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Origène, la virginité perpétuelle de Marie et les réponses aux accusations dans Contre Celse

Introduction : Origène et son ouvrage Contre Celse


Origène, l’un des plus grands théologiens du christianisme primitif, s’est illustré par son érudition et son engagement à défendre la foi chrétienne face aux critiques païennes et juives. Au IIIe siècle, le christianisme est encore une religion émergente, souvent méprisée et accusée d’irrationalité par les intellectuels de l’époque. L’un des détracteurs les plus notoires est le philosophe païen Celse, auteur d’un ouvrage intitulé Le Discours Véritable, écrit vers 178. Dans cet ouvrage, Celse attaque frontalement le christianisme, dénonçant son caractère prétendument absurde et sa prétention à une vérité universelle.

C’est pour répondre à ces accusations qu’Origène écrit Contre Celse, une œuvre apologétique majeure composée de huit livres. Cet ouvrage est bien plus qu’une simple réfutation : il constitue une défense méthodique et érudite du christianisme, utilisant à la fois les Écritures et les outils intellectuels de l’époque, notamment la philosophie grecque.

Dans le Livre I, Origène s’attarde sur une accusation particulièrement pernicieuse : la remise en question de la conception virginale de Jésus. Celse, par le biais d’une prosopopée attribuée à un Juif, affirme que Jésus serait né d’une union illégitime entre Marie et un soldat romain nommé Panthère. Cette attaque vise à discréditer non seulement la figure de Jésus, mais aussi la pureté de Marie et, par extension, les fondements de la foi chrétienne. Origène, avec rigueur et subtilité, réfute ces calomnies tout en développant une réflexion théologique sur la virginité perpétuelle de Marie et son rôle dans l’histoire du salut.

Dans cet article, nous explorerons la manière dont Origène défend la virginité de Marie dans Contre Celse, en analysant ses arguments historiques, scripturaires et philosophiques. Cette défense ne se limite pas à une simple polémique, mais révèle une vision profonde de la figure de Marie et de sa mission unique dans l’économie du salut.

Origène, la virginité perpétuelle de Marie et les réponses aux accusations dans Contre Celse

Les accusations contre Marie et la naissance de Jésus

Origène, dans le Livre I de Contre Celse, commence par répondre à l’une des accusations les plus graves portées par Celse à travers une prosopopée attribuée à un Juif. Celui-ci affirme que Jésus ne serait pas né d’une conception virginale, mais d’un adultère entre Marie et un soldat romain nommé Panthère. Cette fable calomnieuse, relayée par des opposants au christianisme, vise à discréditer la figure de Marie, à remettre en cause la sainteté de Jésus et, par extension, à saper les fondements de la foi chrétienne.

La fable du soldat Panthère

Celse affirme, dans une mise en scène polémique :

« [Marie] fut chassée par le charpentier, son fiancé, ayant été convaincue d’avoir commis adultère avec un soldat, nommé Panthère

Origène reconnaît que l’accusation formulée par Celse vise directement à contester la conception virginale de Jésus, un fondement central de la foi chrétienne affirmé dans les Évangiles (Matthieu 1,18-25 ; Luc 1,26-38). Selon la version de Celse, Joseph aurait découvert une supposée infidélité de Marie et, indigné, l’aurait répudiée pour adultère. Ce récit calomnieux tente de remplacer le miracle proclamé par l’Église – la conception par le Saint-Esprit – par une histoire sordide et déshonorante, destinée à discréditer à la fois Jésus et sa mère.

Face à cette attaque, Origène oppose une réfutation méthodique qui démontre l’incohérence et le caractère fallacieux de cette accusation. Il écrit :

« Ceux qui ne voulaient pas avouer le miracle inventèrent quelque fausseté ; mais d’en avoir inventé une qui est contre l’apparence […] c’est découvrir l’imposture à ceux qui ont du discernement. »

Origène met ici en lumière une contradiction interne dans l’argument de Celse. Il souligne que même ceux qui refusent de reconnaître le miracle de la conception virginale ne peuvent nier l’existence d’un fait inhabituel autour de la naissance de Jésus. La calomnie elle-même, en excluant Joseph comme père de Jésus, admet implicitement une origine non ordinaire. Ainsi, ce que Celse présente comme une critique se retourne contre lui : en cherchant à diffamer, il témoigne involontairement de l’aspect extraordinaire de l’événement.

