Préambule
Une fois de plus, M. Georgel échoue à critiquer Marie, en particulier dans son rôle de nouvelle Ève. Son article sur l’Immaculée Conception ne lui accorde d’ailleurs que quelques lignes, sans la moindre mention de saint Irénée ni du Protévangile (Gn 3, 15). Il se contente de quelques citations éparses, ignorant ainsi le consensus patristique largement établi.
Réponses donc à cette vidéo, calée sur le thème Eve Nouvelle :
Introduction
Depuis les premiers siècles de l’Église, la figure de Marie comme Nouvelle Ève s’est imposée comme une clé de lecture théologique essentielle pour comprendre son rôle dans l’économie du salut. Là où Ève, par sa désobéissance, a introduit le péché et la mort, Marie, par son obéissance parfaite à la volonté divine, a coopéré à l’Incarnation du Sauveur, ouvrant ainsi la voie à la rédemption de l’humanité. Cette typologie, établie dès les Pères apostoliques, trouve un écho chez des figures majeures comme Saint Justin Martyr, Saint Irénée de Lyon et Origène, avant d’être approfondie par la tradition patristique et médiévale.
Cependant, cette conception fait encore l’objet de débats et de malentendus, même au sein de certains milieux chrétiens. Parmi ces controverses, les écrits et vidéos de M. Maxime Georgel soulèvent des objections notables, s’appuyant sur des interprétations discutables des textes des Pères de l’Église et sur des citations parfois détachées de leur contexte. Ces objections, bien que pouvant sembler sincères, reflètent souvent une incompréhension de la démarche apologétique et théologique des auteurs patristiques.
Dans ce contexte, il est essentiel de clarifier plusieurs points :
- La nature du parallèle entre Ève et Marie : Marie n’est pas seulement une figure opposée à Ève, mais elle est aussi une antithèse parfaite, répondant par l’obéissance et la foi à la désobéissance et au doute d’Ève.
- La lecture des textes patristiques : Les auteurs comme Saint Justin et Origène n’écrivent pas des traités systématiques sur Marie, mais inscrivent leurs réflexions dans un cadre apologétique visant à défendre la foi chrétienne, en particulier contre les objections juives ou gnostiques.
- La distinction entre Marie et d’autres figures féminines du Nouveau Testament : Si des femmes comme Élisabeth ou Marie-Madeleine jouent un rôle clé dans l’histoire du salut, leur place demeure subordonnée à celle de Marie, qui est la seule à coopérer directement et pleinement à l’Incarnation.
Ainsi, cet article se propose de répondre aux objections de M. Georgel en examinant quatre points principaux :
- Saint Justin Martyr et son Dialogue avec Tryphon, qui établit un parallèle typologique entre Ève et Marie ;
- Origène, qui éclaire le rôle unique de Marie à travers l’épisode de la Visitation, tout en distinguant clairement Élisabeth de la Nouvelle Ève ;
- Hippolyte de Rome, qui évoque Marie-Madeleine non pas comme une Nouvelle Ève, mais comme une Ève régénérée par la grâce ;
- La citation attribuée à Saint Innocent III n’est en réalité qu’une réflexion d’un théologien médiéval, représentative des débats de l’époque, qui peinait à reconnaître la perfection de la sainteté de Marie.
L’objectif de cette étude est double : d’une part, réfuter avec rigueur et bienveillance les objections avancées ; d’autre part, offrir une compréhension approfondie du rôle de Marie comme Nouvelle Ève, telle qu’enseignée par la Tradition chrétienne, afin de rétablir la vérité sur ce point fondamental de la foi.
