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La Visitation : Foi, sanctification et communion dans l’oeuvre de Jésus-Christ – Origène, Homélies sur saint Luc VII

Introduction

L’épisode de la Visitation, rapporté dans l’Évangile selon saint Luc (Lc 1, 39-56), constitue une scène emblématique où se croisent plusieurs thématiques fondamentales de la théologie chrétienne, notamment la foi, l’humilité, et l’action du Saint-Esprit. Ce passage biblique met en lumière la réponse active de Marie à l’annonce divine, ainsi que l’inauguration de la mission prophétique de Jean-Baptiste. À travers cette rencontre, l’Évangile révèle la dynamique du salut opérée par la présence du Christ, encore dans le sein de sa mère, et de la foi exemplaire de Marie.

1. Une réponse immédiate à l’appel divin

L’évangile de Luc introduit la Visitation par une phrase qui semble anodine, mais qui contient une richesse théologique et spirituelle significative :

« En ces jours-là, Marie se leva et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda. » (Lc 1, 39)

Ce verset met en avant plusieurs éléments essentiels : la promptitude de Marie à répondre à l’appel divin, l’importance symbolique de la montagne, et la manière dont cet acte exprime sa foi active et son humilité.


1.1 La promptitude de Marie : un acte de foi et de zèle

La décision de Marie de partir « en hâte » témoigne de son obéissance immédiate et de son zèle à accomplir la volonté de Dieu. Après l’Annonciation, elle ne reste pas passive, mais agit rapidement, portée par une foi active. Cette hâte n’est pas précipitée, mais motivée par une joie profonde et une confiance totale en la promesse divine. Origène souligne cet aspect en affirmant :

« Dès qu’elle entendit que sa cousine Élisabeth était enceinte, elle partit. » VII, 1 p.155

Ce zèle s’inscrit dans une tradition biblique où la foi se manifeste toujours par l’action. Ainsi, Marie incarne l’attitude de celui ou celle qui, ayant reçu la grâce, la met en mouvement pour le bien d’autrui.


1.2 La montagne : un symbole de l’élévation spirituelle

Le texte précise que Marie se dirige vers la région montagneuse. Cette mention géographique a une portée symbolique forte. Dans la tradition biblique, la montagne est fréquemment associée à la rencontre avec Dieu et à l’élévation spirituelle. Par exemple, Moïse rencontre Dieu sur le mont Sinaï (Ex 19, 3), et le prophète Élie entend la voix de Dieu sur l’Horeb (1 R 19, 8-13).

Dans ce contexte, le voyage de Marie « vers la montagne » peut être compris comme une ascension spirituelle. Origène l’exprime ainsi :

« Marie devait aussi gravir la montagne et demeurer sur les hauteurs. » VII, 2 p.155-157 1

Ce cheminement symbolise l’élan de Marie vers Dieu, à la fois physiquement et spirituellement. En gravissant cette montagne, elle répond à son appel divin avec un cœur tourné vers les sommets, où se manifeste la présence de Dieu.


1.3 Une foi active et un modèle d’humilité

Marie ne part pas pour chercher la reconnaissance ou pour se glorifier de son rôle unique de Mère du Sauveur. Elle part pour servir Élisabeth, accomplissant ainsi un acte d’humilité. Cette attitude est en cohérence avec son Magnificat, où elle déclare :

« Il a jeté les yeux sur son humble servante. » (Lc 1, 48)

Son voyage montre qu’elle ne se considère pas supérieure malgré la grandeur de sa mission. Elle se présente comme une servante, animée par une foi profondément altruiste. Il est souligné dans l’homélie que cette humilité est soutenue par la protection divine :

« Elle devait également, parce qu’elle était attentive et diligente, se hâter avec zèle et, remplie du Saint-Esprit, être conduite sur les hauteurs, protégée par la puissance de Dieu. » VII, 4 p.157

Cet aspect illustre la manière dont la foi active de Marie se conjugue à son humilité, faisant d’elle un modèle pour tous les croyants.


Conclusion

L’attitude de Marie dans cet épisode est un témoignage éloquent de foi et d’obéissance. Sa réponse immédiate à l’appel de Dieu, son cheminement vers la montagne et son dévouement humble envers Élisabeth incarnent une dynamique spirituelle où la foi ne reste jamais statique, mais se traduit par des actions concrètes et désintéressées. En cela, Marie nous enseigne que la réponse au dessein divin exige non seulement la foi, mais aussi une mise en œuvre active, guidée par l’humilité et l’amour du prochain.