De plus, Origène insiste sur l’absurdité de substituer un récit humiliant à celui du miracle. Pourquoi, demande-t-il en substance, inventer une histoire aussi invraisemblable et contraire à l’apparence des faits, si ce n’est par refus obstiné de reconnaître l’intervention divine ? Une telle stratégie, loin de convaincre, révèle aux esprits avertis la fragilité de l’argumentation adverse. En dépit des tentatives de dénigrement, la singularité de la naissance de Jésus reste une évidence, attestée à la fois par les Écritures et par la persistance de ces accusations, qui trahissent un profond malaise face à un événement qui défie toute explication humaine.

Panthéra et la Controverse des Origines : Entre Tradition Talmudique et Polémique Théologique

L’histoire du soldat Panthéra, mentionnée par Celse et relayée dans le Talmud de Babylone (par exemple dans Sanhedrin 67a et 107b), témoigne d’une tentative de réduire la naissance miraculeuse de Jésus à une origine profane et scandaleuse. Celse, dans son dialogue fictif, fait dire à un Juif qu’« ayant été convaincue d’adultère, elle fut chassée par son fiancé »1 , et qu’elle aurait eu une liaison avec « un soldat nommé Panthéra ». Cette thèse trouve un écho dans le Talmud, où la tradition talmudique appelle Jésus “Ben-Pandera”, un surnom associé à cette figure polémique2. Ces récits, issus des milieux juifs hostiles au christianisme naissant, se sont inscrits dans un contexte de rivalité théologique intense où historicité et foi s’entrechoquent.

Cette figure de Panthéra, décrite par Celse comme issue de « l’adultère d’un soldat impur et d’une fille débauchée »3, devient un outil narratif pour disqualifier la divinité de Jésus en le ramenant à une origine humaine et moralement dégradée. Pourtant, cette insistance sur l’impureté paradoxalement renforce l’idée que la singularité morale et spirituelle de Jésus dépasse les limitations humaines qu’on lui attribue. Comme l’écrit un défenseur chrétien dans sa réfutation de Celse, « d’une union aussi impure aurait dû sortir un fou nuisible aux hommes »3, mettant en avant le contraste entre les conditions d’un tel récit et la grandeur de Jésus. Ce débat, qui a migré des cercles juifs au discours apologétique chrétien, trouve son origine dans une tension théologique inscrite dans le Talmud et amplifiée par des auteurs comme Celse. Nous reviendrons très bientôt sur cette question, afin d’explorer plus en détail comment ces récits se sont transformés dans les dialogues interreligieux et les traditions critiques ultérieures.

Une stratégie polémique : attaquer Marie pour discréditer Jésus

Origène montre que l’objectif principal de cette fable est de saper la crédibilité de Jésus en attaquant la dignité de sa mère. La logique de Celse est claire : si Jésus est né d’une union illégitime, il perd toute prétention à la sainteté et au statut divin. Cela explique pourquoi Celse, par le biais de la prosopopée, cherche à réduire Jésus à un homme ordinaire, né dans des circonstances infâmes.

Cependant, Origène retourne l’argument contre ses adversaires en soulignant que de telles attaques révèlent une faiblesse dans leur position. Il rappelle que les Écritures elles-mêmes attestent de la perplexité de Joseph face à la grossesse de Marie, avant qu’un ange ne lui révèle la vérité :

« Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, se proposa de la renvoyer en secret. Mais comme il y pensait, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : “Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint.” » (Matthieu 1,19-20)


Origène utilise ce passage pour rappeler que la conception virginale n’est pas une invention tardive, mais une vérité proclamée dès les premiers récits chrétiens.

La grandeur de Jésus contre les calomnies

Origène oppose à la bassesse de l’accusation de Celse la grandeur de la mission et des actions de Jésus. Selon lui, il est absurde de croire que celui qui a transformé l’humanité par ses enseignements et sa vie exemplaire puisse être né dans des circonstances aussi honteuses :

« Est-il vraisemblable […] que celui qui a fait de si grandes choses en faveur du genre humain […] ait eu la plus sale et la plus honteuse de toutes les naissances, bien loin d’avoir eu en cela quelque chose d’extraordinaire ? »

Origène défend ici une logique spirituelle : l’excellence de la mission de Jésus est en adéquation avec la pureté de sa conception. Un être appelé à tant de grandeur ne pouvait naître que d’une manière miraculeuse, digne de sa nature divine.