1. Saint Justin Martyr : Marie et le Parallèle avec Ève
1.1. Contexte Historique du Dialogue avec Tryphon
Saint Justin Martyr, figure emblématique des Pères du IIᵉ siècle, œuvre à une époque où le christianisme cherchait à s’affirmer face aux doctrines concurrentes du judaïsme et du paganisme. Dans son œuvre majeure, le Dialogue avec Tryphon, Justin engage une discussion fictive avec Tryphon, un représentant du judaïsme, afin de démontrer la supériorité et la véracité de la foi chrétienne. C’est dans ce contexte que Justin introduit la typologie entre Ève et Marie, établissant une analogie profonde qui transcende la simple comparaison narrative pour s’inscrire dans une réflexion théologique sur la condition humaine, le péché et la rédemption.
1.2. La Typologie Ève-Marie : Une Structuration Dialectique du Salut
La typologie instaurée par Justin repose sur une structure dialectique où deux figures féminines symbolisent des pôles opposés dans l’histoire de la rédemption humaine. Ève, dans le récit de la Genèse, est présentée comme la première à succomber à la tentation, introduisant ainsi le péché et la mort dans l’expérience humaine. Marie, quant à elle, est envisagée comme la contrepartie salvifique, celle qui, par son obéissance et sa foi, participe activement à l’accomplissement du plan divin.
Le passage central du Dialogue avec Tryphon (chapitre 100, 5-6) illustre cette typologie :
« Ève, encore vierge et sans tache, écoute le démon : elle enfante le péché et la mort;
Marie, également vierge, écoute l’ange qui lui parle; elle croit à sa parole… C’est alors que naquit d’elle le salut du monde. »
Cette analogie opère une réconciliation entre la notion de déchéance originelle et celle de rédemption incarnée. Ève représente l’essence du libre arbitre mal exercé, tandis que Marie incarne la vertu de la foi et de la soumission à la volonté divine. Justin propose ainsi une dualité intrinsèque à l’humanité : la capacité de choisir, et par ce choix, la possibilité de dévier ou de se rapprocher du divin.
NB. Profitons de cette réflexion pour clarifier un point de sotériologie qui oppose catholiques et calvinistes. Selon la doctrine calviniste, la grâce serait irrésistible et contraindrait celui qui en est l’objet à obéir à Dieu. Pourtant, si l’on considère Ève sous l’effet de la grâce originelle, elle a désobéi, tandis que Marie, sans cette même grâce, aurait obéi ? Une telle logique est incohérente. En réalité, la grâce est certes irrésistible, mais elle n’abolit pas la liberté ; au contraire, elle l’élève. Ainsi, Ève a librement choisi de désobéir, tandis que Marie, immaculée – car il ne pouvait en être autrement – a, en toute liberté, choisi d’obéir.
1.3. L’objection de M. Georgel : Une analyse critique
Maxime Georgel avance que Justin, en ne mentionnant pas explicitement l’innocence ou l’immaculée conception de Marie, pourrait implicitement suggérer une absence de pureté chez elle, contrairement à Ève qui est qualifiée de « vierge et sans tache ». Cette interprétation, cependant, repose sur une lecture méthodologique défectueuse, où le silence sur un attribut n’implique pas nécessairement une négation.
Cette objection peut être critiquée sur plusieurs plans :
- Le fait et le non-fait en sémantique théologique : Le silence textuel ne doit pas être assimilé à une négation. Dans la logique, l’absence d’une affirmation spécifique ne constitue pas la preuve d’une négation. Ainsi, l’absence de l’attribut « sans tache » pour Marie ne doit pas être interprétée comme une remise en question de sa pureté.
- La fonction apologétique versus la description théologique exhaustive : Justin, dans son dialogue, vise avant tout une fonction apologétique, cherchant à démontrer la supériorité du christianisme. Son objectif n’est pas de dresser un portrait exhaustif des qualités de Marie, mais de mettre en lumière son rôle central dans l’économie du salut en contraste avec Ève.
- La temporalité des développements théologiques : Les concepts tels que l’Immaculée Conception se développent théologiquement au-delà de l’époque de Justin. Il est donc anachronique d’exiger de Justin une articulation de la pureté de Marie qui n’a été formulée de manière systématique que plusieurs siècles plus tard.
