- Source de l’ouvrage : Ignace de la Potterie Κεχαριτωμένη en Lc 1,28 Étude philologique Biblica Vol. 68, No. 3 (1987), pp. 357-382
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1. Introduction : Problématique de l’étude philologique
L’étude du terme κεχαριτωμένη dans Luc 1, 28 a suscité de nombreux débats exégétiques et théologiques. Ce mot, adressé par l’ange Gabriel à Marie lors de l’Annonciation, est au cœur de discussions portant sur la nature même de la grâce qui lui est attribuée. L’enjeu de cette étude est double : d’une part, il s’agit de clarifier la signification du terme dans son contexte linguistique et historique ; d’autre part, il faut en examiner les implications doctrinales, notamment en lien avec la théologie mariale.
Ignace de la Potterie constate que malgré l’abondante littérature sur le sujet, aucune étude philologique complète du verbe χαριτόω n’a été menée. Il écrit :
« On est d’autant plus étonné de constater qu’une sereine enquête philologique n’a toujours pas été faite : on n’a pas encore entrepris une étude sémantique complète du verbe rare χαριτόω ; c’est pourtant d’autant plus nécessaire que Luc est un des tout premiers à l’utiliser dans la tradition grecque ». 1
L’absence de cette analyse approfondie a conduit à des interprétations qui reposent davantage sur des considérations théologiques que sur une véritable étude du texte grec. Deux tendances se dessinent, souvent en fonction d’une ligne confessionnelle :
- L’exégèse protestante considère κεχαριτωμένη principalement comme une expression de l’élection divine de Marie. Dans cette lecture, la grâce dont parle l’ange ne concerne pas un état intérieur déjà acquis, mais désigne une faveur divine liée à sa mission future. Marie serait ainsi choisie par Dieu pour devenir la mère du Messie, sans que cela implique nécessairement une transformation préalable de son être. Cette interprétation s’appuie souvent sur une critique de la traduction latine gratia plena, qui aurait induit une lecture dogmatique trop marquée, notamment dans la théologie catholique de l’Immaculée Conception.
- L’exégèse catholique traditionnelle, quant à elle, insiste sur l’effet de la grâce en Marie. Loin de se limiter à une simple élection, la grâce mentionnée par l’ange aurait produit en elle une transformation réelle et durable. C’est cette compréhension qui sous-tend la traduction latine gratia plena, souvent reprise dans la tradition théologique et liturgique. Selon cette perspective, le parfait passif κεχαριτωμένη indique une action passée dont les effets persistent : Marie aurait donc été comblée de grâce avant même l’Annonciation, ce qui permet de voir en ce verset un fondement scripturaire du dogme de l’Immaculée Conception.
Ignace de la Potterie relève une faiblesse méthodologique dans ces débats. D’un côté, certains auteurs protestants se contentent d’une critique rapide de gratia plena, sans véritablement interroger la signification du mot grec. De l’autre, la lecture catholique traditionnelle a parfois intégré directement ce passage dans une argumentation théologique, sans passer par une étude détaillée du texte lui-même.
« A un examen plus attentif, on en vient à constater avec stupéfaction qu’on se contente très souvent de passer immédiatement à des questions proprement théologiques (…), ou bien, à l’inverse, qu’on se limite à une critique dédaigneuse, trop rapide (sans enquête philologique préalable), de la traduction de κεχαριτωμένη par « gratia plena » dans la Vulgate » 2.
L’auteur propose donc une approche plus rigoureuse. Plutôt que d’imposer une interprétation a priori, il faut revenir aux sources grecques et analyser κεχαριτωμένη selon sa formation morphologique, son usage dans la littérature grecque, et son contexte immédiat dans Luc 1, 28. L’objectif est de dégager la signification précise du mot avant d’en tirer des conclusions doctrinales.