2. Une sanctification anticipée par la présence du Christ

L’épisode de la Visitation dépasse une simple rencontre entre deux parentes pour révéler Jésus comme la source ultime de sanctification et de guérison, agissant déjà depuis le sein de sa mère. Ce moment constitue une sanctification anticipée, où, à peine incarné, le Christ opère déjà comme source de grâce et de salut. Ce mystère se manifeste par le tressaillement de Jean-Baptiste dans le sein d’Élisabeth et par l’effusion de l’Esprit-Saint sur cette dernière. Ainsi, cet événement met en lumière l’efficacité immédiate de la mission rédemptrice de Jésus, avant même sa naissance, tout en inaugurant la présence transformatrice de Dieu au milieu de son peuple. Origène approfondit cette dimension en soulignant non seulement l’impact immédiat de la présence du Christ sur Jean-Baptiste et Élisabeth, mais aussi ses implications universelles et intemporelles.


2.1 Jésus, source de sanctification dès l’Incarnation

Dès qu’elle porte le Fils de Dieu en son sein, Marie devient un médiatrice de la grâce divine. Jésus agit à travers elle, non par des paroles ou des actes visibles, mais par sa simple présence. Origène insiste sur cette réalité :

« Jésus, dans le sein de la Vierge, se hâtait de sanctifier Jean-Baptiste, encore dans le sein de sa mère. » VII, 1 p.155

Ce passage révèle que Jésus, même en tant qu’embryon, est déjà pleinement le Fils de Dieu, capable de transmettre sa grâce. Cette sanctification anticipée de Jean-Baptiste illustre le caractère surnaturel de la personne du Christ, en qui la plénitude de la divinité habite corporellement (Col 2, 9).

L’Évangile de Luc rapporte que cette sanctification s’exprime par le tressaillement de Jean dans le sein d’Élisabeth :

« Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. » (Lc 1, 41)

Ce tressaillement n’est pas un simple mouvement physique. Origène le décrit comme une exultation spirituelle, un signe que Jean reconnaît déjà, dans le silence et l’intimité du sein maternel, la présence de son Seigneur.


2.2 La mission prophétique de Jean-Baptiste inaugurée

Ce tressaillement marque également le début de la mission prophétique de Jean-Baptiste. Sanctifié avant sa naissance, Jean devient le premier à reconnaître Jésus comme le Messie, accomplissant ainsi sa vocation de précurseur. Ce fait est en cohérence avec l’annonce faite par l’ange Gabriel à son père Zacharie :

« Il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère. » (Lc 1, 15)

L’homélie souligne que cette sanctification est directement liée à l’action du Christ :

« Avant l’arrivée de Marie et la salutation à Élisabeth, le petit enfant n’exulta pas dans le sein de sa mère. Mais dès que Marie eut prononcé la parole que le Fils de Dieu, dans son sein, lui avait suggérée, l’enfant exulta dans la joie. » VII, 1 p.155

Ainsi, Jean-Baptiste, encore dans le sein d’Élisabeth, est déjà pleinement engagé dans sa mission prophétique. Son exultation anticipe son rôle futur : annoncer et préparer la venue de Jésus.


2.3 Une puissance qui transcende le temps et l’espace

Origène souligne que l’action de Jésus dépasse les limites temporelles et géographiques de sa vie terrestre. Cette puissance transformatrice est toute aussi opérante aujourd’hui qu’elle l’était lors de l’Incarnation :

« Si la naissance du Seigneur n’avait pas été toute céleste et bienheureuse, si elle n’avait rien eu de divin et de supérieur à la nature humaine, jamais sa doctrine ne se serait répandue sur toute la terre. » VII, 5 p.161

La propagation de la doctrine chrétienne à travers le monde est présentée comme un témoignage direct de la nature divine de Jésus. Ce raisonnement met en lumière un aspect central de la foi chrétienne : la continuité entre l’œuvre du Christ lors de son ministère terrestre et son action dans l’Église et les croyants à travers les siècles.