1.4. L’analyse textuelle et la structure argumentative
En examinant le Dialogue avec Tryphon, il apparaît que Justin utilise la typologie Ève-Marie comme une démonstration de la continuité et de l’accomplissement des promesses divines. Ève, en tant que vectrice du péché, est opposée à Marie, vectrice du salut. Cette opposition n’est pas simplement une juxtaposition narrative, mais une illustration de la possibilité humaine de transcender la déchéance par l’obéissance et la foi.
Le choix des termes par Justin est également significatif. La qualification d’Ève comme « vierge et sans tache » avant la chute souligne une condition originelle de pureté, mise en contraste avec son action désobéissante. Marie, également vierge, est présentée comme une réceptacle de la grâce divine, soulignant ainsi une continuité dans la vocation féminine mais une rupture dans les conséquences de leurs actions respectives.
1.5. L’obéissance de Marie : Une manifestation implicite de pureté
Bien que Justin ne qualifie pas explicitement Marie d' »innocente » ou « immaculée », l’accent mis sur son obéissance peut être interprété comme une manifestation implicite de sa pureté. Dans la philosophie morale chrétienne, l’obéissance à la volonté divine est intrinsèquement liée à la vertu et à la sainteté. Ainsi, l’acte d’obéir sans réserve à l’ange Gabriel, en acceptant l’incarnation du Christ, est un indicateur de la pureté morale et spirituelle de Marie.
Cette approche met en lumière une conception de la pureté non pas comme une absence de péché originel, mais comme une orientation vertueuse vers le bien et la fidélité à Dieu. Marie, par son acte d’obéissance, démontre une pureté active, une intégrité morale qui transcende la simple absence de tache chez Eve.
1.6. La continuité avec la Tradition patristique : L’héritage d’Irénée
Saint Irénée de Lyon, successeur de Justin, développe et approfondit la typologie Ève-Marie, renforçant ainsi la validité de cette analogie dans la tradition chrétienne. Dans Contre les Hérésies (III, 22, 4), Irénée précise :
« De même qu’Ève, séduite par le discours d’un ange, détourna sa foi et désobéit à Dieu, Marie fut instruite par le discours d’un ange, et obéit à Dieu. »
Irénée renforce l’idée que l’obéissance de Marie est l’antithèse de la désobéissance d’Ève. Cette continuité patristique souligne une démarche réflexive cohérente, où les Pères de l’Église utilisent des figures typologiques pour articuler des vérités théologiques profondes sur la condition humaine et la voie de la rédemption.
Cette approche illustre une méthode herméneutique où les figures narratives servent de symboles pour des concepts théologiques abstraits. L’utilisation de figures typologiques permet d’ancrer des idées métaphysiques dans des récits concrets, facilitant ainsi leur compréhension et leur acceptation par des interlocuteurs aux backgrounds variés.
1.7. Une harmonie avec les Écritures : Le salutation de Marie
Le passage évangélique de Luc 1, 28 où l’ange Gabriel salue Marie en disant :
« Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. »
renforce la typologie établie par Justin. Le terme grec kecharitomene traduit « pleine de grâce » suggère une plénitude de faveur divine, une conception qui est en harmonie avec l’idée de pureté et de sainteté. Cette salutation peut être interprétée comme une indication de la singularité de Marie dans le plan divin, une figure qui incarne la parfaite harmonie entre l’humanité et la divinité.
Saint Justin, en intégrant cette dimension scripturaire, ne se contente pas de proposer une analogie littéraire, mais engage une réflexion sur la nature de la grâce et de la vocation humaine. La typologie Ève-Marie devient ainsi une articulation de la théologie de la grâce, où Marie représente la réceptivité humaine à l’intervention divine.
