’un autre ; si tous sont remplis de baume, ils seront certes tous pleins, mais néanmoins l’un contiendra davantage et l’autre moins. Ainsi en est-il, car Dieu accorde aux hommes une capacité plus grande ou moindre pour la grâce, selon les offices auxquels Il les destine. Or, comme il n’est point d’office plus sublime conféré à une simple créature que celui d’être la Mère de Dieu, la Vierge eut une plus grande capacité, et fut, par conséquent, remplie d’une grâce plus abondante que nulle autre créature.«
-Saint Robert Bellarmin, Doctrina Christiana, V « explication sur l’Ave Maria », traduit du latin vers l’anglais par Ryant Grant, Timeless catechism of Saint Robert Bellarmine, Mediatrix Press, 2016, p.87-88, puis de l’anglais au français par mes soins.
Bien à vous! Vous avez tout mon soutien dans votre travail remarquable.
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