La guérison des maladies physiques et spirituelles, mentionnée par Origène, témoigne de cette puissance toujours actuelle. (cf. Infra)

2.4 L’effusion du Saint-Esprit sur Élisabeth

L’action sanctificatrice de Jésus ne s’arrête pas à Jean-Baptiste. Elle s’étend également à Élisabeth, qui est remplie de l’Esprit-Saint à travers l’enfant qu’elle porte. L’Évangile nous dit :

« Lorsqu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie de l’Esprit-Saint. » (Lc 1, 41)

Origène clarifie cet enchaînement :

« Ce n’est pas la mère qui mérita la première le Saint-Esprit ; mais lorsque Jean, encore enfermé dans le sein maternel, eut reçu le Saint-Esprit, Élisabeth, à son tour, après la sanctification de son fils, fut remplie de l’Esprit-Saint. » VII, 3 p.157

Cette remarque met en lumière l’ordre divin dans l’œuvre de sanctification : Jean reçoit d’abord l’Esprit-Saint, puis il transmet cette grâce à sa mère. Cela souligne l’importance de Jean en tant qu’instrument dans le plan du salut et montre comment la présence de Jésus agit à travers la médiation de Marie pour sanctifier ceux qui l’entourent.


2.5 Une scène de communion dans la grâce

La Visitation est ainsi une scène de communion spirituelle. Jésus, par l’intermédiaire de Marie, sanctifie Jean-Baptiste, qui transmet cette grâce à sa mère Élisabeth. Origène met en avant cette dynamique :

« Dès lors, Jésus fit de son précurseur un prophète. » VII, 1 p.155

Ce passage illustre l’action en chaîne de la grâce divine, initiée par le Christ et transmise à travers les relations humaines. Cette communion préfigure l’Église, où les croyants, unis au Christ, deviennent à leur tour des canaux de grâce pour les autres.


Conclusion

L’épisode de la Visitation révèle l’efficacité immédiate et universelle de la mission de Jésus. Dès l’Incarnation, il agit comme source de sanctification, inaugurant l’appel prophétique de Jean-Baptiste et sanctifiant Élisabeth. Ce moment souligne également l’importance de la médiation de Marie, par qui la grâce de son Fils se répand sur ceux qui l’entourent. Cette sanctification anticipée illustre le mystère de l’Incarnation : Jésus, pleinement Dieu et pleinement homme, opère dès sa conception l’œuvre du salut.

3. La reconnaissance prophétique de Marie par Élisabeth

Dans l’épisode de la Visitation, Élisabeth joue un rôle central en reconnaissant, sous l’inspiration du Saint-Esprit, la dignité unique de Marie et le caractère divin de l’enfant qu’elle porte. Sa salutation à Marie n’est pas simplement un geste familial ou culturel, mais un acte prophétique, inspiré par l’Esprit, qui affirme la centralité de Marie dans le mystère de l’Incarnation. Ce moment met également en lumière le rôle du Saint-Esprit dans la révélation et l’unité des premiers croyants.


3.1 Élisabeth remplie de l’Esprit-Saint

L’Évangile de Luc souligne que la salutation de Marie a une portée transformative pour Élisabeth :

« Lorsqu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie de l’Esprit-Saint. » (Lc 1, 41)

Ce verset indique que l’Esprit-Saint agit directement sur Élisabeth à par la présence de Jésus et la médiation de Marie. Origène clarifie cet enchaînement :

« Ce n’est pas la mère qui mérita la première le Saint-Esprit ; mais lorsque Jean, encore enfermé dans le sein maternel, eut reçu le Saint-Esprit, Élisabeth, à son tour, après la sanctification de son fils, fut remplie de l’Esprit-Saint. » VII, 3 p.157

Cette effusion de l’Esprit-Saint permet à Élisabeth de reconnaître la réalité spirituelle qui se déroule devant elle. Elle ne s’adresse pas à Marie uniquement comme sa parente, mais comme la « Mère de son Seigneur« . Cette reconnaissance est une illumination intérieure, un fruit de l’action de l’Esprit, qui révèle à Élisabeth le rôle capital de Marie.