1.8. Conclusion : Affirmation de Marie comme nouvelle Ève
En synthèse, l’analyse du premier point démontre que l’objection de M. Georgel est infondée lorsqu’on considère le contexte apologétique et théologique du Dialogue avec Tryphon. Justin Martyr, par son usage typologique, établit une analogie puissante entre Ève et Marie, où cette dernière est présentée comme la figure antithétique qui, par son obéissance, participe activement à la rédemption humaine.
Cette typologie ouvre une réflexion sur la dualité humaine entre chute et salut, désobéissance et obéissance, péché et grâce. Marie, en tant que Nouvelle Ève, incarne la possibilité humaine de transcender la condition déchue par une réponse vertueuse à l’appel divin. Cette compréhension enrichit la théologie mariale et affirme la continuité de la pensée chrétienne primitive dans la reconnaissance du rôle unique de Marie dans l’histoire du salut.
Ainsi, loin de nier la pureté ou l’innocence de Marie, Justin Martyr, en établissant ce parallèle, souligne son rôle crucial et exemplaire dans l’économie salvifique divine, consolidant la tradition chrétienne qui la vénère comme la véritable Nouvelle Ève.
2. La singularité de Marie en tant que nouvelle Ève
Abordons à présent les objections formulées à l’encontre d’Origène et d’Hippolyte de Rome, en particulier concernant leur lecture des figures d’Élisabeth et de Marie-Madeleine. Ces objections trouvent leur point d’ancrage dans la typologie de Marie comme « Nouvelle Ève ». Cependant, il importe de préciser que cette relation ne s’inscrit nullement dans l’approche adoptée par Georgel, qui postule une égalité typologique entre les trois figures.
2.1. Saint Irénée et la Typologie de Marie
Saint Irénée que l’on ne peut pas contourner, établit de manière fondamentale que Marie est la seule Nouvelle Ève, en s’appuyant sur le protévangile de la Genèse 3, 15. Il interprète cette prophétie comme une allusion directe à Marie et au Christ, soulignant ainsi leur rôle central dans le plan de salut. Un article a déjà été publié à ce propos. Irénée affirme :
« C’est ce qu’indique la parole de Dieu au serpent rapportée par l’Écriture : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ; il observera ta tête et tu observeras son talon » (Gn 3, 15). Cette inimitié, le Seigneur l’a récapitulée en lui-même, en se faisant homme, « né d’une femme » (Ga 4, 4) et en foulant aux pieds la tête du serpent (Lc 10, 19), comme nous l’avons montré dans notre livre précédent » (Contre les Hérésies, Livre V, 21, 1)
Ce texte met en lumière que saint Irénée identifie clairement Marie à la femme annoncée dans le protévangile, en la présentant comme la Nouvelle Ève. Cette identification s’inscrit dans sa vision théologique, où Marie joue un rôle fondamental dans l’économie du salut, en contraste et en réponse à la désobéissance d’Ève.
2.2. Origène et la prédominance de Marie
Origène souligne le rôle prééminent de Marie par rapport à Élisabeth et Marie Madeleine, démontrant ainsi que Marie précède dans l’ordre de la grâce. Il met en avant la supériorité de Marie en tant que mère du Christ et son rôle essentiel dans le salut. Il écrit :
« Les meilleurs [le Christ et Marie] vont au devant des moins bons pour leur procurer, par leur venue, quelque avantage. » (Homélie VII, 1- Début du discours d’Origène à propos de la visitation)
« Jésus, dans le sein de la Vierge, se hâtait de sanctifier Jean-Baptiste, encore dans le sein de sa mère. » (Homélie sur Luc VII, 1, p.155)
« Dès qu’Elisabeth entendit la salutation de Marie,[…] elle fut remplie du Saint-Esprit. » (Luc 1, 41)
Ces citations montrent qu’Origène et st Luc considèrent Marie comme la figure primordiale préparant le terrain pour les autres figures féminines dans le récit salvifique. Il confirme ainsi sa place exclusive en tant que Nouvelle Ève. Marie est présentée comme celle qui initie l’œuvre de sanctification, surpassant donc les autres femmes.