L’argument des prophéties

Enfin, Origène appuie sa réfutation sur les prophéties de l’Ancien Testament. Il cite en particulier Isaïe 7,14 :

« Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et elle l’appellera Emmanuel. »

Pour Origène, cette prophétie, bien que contestée par les adversaires du christianisme, est un témoignage clair en faveur de la conception virginale. Il anticipe même les objections linguistiques sur le terme hébreu alma (traduit par « jeune fille » ou « vierge »), en rappelant que l’Évangile de Matthieu (1,23) l’interprète comme « vierge » et que seule une naissance miraculeuse pouvait constituer un véritable signe de Dieu :
« Quel signe et quelle merveille serait-ce qu’une jeune fille qui ne serait point vierge mit un fils au monde ? »

Conclusion 
 

Origène démonte habilement les calomnies de Celse en montrant leur incohérence interne, leur caractère malveillant et leur incapacité à expliquer la grandeur de Jésus. En s’appuyant sur les Écritures, il affirme que la conception virginale de Marie n’est pas seulement un fait miraculeux, mais aussi un signe prophétique et nécessaire pour celui qui devait incarner la présence de Dieu parmi les hommes. Cette défense marque le début d’une démonstration plus large sur la pureté et la mission unique de Marie dans le plan divin.


1. Origène, C. Cels. I, 28
2. Note en bas de page : Origène, C. Cels, vol. I, SC 132, p. 163 :

La tradition talmudique qui appelle Jésus Ben-Pandera ou Panthéra remonte peut-être à la fin du 1er siècle. L’appellation figure sur les inscriptions latines, comme surnom de soldats romains; cf. L. Patterson, JTS 19 (1917), p. 79-80. À ce trait polémique, les apologètes répondirent que le nom était celui d’un autre person-nage : grand-père de Jésus, père de Joseph et de Cléopas, d’après Épiphane (Adv. haer, 78, 7, PG 42, 708 D); ancêtre commun de Marie et de Joseph d’après ANDRÉ DE CRÈTE (Or. in circume. Dom., PG 97, 916 B-C), Jean Damascène (De fide orth. IV, PG 94, 1156 D- 1157 A), Épiphane (Vita Mar., PG 120, 190 A-B). D’après les critiques modernes, on aurait imaginé cette naissance illégitime d’un Romain pour répliquer à l’affirmation chrétienne de la conception miraculeuse et de la descendance davidique; cf. J. Klausner, Jésus de Nazareth, tr. Freidmann et Laville, 1933, p. 341-342; M. Goguel, Jésus, 1950, p. 57-58. L’origine est peut-être un sobriquet, corruption du titre chrétien ὁ υἱὸς τῆς παρθένου, Klausner, p. 23.

3. Ibid. I, 33


Origène, la virginité perpétuelle de Marie et les réponses aux accusations dans Contre Celse

Origène défend la virginité de Marie

Dans le Livre I de Contre Celse, Origène s’efforce non seulement de réfuter les accusations calomnieuses de Celse, mais aussi de défendre la virginité de Marie en montrant qu’elle est à la fois un fait historique et un signe prophétique. Cette défense s’appuie sur une lecture attentive des Écritures, des prophéties de l’Ancien Testament et une argumentation rationnelle.

La conception virginale comme miracle divin

Origène insiste sur le caractère unique et miraculeux de la conception de Jésus, affirmant qu’elle ne pouvait avoir lieu que par une intervention divine :

« À qui convenait-il plutôt de mettre au monde Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous ? À une fille qui l’aurait conçu à la manière ordinaire des femmes, ou à une vierge pure et chaste qui l’aurait conçu sans perdre sa virginité ? »

Cette question rhétorique résume toute la logique d’Origène : seule une naissance virginale est digne de l’enfant appelé à incarner Dieu sur terre. La virginité de Marie n’est donc pas un détail secondaire, mais une nécessité spirituelle et théologique.

Origène s’appuie sur Matthieu 1,23, qui cite Isaïe 7,14 :

« Voici, la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, ce qui signifie : Dieu avec nous. »

Cette prophétie est pour lui une preuve que la naissance de Jésus est le résultat d’un plan divin préparé depuis des siècles, et non une invention des premiers chrétiens.