3.2 La salutation prophétique : reconnaissance de la maternité divine de Marie

Sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, Élisabeth proclame :

« Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 42-43)

Cette proclamation, qui forme une partie de la prière mariale de l’Ave Maria, est une reconnaissance explicite de deux vérités fondamentales :

  1. La bénédiction de Marie et de son enfant : Élisabeth déclare Marie « bénie entre les femmes », une expression qui souligne son élection divine et sa place dans l’histoire du salut. Cette bénédiction s’étend au « fruit de son sein« , c’est-à-dire Jésus lui-même. Origène ajoute ici une dimension apologétique :« Si Marie a été proclamée bienheureuse par le Saint-Esprit, comment le Seigneur a-t-il pu la renier ? »VII, 4 p.159. Cette affirmation réfute les interprétations hérétiques qui voudraient minimiser le rôle de Marie ou sa dignité en tant que Mère de Dieu.
  2. La reconnaissance explicite de Jésus comme Seigneur : En appelant Marie « la mère de mon Seigneur« , Élisabeth confesse la divinité de Jésus. L’utilisation du terme « Seigneur » (en grec Kyrios) établit un lien direct entre Jésus et la divinité, selon la tradition juive où ce terme est réservé à Dieu. Cette confession, inspirée par l’Esprit-Saint, précède même les déclarations publiques de Jésus sur sa propre identité divine.

3.3 L’humilité et l’émerveillement d’Élisabeth

La salutation d’Élisabeth ne se limite pas à une proclamation doctrinale ; elle est également marquée par un profond émerveillement. Elle exprime son humilité et sa reconnaissance face à cet événement extraordinaire :

« D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 43)

Cette question rhétorique traduit un sentiment d’indignité d’Elysabeth et de primauté de la présence de Marie et de l’enfant qu’elle porte. Origène souligne ici la profondeur de cette attitude :

« Qu’ai-je fait de bien ? En quoi mes œuvres sont-elles assez importantes pour que la Mère du Seigneur vienne me voir ? » VII, 5 p.159

Cet émerveillement témoigne d’une compréhension profonde de l’action gratuite de Dieu. Élisabeth ne s’attribue aucun mérite personnel, mais reconnaît que cette grâce lui est accordée par pure bienveillance divine. Elle devient ainsi un modèle d’humilité et de gratitude pour les croyants.


3.4 Une proclamation portée par l’Esprit et la foi

L’homélie met également en lumière la dynamique de la foi dans cet échange entre Marie et Élisabeth. L’Évangile rapporte qu’Élisabeth conclut sa salutation par une béatitude adressée à Marie :

« Bienheureuse celle qui a cru, car ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira ! » (Lc 1, 45)

Cette déclaration souligne que la foi de Marie est la clé de son élection. Ce n’est pas seulement son rôle de Mère de Dieu qui est mis en avant, mais aussi son adhésion libre et totale à la parole de Dieu. Cette foi active devient un modèle pour tous les croyants, appelés à accueillir les promesses divines avec la même confiance.

Enfin, l’échange entre Marie, Élisabeth et Jean-Baptiste illustre une communion spirituelle profonde. Marie, porteuse de Jésus, transmet la grâce divine à Élisabeth et à Jean. Par la médiation de la salutation de Marie, l’effusion de l’Esprit Saint s’opère, comme le relate Luc 1, 41. 44 : « Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle, et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. » Élisabeth, à son tour, proclame la grandeur de Marie et de son Fils, tandis que Jean, encore dans le sein maternel, témoigne prophétiquement de la présence de Jésus. Cette unité dans la foi préfigure l’Église, où les croyants, unis par le Christ, partagent une même grâce et un même témoignage.


Conclusion

La reconnaissance prophétique d’Élisabeth dans l’épisode de la Visitation révèle plusieurs aspects essentiels du mystère chrétien. Par sa salutation, Élisabeth proclame la maternité divine de Marie et la divinité de l’enfant qu’elle porte. Inspirée par l’Esprit-Saint, elle exprime également une humilité et une gratitude profondes, témoignant de l’action de Dieu dans sa vie. Ce moment de révélation et de foi illustre la dynamique de la grâce divine, où la présence de Jésus, médiatisée par Marie, transforme ceux qui le rencontrent. Élisabeth devient ainsi, à travers sa proclamation, une figure prophétique et un modèle de foi humble et reconnaissante.