Cette démarche se justifie d’autant plus que χαριτόω est un verbe extrêmement rare dans la tradition grecque. Son apparition dans Luc 1, 28 est l’une des premières attestations connues, ce qui rend nécessaire une étude comparative avec les rares occurrences existantes. Comme le souligne Ignace de la Potterie :
« On n’a pas encore fait une vaste enquête sur les emplois et les nuances de χαριτόω en grec, dans les textes profanes aussi bien que religieux, chrétiens et non chrétiens. C’est ce que nous voudrions entreprendre ici : non par un vain souci d’érudition, mais parce que cette exploration systématique du champ sémantique de χαριτόω permet de clarifier quelques nuances de l’expression lucanienne et d’approfondir aussi son sens théologique » 3.
L’étude qui suit repose donc sur trois axes principaux. Il faut d’abord examiner la formation morphologique du verbe χαριτόω, en particulier son appartenance aux verbes en -όω, qui sont généralement causatifs. Ensuite, une enquête lexicographique doit être menée pour analyser les usages du verbe dans la littérature grecque, qu’elle soit profane ou religieuse. Enfin, une confrontation entre le contexte immédiat de Luc 1, 28 et ces parallèles linguistiques permettra de déterminer le sens exact de κεχαριτωμένη, indépendamment des présupposés confessionnels.
L’enjeu de cette étude est donc de répondre à une question fondamentale : κεχαριτωμένη indique-t-il simplement que Marie a reçu la faveur de Dieu, ou bien exprime-t-il une transformation intérieure opérée par la grâce ?
2. Nature morphologique et formation du verbe χαριτόω
L’analyse du terme κεχαριτωμένη en Luc 1, 28 doit d’abord passer par une étude morphologique du verbe χαριτόω, dont il est issu. En grec, la structure d’un verbe joue un rôle fondamental dans l’interprétation de son sens. Il est donc crucial de comprendre la formation de ce mot, son mode de conjugaison et son implication sémantique avant d’en tirer des conclusions théologiques.
2.1 Formation et structure du verbe χαριτόω
Le verbe χαριτόω est dérivé du substantif χάρις (charis), qui signifie en grec « grâce », « faveur » ou encore « bienveillance ». La terminaison -όω est caractéristique d’une catégorie particulière de verbes grecs, dont la fonction est généralement causative.
Ignace de la Potterie souligne cette dimension causative en citant plusieurs études grammaticales, notamment celles de Moulton et Howard, qui affirment :
« La dominante de ces verbes en -όω était instrumentale ou factitive » 4.
Autrement dit, un verbe formé sur χάρις et prenant la terminaison -όω signifie « rendre conforme à la grâce », « gratifier » ou « transformer par la grâce ».
Un exemple parallèle peut être trouvé avec des verbes comme :
- δικαιόω (« rendre juste »), qui est issu de δικαιοσύνη (« justice ») et signifie « justifier, rendre juste ».
- ἐλευθερόω (« rendre libre »), qui dérive de ἐλευθερία (« liberté ») et signifie « affranchir, libérer ».
- τελειόω (« rendre parfait »), issu de τέλειος (« parfait »), qui signifie « mener à l’accomplissement ».
De même, χαριτόω ne se limite donc pas à signifier « recevoir la grâce », mais implique une action qui confère un état de grâce.
2.2 Signification du parfait passif κεχαριτωμένη
Dans Luc 1, 28, l’ange Gabriel s’adresse à Marie en utilisant le participe parfait passif κεχαριτωμένη. L’emploi du parfait est fondamental pour la compréhension du verset, car ce temps exprime en grec une action passée dont les effets demeurent dans le présent.
Ignace de la Potterie insiste sur ce point :
« Le parfait passif indique que, dès avant l’incarnation, elle est déjà κεχαριτωμένη » 5.
Le parfait diffère nettement du présent et de l’aoriste. Un aoriste actif aurait pu indiquer une action ponctuelle de Dieu conférant la grâce à Marie au moment de l’Annonciation. Un présent, quant à lui, aurait signifié un état en train de se réaliser. Or, le parfait passif signifie que l’action de Dieu a déjà eu lieu dans le passé et que ses effets perdurent.
Cette observation est capitale, car elle s’oppose directement à certaines interprétations protestantes du texte, notamment celle de R. Brown, qui affirme que la grâce mentionnée par l’ange correspond au fait que Marie va devenir la mère du Messie. Si tel était le cas, Luc aurait utilisé un futur ou un aoriste prospectif. Le parfait implique au contraire que Marie est déjà transformée par la grâce au moment où l’ange lui parle.