2.3. Hippolyte de Rome et Marie Madeleine
Hippolyte de Rome décrit Marie Madeleine comme une figure essentielle, mais distincte de la Nouvelle Ève. Il utilise la métaphore d’Ève devenue apôtre pour illustrer sa transformation et son rôle dans la propagation de la foi. Il écrit :
« Ô consolations nouvelles : ÈVE EST DEVENUE APÔTRE ! Voici, désormais la ruse du serpent a été éventée, [Ève] n’erre plus… elle est devenue digne de ce qui est bon et son cœur [l’]a désiré en nourriture. » (Commentaire du Cantique des Cantiques, XXV, 7-9)
Marie Madeleine est ainsi présentée comme une apôtre revitalisée par le Christ, mais elle demeure une fille adoptive dans la filiation divine, grâce à la médiation de Marie :
Elisabeth et Marie Madeleine sont ainsi filles adoptives du Père par Marie (Ga 4, 4-5) grâce à la médiation unique de celle qui, seule, enfante le Verbe dans la chair, ainsi que les générations de fidèles dans l’Esprit.
Cette distinction souligne que bien que Marie Madeleine joue un rôle crucial dans l’annonce de la résurrection et le témoignage du Christ, cependant elle ne peut se substituer à Marie en tant que Nouvelle Ève (cf. Gn 3, 15). Sa position reste subordonnée, confirmant ainsi l’unicité de Marie dans cette typologie.
2.4. Conclusion : Une seule nouvelle Ève
Ainsi, bien qu’Élisabeth et Marie Madeleine jouent des rôles significatifs dans l’œuvre du salut, leurs missions sont subordonnées à celle de Marie, l’unique Nouvelle Ève. Marie, en tant que mère du Christ et figure primordiale de la grâce, demeure la seule mère spirituelle de l’humanité régénérée. Élisabeth et Marie Madeleine, en tant que filles adoptives par la médiation de Marie (Galates 4, 4-5; AH IV, 33, 11), participent à l’œuvre du salut sans remettre en cause la singularité de Marie. Cette hiérarchie souligne que, contrairement à Ève qui engendra dans le péché, Marie engendre dans la grâce, confirmant ainsi qu’il ne peut y avoir qu’une seule Nouvelle Ève rôle unique de Mère du Christ et des fidèles dans l’économie
3. De l’hésitation médiévale à la certitude dogmatique : Innocent III et la question de l’Immaculée Conception
Le texte de saint Innocent III 1 :
Celle-là fut créée sans faute, mais engendra dans la faute ; celle-ci, en revanche, fut créée dans la faute (21), mais engendra sans faute.
Suivi de sa note en bas de page :
(21) Ainsi, le pape Innocent III a pu penser cela concernant une question qui n’était pas encore définie par l’Église ; mais qui est désormais une question de foi, à savoir : Marie a été conçue sans tache. Éd. Patrologia.
Le pape Innocent III, en affirmant que Marie « fut créée dans la faute, mais engendra sans faute », reflète les questionnements théologiques qui ont traversé le Moyen Âge sur la question de l’Immaculée Conception 2. À cette époque, la compréhension du péché originel et de la rédemption n’était pas encore pleinement aboutie, et les débats autour du statut de Marie s’inscrivaient dans une réflexion plus large sur le salut universel. Ce n’est qu’en 1854 que le pape Pie IX proclama officiellement le dogme, après des siècles de discussions, notamment entre Franciscains et Dominicains dès le XIIIᵉ siècle.
Innocent III se situe dans une tradition qui reconnaît la sainteté particulière de Marie, tout en admettant que, comme tout être humain, elle aurait été marquée par le péché originel. Cette tension théologique explique pourquoi des figures comme saint Thomas d’Aquin éprouvaient des réserves : selon lui, affirmer que Marie avait été totalement préservée risquait de remettre en cause le rôle du Christ comme rédempteur universel. Pourtant, un siècle plus tard, Jean Duns Scot proposa un argument clé : Marie n’aurait pas été sauvée en dehors du Christ, mais par anticipation de son sacrifice. Ainsi, loin d’amoindrir l’universalité de la rédemption, son Immaculée Conception en serait l’illustration la plus parfaite.