Réponse aux objections linguistiques

Origène anticipe les objections de ses adversaires, notamment celles qui contestent la traduction du mot hébreu alma (jeune fille) par « vierge » dans la Septante. Certains, comme le Juif fictif de Celse, soutiennent que le texte d’Isaïe ne parle pas de virginité au sens propre. Origène réfute cette interprétation en insistant sur le caractère exceptionnel du « signe » promis :

« Quel signe et quelle merveille serait-ce qu’une jeune fille qui ne serait point vierge mit un fils au monde ? »

En effet, une naissance naturelle, même si elle impliquait une jeune fille non mariée, ne pourrait être qualifiée de signe divin. Ce qui rend cet événement extraordinaire, c’est précisément que Marie est restée vierge tout en devenant mère.

Origène renforce son argument en s’appuyant sur le Deutéronome, où le mot alma est utilisé pour désigner une jeune fille vierge fiancée :

« Si une fille vierge, étant fiancée à un homme, est trouvée dans la ville par quelqu’un qui la déshonore… » (Deutéronome 22,23).

Cette interprétation montre que la tradition juive elle-même comprend alma comme désignant une vierge.

La cohérence entre la grandeur de Jésus et la pureté de sa naissance

Origène poursuit en affirmant qu’il serait incohérent que celui qui a apporté tant de bienfaits à l’humanité soit né de circonstances honteuses :

« Est-il vraisemblable […] que celui qui a fait de si grandes choses en faveur du genre humain […] ait eu la plus sale et la plus honteuse de toutes les naissances ? »

Pour Origène, la pureté de la conception de Jésus reflète la pureté de sa mission. En venant au monde par une vierge, il inaugure une ère nouvelle, libérée des vices et des corruptions du péché. La naissance virginale est donc un élément central du message chrétien.

Une réponse rationnelle : la logique du miracle

Origène utilise également une argumentation philosophique pour expliquer la possibilité de la conception virginale. Il s’adresse aux Grecs en leur rappelant que certains phénomènes naturels, comme la parthénogenèse (chez certains animaux), montrent que la reproduction sans mâle est possible :

« Il y a des animaux dont les femelles font leurs petits et conservent ainsi l’espèce sans l’opération du mâle. »

Si cela est possible dans la nature, il n’est pas absurde de croire que Dieu puisse accomplir un miracle similaire dans l’humanité. Cette réflexion vise à montrer que la foi chrétienne n’est pas contraire à la raison, mais qu’elle transcende les lois naturelles tout en restant cohérente avec elles.

Conclusion 
 

Dans ce point, Origène ne se contente pas de réfuter les accusations de Celse, il bâtit une défense positive et rigoureuse de la virginité de Marie. En s’appuyant sur les prophéties de l’Ancien Testament, les Évangiles et des analogies naturelles, il démontre que la conception virginale de Jésus est à la fois crédible, prophétique et nécessaire. Pour Origène, la virginité de Marie est une clé pour comprendre le mystère de l’incarnation et le caractère unique de Jésus-Christ.

Origène, la virginité perpétuelle de Marie et les réponses aux accusations dans Contre Celse

Une défense rationnelle et théologique


Dans le Livre I de Contre Celse, Origène ne s’arrête pas à une simple réfutation des calomnies contre Marie. Il développe une argumentation qui mêle théologie, philosophie et observation rationnelle pour montrer que la virginité de Marie est cohérente avec la mission divine de Jésus. Cette défense dépasse la polémique pour offrir une vision approfondie du lien entre la nature du Christ et sa naissance miraculeuse.

Un corps parfait pour une âme parfaite

Origène s’appuie sur la philosophie grecque pour montrer que la nature du corps est en harmonie avec celle de l’âme qu’il porte. Selon cette logique, une âme exceptionnelle, destinée à transformer le monde, ne pouvait s’incarner que dans un corps conçu de manière pure et unique. Il écrit :

« Une âme qui devait paraître au monde avec tant d’éclat […] a dû être jointe à un corps non seulement plus parfait que ceux du commun, mais excellent même entre tous. »

Cette idée rejoint la vision biblique selon laquelle Jésus est le nouvel Adam, exempt du péché originel, né d’une humanité restaurée par la grâce divine. Paul écrit à ce sujet :

« Car si, par la désobéissance d’un seul homme, la multitude a été rendue pécheresse, par l’obéissance d’un seul, la multitude sera rendue juste. » (Romains 5,19)

La naissance virginale est ainsi le point de départ de cette nouvelle création, où l’âme parfaite du Christ est unie à un corps conçu sans corruption.