L’auteur rappelle que le parfait passif se retrouve souvent dans le Nouveau Testament pour exprimer un état résultant d’une action divine antérieure. Il cite notamment Jean 19, 30 : τετέλεσται (« tout est accompli »), qui exprime une action achevée dont les effets sont toujours présents. De la même manière, κεχαριτωμένη signifie que Marie a été transformée par la grâce dans le passé et demeure dans cet état au moment de l’Annonciation.
2.3 Différence entre κεχαριτωμένη et d’autres expressions bibliques sur la grâce
L’expression κεχαριτωμένη en Luc 1, 28 est unique dans toute la Bible. Cependant, un autre emploi du verbe χαριτόω se trouve en Éphésiens 1, 6 :
ἐχαρίτωσεν ἡμᾶς ἐν τῷ ἠγαπημένῳ (« Il nous a gratifiés de sa grâce en son Bien-Aimé »).
Dans ce passage, Paul utilise l’aoriste actif ἐχαρίτωσεν, qui signifie « il a accordé la grâce ». La construction met en avant l’action de Dieu en faveur des croyants. En revanche, en Luc 1, 28, le parfait passif κεχαριτωμένη désigne un état acquis par Marie et qui demeure.
Ignace de la Potterie souligne cette différence essentielle :
« Si l’ange avait voulu dire que Marie allait recevoir la grâce au moment de l’Annonciation, il aurait employé un futur ou un aoriste prospectif. Le parfait signifie que Marie est déjà transformée par la grâce» 6.
Cette distinction renforce l’idée que la grâce dont il est question en Luc 1, 28 ne concerne pas uniquement la mission future de Marie comme Mère du Messie, mais bien un état intérieur déjà constitué.
2.4 Implications philologiques et théologiques
L’étude morphologique de χαριτόω et du parfait passif κεχαριτωμένη conduit à une conclusion essentielle : le texte ne présente pas seulement Marie comme une femme qui a reçu une faveur divine, mais comme une femme qui a été transformée par la grâce d’une manière durable et irréversible.
Cette observation a des implications majeures pour l’exégèse de Luc 1, 28 :
- Marie est déjà dans un état de grâce avant l’Annonciation. L’ange ne vient pas lui annoncer qu’elle reçoit la grâce, mais qu’elle est déjà dans un état résultant de l’action de Dieu.
- L’expression κεχαριτωμένη va au-delà d’une simple faveur divine. Elle implique une transformation intérieure, conforme à la signification causative du verbe χαριτόω.
- Ce passage peut être compris comme un fondement scripturaire du dogme de l’Immaculée Conception. Si Marie est déjà transformée par la grâce avant même de devenir la Mère du Christ, cela suggère un état de sainteté préalable, exempt de toute souillure du péché originel.
Ignace de la Potterie, en s’appuyant sur l’analyse grammaticale, conclut que la meilleure traduction de Luc 1, 28 serait :
« Réjouis-toi, toi qui as été transformée par la grâce ».
Cette traduction permet de restituer à la fois la nuance causative du verbe et l’aspect accompli du parfait. Elle exprime ainsi avec fidélité le message de l’ange Gabriel à Marie, en insistant sur l’état spirituel unique qui est le sien au moment de l’Annonciation.
En somme, l’étude philologique montre que κεχαριτωμένη ne signifie pas simplement « favorisée » ou « objet de la grâce divine », mais désigne une transformation opérée par la grâce et dont Marie demeure le témoin unique dans toute l’histoire biblique.
3. Étude lexicographique et emplois du verbe χαριτόω dans la littérature grecque
L’étude philologique du terme κεχαριτωμένη en Luc 1, 28 exige une analyse approfondie de l’usage du verbe χαριτόω dans la littérature grecque. Ce verbe est extrêmement rare et n’apparaît que dans quelques textes, aussi bien en contexte profane que religieux. L’analyse de ces occurrences permettra d’éclairer le sens exact du mot utilisé par l’ange Gabriel pour s’adresser à Marie.
