I. Préambule
- Courte biographie et liste des articles déjà publiés sur Saint Irénée de Lyon.
Ci-dessous, extrait du blog « Par la.. foi » :

II. Introduction
À l’heure actuelle, aucune exégèse sérieuse n’attribue à Marie un empressement déplacé lorsqu’elle se rend auprès de sa parente Élisabeth. Pourquoi donc supposerait-on une anomalie concernant les noces de Cana ?
- Pour une exégèse de l’empressement de Marie, voir cet article : Comprendre l’empressement de Marie à Cana chez saint Irénée : Faute ou prophétie ?
Bien que cela ne constitue pas l’objet principal de cet article, il convient de noter brièvement que l’« empressement » de Marie, tel qu’il est décrit par saint Irénée, ne saurait être compris comme une faute. À cet égard, il est significatif de relever que P. Sagnard, traducteur du livre III de Contre les Hérésies dans la collection Sources Chrétiennes, ne souscrit pas à une telle interprétation (cf. infra).
Nous nous pencherons également sur l’allusion mentionnée par Brian Reynolds, ainsi que sur la référence à Mary Clayton, historienne spécialisée dans la littérature en vieil anglais et la période médiévale. Il convient toutefois de souligner que, dans l’ensemble du corpus irénéen, un seul passage — dont l’interprétation demeure équivoque — pourrait être invoqué à l’appui de la thèse défendue par M. Georgel.
III. Analyse des sources et des citations
A. Mary Clayton
Avant d’aborder la question de la prétendue « purification » de la Vierge Marie, Mary Clayton rappelle plusieurs versions du Protévangile de Jacques en précisant :
« L’intérêt du Protévangile ne réside pas seulement dans son récit : il témoigne également du développement des croyances mariales non bibliques dès cette époque ancienne. Dans certains manuscrits anciens, on trouve une lecture qui implique que Marie a été conçue sans rapport sexuel : l’ange annonce à Joachim (qui, honteux de sa stérilité, s’est enfui dans le désert) que sa femme a déjà conçu, et l’échelle temporelle de l’ouvrage suggère que la conception a eu lieu alors que Joachim était dans le désert. » 1
Elle ajoute que, dès cette époque, l’idée de Marie toute sainte et immaculée était déjà largement répandue, comme le montre la pluralité des versions du Protévangile de Jacques.
Pour ce qui est de la « purification au moment de l’Incarnation », Mary Clayton rapporte que :
« L’idée des pouvoirs d’intercession de Marie fut introduite par Irénée de Lyon (mort en 202), qui soulignait sa participation active à la rédemption de l’humanité, et il semble aussi avoir été le premier à proposer la purification de Marie par le Saint-Esprit lors de l’Incarnation. » 2
L’expression « il semble » invite à une analyse rigoureuse afin d’éviter toute interprétation erronée.
B. Brian Reynolds
M. Georgel s’appuie ensuite sur Brian Reynolds, sans préciser que Reynolds lui-même cite l’ouvrage de Mary Clayton. Or, comme nous l’avons vu, Mary Clayton n’affirme nullement que Marie a été purifiée au moment de l’Incarnation par le Saint-Esprit. Voici ce que dit exactement Brian Reynolds :
« En effet, certaines versions de cette histoire suggèrent qu’Anna a conçu, tout comme sa fille le ferait, sans relation sexuelle. Deuxièmement, si Dieu était intervenu pour lever la malédiction de la stérilité d’Anna, il n’y avait aucune raison pour laquelle il n’aurait pas aussi agi pour préserver Marie du péché. » 3
En reprenant lui aussi le protévangile de Jacques, il montre que l’idée de l’Immaculée Conception était présente et largement répandue aux premiers temps du christianisme 4 5. Reynolds attribue toutefois son abandon ultérieur à la misogynie d’Origène et à l’insistance augustinienne sur le péché originel.
Après avoir cité Mary Clayton concernant une prétendue purification de Marie à l’Incarnation, Reynolds objecte :
« Une autre racine, théologiquement plus significative, de la doctrine [de l’Immaculée Conception] se trouve dans la notion d’Irénée (vers 202) selon laquelle Marie a inversé ou récapitulé les actions d’Ève. Si Marie est la nouvelle Ève, tout comme le Christ est le nouvel Adam, comme le soutient Irénée, alors il s’ensuit que Marie doit être tout ce qu’Ève n’était pas, et davantage encore. En effet, pour Irénée, Marie est bien plus qu’un retour à l’Ève innocente d’avant la chute : elle est tout ce qu’Ève serait devenue si elle n’avait pas écouté les paroles du serpent. Non seulement elle restaure la nature humaine à ce qu’elle était avant la chute, mais elle l’élève à un niveau supérieur, déifié, étant donné que le Verbe prend chair d’elle. Si l’on pousse cet argument à sa conclusion logique, alors Marie doit être l’égale, voire supérieure à l’Ève d’avant la chute et sans péché. » 6
Reynolds met ainsi en avant une « autre racine » concernant cette fois-ci, la doctrine de l’Immaculée Conception basée sur Irénée. Pour lui, cette racine théologique se fonde sur le fait que Marie, en tant que Nouvelle Ève, a toujours été dépourvue de la corruption originelle.