4. Défense de la virginité perpétuelle de Marie

4.1 Introduction : Un dogme contesté et défendu

Origène consacre une partie de son œuvre à réfuter les objections contre la virginité perpétuelle de Marie. Il s’inscrit dans une tradition apologétique visant à défendre ce dogme contre les critiques des hérétiques, en affirmant la sainteté et l’intégrité de Marie avant, pendant, et après la naissance de Jésus. Ce débat, initié dans l’Église primitive, reste un pilier de la théologie mariale. Origène répond aux accusations en affirmant :

« Les fils attribués à Joseph ne sont pas nés de Marie ; et aucun texte de l’Écriture ne mentionne ce fait. » VII, 5 p.159

4.2 Réponse aux objections hérétiques : Une analyse scripturaire et théologique

Les adversaires de la virginité perpétuelle de Marie affirment que celle-ci aurait eu des relations conjugales avec Joseph après la naissance de Jésus, en se basant sur des références aux « frères de Jésus » dans les Évangiles (Matthieu 13, 55-56). Origène rejette cette interprétation, déclarant :

« Ici nous devons, pour que les hommes simples ne soient pas trompés 2, réfuter les objections habituelles des hérétiques. Au fait, je ne sais qui a pu se laisser aller à une telle folie pour affirmer que Marie avait été reniée par le Sauveur, parce qu’après la nativité elle se serait unie à Joseph. » 3 VII, 5 p.159

Origène explique que le terme « frères » doit être compris dans un sens large, incluant des proches ou des cousins, selon l’usage sémitique du mot. Cette interprétation est soutenue par d’autres Pères de l’Église, notamment saint Jérôme dans De Beatae Mariae Virginitate Perpetua. Elle est également présente dans contre Helvidius qui n’a perdu aucune ride dans les échanges que nous pouvons avoir avec les évangéliques.

Dans son commentaire  sur Matthieu livre X, chapitre 17 Origène déclare :

« Quant aux frères de Jésus, certains prétendent, en s’appuyant sur l’Évangile intitulé « selon Pierre », ou sur le livre de Jacques, qu’ils seraient les fils de Joseph, nés d’une première femme qu’il aurait eue avant Marie. Les tenants de cette théorie veulent sauvegarder la croyance en la virginité perpétuelle de Marie, n’acceptant pas que ce corps, jugé digne d’être au service de la parole disant : ‘L’Esprit de sainteté viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre, connût la couche d’un homme, après avoir reçu l’Esprit de sainteté et la puissance descendue des hauteurs, qui la couvrit de son ombre’. Pour moi je pense qu’il est raisonnable de voir en Jésus les prémices de la chasteté virile dans le célibat, et en Marie celles de la chasteté féminine ; il serait en effet sacrilège d’attribuer à une autre qu’elle ces prémices de la virginité. »

4.3 Les « fils de Joseph » et les arguments scripturaires

Origène répond également à l’argument souvent utilisé par les hérétiques, selon lequel les « frères de Jésus », mentionnés dans l’Évangile, seraient des enfants de Marie et Joseph. Il rejette cette interprétation, affirmant :

« Quant à ceux qui affirment qu’elle contracta mariage après son enfantement virginal, ils n’ont pas de quoi le prouver, car les fils attribués à Joseph ne sont pas nés de Marie ; et aucun texte de l’Écriture ne mentionne ce fait. » VII, 4 p.159

Cette réfutation s’appuie sur une lecture attentive de l’Écriture, où rien n’indique que Marie ait eu d’autres enfants après Jésus. Origène insiste sur le fait que les « frères de Jésus » peuvent être compris comme des proches parents ou des enfants de Joseph issus d’un éventuel mariage antérieur, mais en aucun cas comme des enfants de Marie.

5. Réflexion sur la naissance du Seigneur

Origène aborde la naissance de Jésus comme un événement profondément divin et surnaturel, qui dépasse les limites de la nature humaine. Cet aspect céleste de la Nativité est central pour comprendre la portée universelle et éternelle de l’Incarnation. Le texte invite à une méditation sur la signification théologique et spirituelle de la naissance du Christ, en mettant en avant son caractère incomparable et ses implications pour l’humanité.

Vierge à l’Enfant

5.1 Une naissance céleste et surnaturelle

Origène affirme que la naissance de Jésus ne peut être comprise comme un simple événement humain. Il écrit :

« Si la naissance du Seigneur n’avait pas été toute céleste et bienheureuse, si elle n’avait rien eu de divin et de supérieur à la nature humaine, jamais sa doctrine ne se serait répandue sur toute la terre. » VII, 6 p.161

Ce passage établit que la nature divine de Jésus est inséparable de son impact universel. En d’autres termes, l’efficacité de son message et de son œuvre salvatrice repose sur sa double nature : pleinement homme et pleinement Dieu. Cette affirmation s’oppose à toute tentative de réduire Jésus à un simple prophète ou à un enseignant moral.