Une logique des analogies naturelles

Origène cherche aussi à démontrer, par des analogies tirées de la nature, que la conception virginale n’est pas aussi invraisemblable que le prétend Celse. Il écrit :

« Il y a des animaux dont les femelles font leurs petits et conservent ainsi l’espèce sans l’opération du mâle. »

Bien qu’il s’agisse ici d’une référence ancienne à des phénomènes comme la parthénogenèse observée chez certains animaux, Origène utilise cet argument pour établir que des naissances inhabituelles existent dans la création. Si la nature elle-même peut produire de tels phénomènes, combien plus Dieu, le Créateur de tout, peut-il accomplir une conception miraculeuse dans l’humanité !

Origène renforce cette idée en rappelant que même dans les récits grecs, certaines figures comme Platon ont été considérées comme ayant une origine extraordinaire :

« Les Grecs eux-mêmes racontent que Platon fut conçu du fait d’Apollon, sans qu’Ariston y ait contribué. »

Bien qu’il considère cela comme une fable, Origène l’utilise pour souligner que l’idée d’une naissance extraordinaire n’est pas étrangère aux cultures païennes. Cependant, contrairement aux récits mythologiques, la naissance virginale de Jésus repose sur des témoignages et des prophéties reconnues.

Une mission divine exige une naissance divine

Origène affirme qu’il serait incohérent que Jésus, appelé à accomplir une mission divine, soit né dans des circonstances honteuses et dégradantes. Il écrit :

« Est-il vraisemblable […] qu’une âme qui devait corriger tous les dérèglements de la vie des hommes et rendre la sienne illustre […] soit née de la manière du monde la plus infâme ? »

La logique d’Origène repose sur l’adéquation entre la nature et la mission de Jésus. Celui qui devait incarner la sainteté de Dieu parmi les hommes ne pouvait naître d’une union marquée par le péché ou la honte. La virginité de Marie devient ainsi une nécessité pour refléter la pureté de l’incarnation.

Cette idée est en accord avec l’Évangile de Jean, où il est dit :

« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité. » (Jean 1,14)

Pour Origène, la conception virginale est un signe visible de cette grâce divine.

L’accomplissement des prophéties

Origène conclut que la virginité de Marie n’est pas seulement logique, mais prophétique. En s’appuyant sur Isaïe 7,14, il souligne que cette conception miraculeuse avait été annoncée des siècles auparavant :

« Une vierge concevra, et elle mettra au monde un fils qu’on appellera Emmanuel, ce qui signifie : Dieu avec nous. »

Il défend également l’idée que cette prophétie s’accomplissait pleinement en Jésus, car aucune autre naissance dans l’histoire d’Israël ne correspondait à ce signe. Origène écrit :

« Or, quel signe et quelle merveille serait-ce qu’une jeune fille qui ne serait point vierge mit un fils au monde ? »

Pour Origène, la naissance virginale est le signe visible que Dieu agit directement dans l’histoire humaine pour accomplir son plan de salut.

Conclusion 

Origène, dans sa défense de la virginité de Marie, allie théologie et philosophie pour démontrer la cohérence de cette vérité chrétienne. En montrant que la mission divine de Jésus exige une naissance pure et unique, il établit un lien profond entre la virginité de Marie, la perfection du Christ et le plan de salut divin. Cette argumentation dépasse les polémiques pour offrir une vision exaltée de la conception virginale comme signe de l’amour et de la puissance de Dieu.

Origène, la virginité perpétuelle de Marie et les réponses aux accusations dans Contre Celse

La portée spirituelle de la virginité perpétuelle de Marie


Origène ne s’arrête pas à la défense historique ou rationnelle de la virginité de Marie. Dans Contre Celse, il élargit son propos pour en révéler la portée spirituelle et théologique. La virginité perpétuelle de Marie devient un symbole central de la pureté, de la sainteté et de l’intervention divine dans l’histoire humaine. Elle illustre la préparation parfaite pour accueillir l’incarnation du Fils de Dieu et préfigure la vocation de l’Église elle-même.