Le Moyen Âge fut une période de redécouverte progressive des Pères de l’Église et d’affinement des doctrines. La réflexion d’Innocent III illustre bien cette maturation progressive de la théologie : avant qu’un dogme ne soit fixé, l’Église laissait place aux débats et aux différentes interprétations, qui n’étaient pas nécessairement considérées comme hérétiques. Son propos témoigne ainsi du cheminement intellectuel et spirituel qui précède toute définition dogmatique.
Synthèse
Les écrits de saint Justin Martyr, d’Origène et d’Hippolyte de Rome montrent combien la tradition chrétienne ancienne a élaboré une typologie riche autour du rôle de Marie, la présentant comme la Nouvelle Ève. Cette comparaison avec Ève ne se limite pas à une simple analogie : elle inscrit Marie dans une dynamique de rédemption qui vient répondre à la chute initiale de l’humanité. D’autres figures féminines, comme Élisabeth ou Marie-Madeleine, occupent aussi des places importantes dans l’histoire du salut, mais dans une hiérarchie où Marie demeure centrale.
M. Georgel, en contestant cette lecture, semble s’appuyer sur une compréhension incomplète des textes patristiques. Or, une étude attentive montre que les Pères de l’Église ont développé une structuration précise du rôle des figures féminines dans la théologie du salut. Marie n’est pas seulement un modèle de sainteté : elle est l’incarnation de l’obéissance parfaite, en contraste direct avec Ève, dont la désobéissance avait entraîné la chute de l’humanité.
Cette typologie met en lumière un principe fondamental : l’histoire du salut repose sur un équilibre entre chute et rédemption, péché et grâce, refus et acceptation du divin. Elle ne se limite pas à une réparation du passé, mais exprime la manière dont Dieu transforme l’humanité en l’associant activement à son dessein.
Ainsi, la figure de Marie comme Nouvelle Ève n’est pas une construction théologique tardive, mais une idée solidement ancrée dès les premiers siècles du christianisme. Elle constitue un fondement majeur de la pensée patristique sur la rédemption et sur le rôle de la coopération humaine dans l’œuvre divine.al de la réflexion patristique sur la rédemption et le rôle de la médiation dans le dessein divin.
Dernier Mot
- Vérification des sources : Il est essentiel de s’assurer de l’authenticité des citations attribuées à des figures historiques. En l’absence de preuves solides, il convient de traiter ces citations avec prudence et de les replacer dans leur contexte historique et théologique approprié.
- Approche herméneutique rigoureuse : Une interprétation fidèle des textes patristiques nécessite une compréhension approfondie de leur contexte, de leur intention apologétique et de leur contribution à la théologie chrétienne. Cela permet d’éviter les malentendus et de renforcer la crédibilité de l’argumentation.
- Respect de la tradition et ouverture à la réflexion : Tout en respectant la tradition théologique, il est important d’être ouvert à une réflexion continue et à une réinterprétation à la lumière des découvertes historiques et des évolutions doctrinales.
En intégrant ces principes, l’argumentation en faveur de Marie comme Nouvelle Ève se trouve renforcée, offrant une défense solide et bien fondée contre les objections soulevées, tout en enrichissant la compréhension théologique de son rôle dans l’économie du salut.
- « De festo Assumptionis Mariae, sermon II » PL 217, col. 581. ↩︎
- Voir à ce sujet, notre article : Immaculée Conception au Moyen Âge : St Anselme, St Eadmer et St Bernard par Brian Reynolds (quatrième partie) ↩︎
En savoir plus sur Ecce Matter Tua
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