La mention d’une naissance « toute céleste » souligne également que l’Incarnation est un acte gratuit de Dieu, une intervention directe de l’éternité de Dieu, entrant dans l’histoire humaine depuis la Vierge Marie fille du Père, Mère du Fils et Epouse de l’Esprit Saint. L’ange Gabriel avait annoncé :

« L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’enfant qui naîtra de toi sera appelé saint, Fils de Dieu. » (Lc 1, 35)


5.2 Un événement transformateur pour l’humanité

La naissance de Jésus est décrite comme un moment de transformation radicale pour l’humanité. Origène développe cet argument en s’appuyant sur les fruits de l’Incarnation :

« Si, dans le sein de la Vierge Marie, il n’y avait eu qu’un homme et non le Fils de Dieu, comment pourraient être guéries, au temps du Christ comme de nos jours encore, des maladies physiques et spirituelles si variées ? » VII, 5 p.161

Cette question rhétorique souligne que l’œuvre salvatrice de Jésus s’étend bien au-delà de son époque. Elle insiste sur le fait que Jésus continue d’agir dans la vie des croyants, apportant guérison et salut. A l’instar de la Crucifixion, la Nativité est perçue comme le point de départ d’une action divine qui transcende les frontières du temps et de l’espace. Cette réalité découverte plus tardivement est fondamentale si l’on ne veux pas perdre de vue le salut d’Hénoch, en dehors de toute les alliances (He 11, 5) et l’Immaculée Conception de la Vierge Marie.


5.3 La guérison physique et spirituelle par le Christ

Origène met en avant l’aspect salvateur de la mission de Jésus, qui est directement lié à sa naissance divine. Jésus est présenté comme celui qui guérit les maladies physiques et, plus fondamentalement, les blessures spirituelles de l’humanité. Cela se reflète dans les récits évangéliques de guérisons, mais aussi dans l’expérience des croyants à travers les siècles.

La puissance de guérison de Jésus est étroitement liée à son rôle de Rédempteur. Par sa naissance, il assume la condition humaine, mais il la transforme en profondeur.

Cette déclaration (cf. Supra VII, 5 p.161) établit que Jésus, par son Incarnation, devient non seulement le médecin des corps, mais aussi le guide spirituel qui mène les âmes vers la plénitude du salut, de la vérité et de la vie.

5.4 La naissance de Jésus comme lumière dans les ténèbres

Enfin, saint Jean évoque la naissance de Jésus comme une lumière qui illumine les ténèbres de l’humanité. Cette image est profondément enracinée dans son Evangile :

« Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. » (Jn 1, 9)

Cette lumière n’est pas seulement une révélation intellectuelle, mais une présence vivifiante qui chasse les ténèbres du péché, de l’erreur et du doute. La Nativité marque ainsi l’entrée de cette lumière dans le monde, une lumière qui continue d’éclairer les croyants et de guider leur chemin.


Conclusion

La réflexion sur la naissance de Jésus dans l’homélie met en lumière son caractère divin. Cet événement céleste et surnaturel marque le début d’une transformation radicale de l’humanité, où Jésus devient la source de guérison, de vérité, et de vie. La portée universelle de sa doctrine, la puissance transformatrice de son Incarnation, et la lumière qu’il apporte au monde confirment que sa naissance est bien plus qu’un simple événement historique. Elle est le fondement de la rédemption et de l’espérance pour tous les croyants.


6. L’appel aux catéchumènes : Suivre Jésus dans la foi et la persévérance

Origène termine sont homélie par une exhortation adressée aux catéchumènes, les nouveaux croyants en formation pour recevoir le baptême. Cette conclusion s’inscrit dans la tradition chrétienne des premiers siècles, où l’Église guidait avec soin ceux qui entraient progressivement dans la communauté des fidèles. Il invite ces catéchumènes à s’engager pleinement dans la foi, à ne pas céder à la peur, et à suivre avec confiance le Christ, le chemin de la vie éternelle.