Il est également pertinent de rappeler l’avis de spécialistes tels que :
« N’oublions pas que dans son édition du Livre III, p. 377 et 425 (cf. Infra), le P. Sagnard qui ne voulait guère qu’éditer et traduire, décelait chez Irénée une exigence de l’Immaculée-Conception. » 7
La conclusion qui en découle est la suivante :
« c’est la plénitude de grâce et l’exclusion constante de toute tache, même « originelle », en la Vierge Marie, — « terre vierge » comme l’était le 1er Paradis : c’est la conclusion qu’explicitera la Tradition vivante de l’Église, sous l’action de l’Esprit Saint, suivant les principes mêmes posés par Irénée sur la nature de cette Tradition. » 8
IV. L’examen herméneutique des textes
A. Concernant les noces de Cana
François Sagnard, o.p. (1898-1957), spécialiste d’Irénée et de la gnose, publié dans la collection Sources Chrétiennes du livre III du traité Contre les hérésies d’Irénée de Lyon. Première édition (1952) :
Comme mentionné plus haut (p. 297), il n’existe aucune indication d’une quelconque « imperfection » en Marie. En effet, si le Christ, en exauçant le désir de Marie (même si ce dernier n’est pas exprimé explicitement), avait approuvé une quelconque défaillance, cela contredirait la pureté intrinsèque de la Vierge.
L’« intempestiva festinatio » (294,1) ne doit pas être lue de manière péjorative, contrairement à ce qu’un calque trop servile pourrait suggérer. 9
B. Développement chez saint Irénée
Saint Irénée présente Marie comme une Nouvelle Ève dont le rôle sublime, en s’éloignant de la corruption originelle, permet au Christ de récupérer la nature humaine.
Il est notamment indiqué par Martin Jugie que :
« Ce rôle sublime [Eve nouvelle], assigné à Marie à côté de Jésus éloigne d’elle, par sa notion même, la corruption originelle. Qu’on remarque aussi ce que dit l’évêque de Lyon : que le Christ a pris de celle qui était de la race d’Adam la ressemblance de la première créature, c’est-à-dire d’Adam avant son péché. Pour donner à Jésus cette ressemblance, la Vierge ne devait-elle pas la posséder elle-même ? » 10
V. Conclusion
L’examen des sources patristiques, notamment celles de saint Irénée de Lyon, met en lumière une vision cohérente et structurée de la figure mariale dans la théologie chrétienne primitive. Loin d’une interprétation restrictive qui chercherait à attribuer à Marie une quelconque imperfection, la pensée d’Irénée s’inscrit dans une dynamique de récapitulation, où la Vierge apparaît comme la Nouvelle Ève, totalement exempte de la corruption originelle.
Les citations de Mary Clayton et Brian Reynolds démontrent que, dès les premiers siècles, l’idée d’une Marie immaculée et pleinement associée à l’œuvre du salut était présente. Contrairement à certaines lectures réductrices, l’affirmation d’une purification de Marie à l’Incarnation ne repose pas sur des bases solides, mais sur une interprétation imprécise de certaines sources. À l’inverse, la pensée d’Irénée s’oriente vers une vision plus large de la grâce divine, où la sainteté parfaite de Marie découle de son rôle unique dans l’économie du salut.
L’examen philologique des textes confirme également qu’il n’y a aucun fondement pour attribuer à Marie une quelconque hésitation ou imperfection, notamment dans l’épisode des noces de Cana. L’expression employée par Irénée ne doit pas être interprétée dans un sens négatif, mais replacée dans le contexte théologique de la médiation mariale et de son action dans l’histoire du salut.
En définitive, la lecture d’Irénée, soutenue par la Tradition vivante de l’Église, conduit naturellement à l’affirmation de l’Immaculée Conception. En posant les fondements d’une mariologie christocentrée, Irénée inscrit Marie dans une perspective de plénitude de grâce, où elle devient la terre vierge et sanctifiée d’où surgit le Nouvel Adam. Cette vision, loin d’être un développement tardif, trouve son ancrage dans la conscience ecclésiale des premiers siècles et se prolongera jusqu’aux définitions dogmatiques ultérieures.
Liste de lectures déjà publiées éclairant et réfutant les positions de M. Georgel.
Notes :
- Mary Clayton The Cult of the Virgin Mary in Anglo-Saxon England p.4 ↩︎
- Ibid. p.5 ↩︎
- Brian Reynolds Gateway to Heaven: Marian Doctrine and Devotion, Image and Typology in the Patristic and Medieval Periods: Volume I: Doctrine and Devotion p.332 ↩︎
- Irénée de Lyon et le sensus fidelium : comment la “règle de vérité” assure la transmission de la foi dans l’Église face à la Gnose ↩︎
- Saint Irénée et la Tradition comme œuvre de l’Esprit : Unité, vérité et vie dans la transmission apostolique ↩︎
- Ibid. p.333 ↩︎
- Jean Plagnieux La doctrine mariale de saint Irénée p.182-183 ↩︎
- P. Sagnard AH III ed. 1952. Sources Chrétiennes. p.377 ↩︎
- Ibid. p.425 ↩︎
- Martin Jugie : L’Immaculée conception dans l’Ecriture Sainte et la Tradition orientale p.67 ↩︎
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2 commentaires sur “Réfutation de M. Georgel : Immaculée Conception et purification de Marie chez Irénée de Lyon.”