La virginité comme signe de pureté et de sainteté

Origène insiste sur le fait que la conception virginale de Jésus n’est pas un simple détail miraculeux, mais un événement chargé de signification spirituelle. Pour lui, la virginité de Marie reflète sa pureté intérieure et son dévouement total à Dieu. Il écrit :

« À une vierge pure et chaste […] qu’il appartenait d’être mère d’un enfant à la naissance duquel on pût dire : Dieu est avec nous. »

La virginité perpétuelle de Marie témoigne de son rôle unique dans l’histoire du salut : elle est choisie par Dieu pour devenir la Mère de son Fils sans intervention humaine. Cette pureté est en adéquation avec la mission de Jésus, venu dans le monde pour le purifier du péché. Comme le souligne Paul dans sa lettre aux Corinthiens :

« Vous êtes le temple de Dieu, et l’Esprit de Dieu habite en vous. » (1 Corinthiens 3,16)

Marie, en tant que « temple de Dieu », est entièrement consacrée à cette mission divine.

Marie comme figure de l’Église

Origène établit un parallèle entre la virginité perpétuelle de Marie et la vocation spirituelle de l’Église. Tout comme Marie a conçu sans corruption, l’Église est appelée à porter le Christ au monde tout en restant pure et fidèle à son Seigneur.

L’Église, comme Marie, est appelée à être un lieu de rencontre entre Dieu et l’humanité, accueillant le Christ dans la foi et transmettant sa grâce aux générations suivantes.

Pour aller plus loin, lire :  Marie, figure de l’Église et mystère du Salut : Une lecture des Homélies sur saint Luc d’Origène à la lumière des travaux de H. Crouzel

La virginité de Marie : un modèle pour les croyants

Origène présente Marie non seulement comme un modèle de pureté, mais aussi de foi et de dévotion. Sa virginité perpétuelle symbolise une consécration totale à Dieu, un idéal pour chaque croyant. Cet appel à la sainteté est exprimé dans les paroles de Jésus :

« Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5,48)

En suivant l’exemple de Marie, les chrétiens sont invités à orienter leur vie vers Dieu, à renoncer au péché et à rechercher une union spirituelle avec leur Créateur.

La naissance virginale comme signe prophétique de l’Emmanuel

Origène rappelle que la virginité de Marie est liée à la prophétie d’Isaïe 7,14 :

« Voici, la vierge concevra et enfantera un fils, et elle l’appellera Emmanuel, ce qui signifie : Dieu avec nous. »

Pour Origène, ce signe prophétique ne se limite pas à un simple accomplissement historique. Il révèle une vérité spirituelle plus profonde : Dieu choisit d’entrer dans l’histoire humaine par une voie pure et miraculeuse. La virginité de Marie symbolise cette rencontre unique entre le divin et l’humain, entre la grâce et la nature. Elle est un témoignage que Dieu, par Jésus-Christ, est véritablement « avec nous » dans la plénitude de sa sainteté.

Une virginité qui dépasse le biologique

Origène élève le débat au-delà de l’aspect physique de la virginité. Pour lui, la virginité perpétuelle de Marie est avant tout un état spirituel, une disposition intérieure d’ouverture totale à Dieu. En cela, elle devient un exemple pour tous les croyants, appelés à se consacrer à Dieu dans leur esprit, même s’ils vivent dans le monde :

« Celui qui est né d’une vierge a sanctifié la virginité dans le corps et dans l’âme, afin que tous ceux qui l’imitent soient unis à Dieu dans la pureté. »

Cette vision montre que la virginité de Marie n’est pas seulement un privilège unique, mais aussi un appel universel à la sainteté.

Conclusion 

Origène utilise la virginité perpétuelle de Marie comme une clé pour comprendre la sainteté de l’incarnation et la vocation spirituelle des croyants. Elle n’est pas seulement un fait historique ou miraculeux, mais un signe prophétique et un modèle de vie chrétienne. À travers cette réflexion, Origène montre que Marie, en tant que Mère de Dieu et image de l’Église, est une figure centrale pour la foi chrétienne, unissant le divin et l’humain dans un acte de pureté et d’amour parfait.


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