Origène enseignant aux catéchumènes à Césarée de Philippe entre 233 et 234

6.1 Encouragement à persévérer dans la foi

Origène commence par rassurer les catéchumènes face aux épreuves et aux hésitations qu’ils pourraient rencontrer dans leur cheminement spirituel :

« Je vous en supplie donc, ô catéchumènes, ne reculez pas. Que nul parmi vous ne cède ni à la peur ni à l’épouvante. » VII, 8 p.163

Cet appel vise à fortifier leur foi et leur détermination. Le chemin de la conversion et de la préparation au baptême n’est pas exempt de difficultés, que ce soit des doutes personnels, des pressions sociales, ou des persécutions. Origène rappelle que la foi chrétienne demande une persévérance active, enracinée dans la confiance en Dieu.

Cette exhortation reflète un thème central des Évangiles, où Jésus lui-même invite ses disciples à ne pas craindre les défis :

« Ne crains pas, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » (Lc 12, 32)


6.2 Suivre Jésus comme modèle et guide

Origène poursuit en appelant les catéchumènes à marcher avec confiance derrière le Christ :

« Mais suivez Jésus qui marche devant vous. » VII, 8 p.163

Cette invitation souligne que Jésus n’est pas seulement un maître ou un enseignant, mais aussi un guide qui ouvre la voie vers le salut. En suivant Jésus, les catéchumènes ne marchent pas seuls ; ils sont accompagnés :

« Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jn 14, 6)

Dans ce contexte, suivre Jésus signifie adopter ses enseignements, vivre selon ses commandements, et s’unir à sa personne dans une relation vivante et évolutive. Origène insiste sur l’idée que Jésus attire les catéchumènes non par contrainte, mais par amour et grâce.


6.3 La communauté ecclésiale : un refuge et un guide

Origène rappelle également aux catéchumènes que leur cheminement spirituel se déroule dans la communauté de l’Église, un lieu de soutien et de formation :

« C’est lui qui vous a attirés vers le salut, c’est lui qui, aujourd’hui, vous réunit dans l’Église. » VII, 8 p.163

L’Église est présentée comme une famille spirituelle où les croyants, anciens comme nouveaux, s’encouragent mutuellement et partagent la même grâce. Dans cette perspective, l’Église, corps mystique du Christ, est l’entité où chaque membre trouve sa place et son rôle.

L’invitation à entrer dans l’Église est également une promesse d’appartenance à une réalité céleste, une union avec l’assemblée des saints dans la gloire divine :

« Si vous portez de bons fruits, il vous réunira dans ‘l’Église des premiers-nés, dont les noms sont inscrits dans les cieux.’ » (cf. He 12, 23)


6.4 Le baptême : entrée dans la vie nouvelle

Bien que le baptême ne soit pas explicitement mentionné dans cette homélie, l’appel d’Origène s’adresse aux catéchumènes qui se préparent à recevoir ce sacrement fondamental. Le baptême est compris comme une mort et une résurrection spirituelles, une participation à la vie du Christ et une purification des péchés. Pour Origène, ce moment représente une étape décisive dans le chemin de la foi, où les catéchumènes deviennent pleinement membres de la communauté chrétienne.

La vie chrétienne ne se limite pas à un engagement initial ; elle exige une fidélité constante et une croissance dans la grâce.


6.5 L’appel à l’espérance et à la joie

Origène conclut son exhortation sur une note d’espérance et de joie. Il invite les catéchumènes à se tourner vers le Christ avec confiance, en reconnaissant que leur salut est déjà en œuvre grâce à sa présence et à son action dans l’Église.

Cet appel à l’espérance est essentiel pour eux, qui peuvent parfois se sentir accablés par leurs faiblesses ou par les exigences de la vie chrétienne. Origène leur rappelle que le salut ne repose pas uniquement sur leurs efforts, mais sur la grâce de Dieu qui agit en eux. Cette grâce est source de joie, une joie qui préfigure la communion éternelle avec Dieu.


Conclusion

Dans l’homélie VII d’Origène, l’appel adressé aux catéchumènes s’inscrit comme une vibrante exhortation à persévérer avec confiance et joie sur le chemin qui mène au baptême et à la vie chrétienne. Origène y souligne avec force l’importance de suivre Jésus comme guide suprême, tout en prenant Marie pour modèle de foi et d’obéissance. Il invite également les futurs baptisés à s’appuyer sur la communauté ecclésiale, lieu de soutien et de fraternité, et à porter des fruits spirituels en réponse à la grâce divine reçue.

Cet appel, profondément enraciné dans les Écritures et dans la tradition vivante de l’Église, conserve une résonance universelle. Il rappelle à tous les croyants que la vie chrétienne est avant tout un itinéraire exigeant, marqué par une foi active, une espérance tenace et une communion intime avec le Christ et son Église. Ainsi, Origène offre un message intemporel, encourageant à embrasser pleinement la vocation chrétienne comme une réponse joyeuse à l’amour de Dieu.

Conclusion

L’homélie VII sur la Visitation propose une méditation d’une profondeur remarquable, explorant l’un des épisodes fondateurs du Nouveau Testament avec une rare richesse théologique, spirituelle et pratique. Origène y déploie une réflexion où convergent les dimensions essentielles de cet événement, en en tirant des enseignements universels.

L’exemplarité de Marie

Marie, par son humilité, son obéissance et sa charité, est présentée comme un modèle inégalé de foi active. En se rendant en hâte auprès d’Élisabeth, elle manifeste une disponibilité totale à la volonté divine et un sens aigu du service, anticipant ainsi le commandement de l’amour proclamé par son Fils. Cette exemplarité souligne que la foi ne peut se réduire à une adhésion intellectuelle, mais qu’elle appelle un engagement concret dans la vie quotidienne.

La puissance transformative de Jésus

Origène met également en lumière la présence de Jésus, encore à peine incarné, comme source de transformation spirituelle. Le tressaillement de Jean-Baptiste dans le sein d’Élisabeth symbolise l’action invisible mais puissante du Christ qui touche, sanctifie et prépare les âmes à accueillir la grâce. Ce moment témoigne de la force mystérieuse du Verbe incarné, capable d’opérer des changements intérieurs bien avant même sa naissance publique.

L’appel à une foi active

Enfin, cette homélie s’achève sur une invitation pressante adressée à tous les croyants : vivre une foi active, féconde et joyeuse, à l’image des protagonistes de la Visitation. À travers Marie et Élisabeth, l’Évangile révèle une foi qui s’exprime dans la louange, la reconnaissance des merveilles de Dieu, et l’engagement à répondre aux appels de l’Esprit. Chaque chrétien est ainsi appelé à porter des fruits spirituels, non seulement pour son propre salut, mais aussi pour le bien de la communauté.

Une leçon intemporelle

La conclusion d’Origène nous place face à un triple défi : imiter Marie dans son exemple de vie, laisser Jésus transformer nos cœurs, et faire de notre foi une force vivante et agissante. Cette triple dimension, enracinée dans l’événement de la Visitation, résonne comme un appel à renouveler notre marche chrétienne dans la lumière du Christ et dans l’élan de la communion ecclésiale.


Ainsi, la conclusion de l’homélie est une exhortation à vivre dans la foi, la gratitude, et l’espérance, en suivant Marie et Élisabeth dans leur réponse joyeuse à l’appel de Dieu. Comme elles, nous sommes invités à proclamer avec confiance :

« Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. » (Lc 1, 46-47)

La Vierge Marie déclamant son Magnificat
  1. Note en bas de page de l’ouvrage : « Gravir la montagne » est une expression qui, selon Origène, indique le progrès spirituel et « demeurer sur les hauteurs » représente l’état de perfection qui se confond avec la contemplation du Logos. Cf. In Luc, hom., XXII, 1, et hom. XXXVII, 4. Voir aussi In Gen, hom., 1, 7, SC 7, p. 73; In Num. hom., XV, 3, SC 29, p. 301; In Matth. com., XII, 36, GCS 10, p. 150; C. Cels., II, 64, GCS 1, p. 186; IV, 16, ibid., p. 283; VI, 68, GCS 2, p. 533, et VI, 77, ibid., p. 147.
    ↩︎
  2. Noter le souci pastoral d’Origène qui souvent dans ses homélies réfute ceux qui simplicium corde decipiunt ; cf. In Luc. hom., XVI, 4 ; In Ex. hom., III, 2, SC 16, p. 106 ; In Jo. com., XX, 33, GCS 4, p. 370. ↩︎
  3. A. d’Alès, dans le Dictionnaire d’Apologétique, art. Marie, Mère de Dieu, t. III, col. 172 ↩︎

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3 commentaires sur “La Visitation : Foi, sanctification et communion dans l’oeuvre de Jésus-Christ – Origène, Homélies sur saint Luc VII

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