3.1 L’emploi de χαριτόω en grec profane
Dans les textes non religieux, χαριτόω est souvent employé pour qualifier une personne ou un objet ayant une beauté exceptionnelle ou une grâce naturelle. Le verbe exprime l’idée d’un charme inné ou d’une transformation qui confère un attrait particulier.
Dans Siracide 18, 17, il est dit :
« Une parole ne vaut-elle pas mieux qu’un riche présent ? Mais chez l’homme aimable (παρὰ ἀνδρὶ κεχαριτωμένῳ), on trouve l’une et l’autre. »
Ici, κεχαριτωμένος est utilisé pour décrire un homme agréable, courtois, qui sait charmer par ses paroles. Le contexte ne met pas l’accent sur une intervention divine, mais sur une qualité personnelle qui attire naturellement la bienveillance des autres. (On y remarque l’absence de forme vocative)
Un autre exemple se trouve dans un traité astrologique attribué à Héphestion de Thèbes (IVe siècle), où il est dit que :
« Celui qui naîtra dans la troisième zone sera plein de charme (ἔσται κεχαριτωμένος), il aura beaucoup d’amis (πολυφίλος) et il sera sensuel. »
Ici, κεχαριτωμένος est associé au charisme personnel et à la popularité. Il désigne une personne qui plaît naturellement aux autres et qui inspire l’amitié ou l’admiration.
Dans Clément d’Alexandrie, on retrouve également cet usage dans une citation de Siracide 9, 8, qui avertit contre le danger de la séduction féminine :
« Détourne tes yeux d’une femme gracieuse (ἀπὸ γυναικὸς κεχαριτωμένης) et ne regarde pas longuement une beauté étrangère. »
Ici, κεχαριτωμένη est clairement lié à l’apparence physique et désigne une femme dont la beauté ou le charme est particulièrement remarquable. Le texte met en garde contre l’attrait qu’une telle femme peut exercer sur un homme, ce qui renforce l’idée que le verbe implique une transformation qui rend une personne séduisante ou désirable.
Un cas similaire apparaît chez Libanius, un sophiste du IVe siècle, dans la description d’une femme d’une grande beauté :
« J’ai vu la Beauté : un bel œil (καλὸν ὄμμα), souriant et rendu gracieux (χαριτωθέν) par des regards obliques. »
Ici, le verbe décrit un effet esthétique particulier : l’œil de la femme est rendu encore plus séduisant par la manière dont elle regarde. L’idée est donc bien celle d’un changement ou d’une amélioration qui renforce une qualité préexistante.
Enfin, dans un texte de Grégoire de Nysse, χαριτόω est utilisé dans un tout autre contexte, celui du martyre. Il y est dit que :
« Le corps qui a subi une mort toute simple est abandonné comme une chose vulgaire. Mais celui qui a été rendu attrayant (τὸ δὲ τῷ πάθει τοῦ μαρτυρίου χαριτωθέν) par la passion du martyre est désiré et objet de demande. »
Ici, χαριτόω prend un sens figuré et signifie que le martyre confère une dignité et une valeur nouvelle au corps du défunt. Ce n’est pas simplement une grâce esthétique, mais une transformation réelle qui élève l’objet en question à un statut supérieur.
En résumé, dans les textes profanes, χαριτόω signifie rendre une personne ou une chose plus belle, plus attirante, plus noble. Ce verbe implique une transformation qui apporte un supplément de charme, de dignité ou de valeur.
3.2 L’emploi de χαριτόω en contexte religieux non biblique
Dans la littérature à caractère religieux, le verbe χαριτόω prend une signification plus spirituelle, associée à l’intervention divine et à l’approbation de Dieu.
Dans les Testaments des Douze Patriarches, un texte juif intertestamentaire, Joseph raconte son emprisonnement en Égypte et dit :
« J’étais en prison, et le Seigneur me rendit aimable (ἐχαρίτωσέν με) ; j’étais dans les liens, et il me délivra. »
Ici, χαριτόω signifie que Dieu a transformé Joseph d’une manière qui lui a permis d’obtenir la faveur du geôlier. Ce n’est pas simplement une question de charme naturel, mais une action divine qui rend Joseph agréable aux yeux des hommes et qui conduit à sa libération.
Un autre exemple se trouve chez Didyme l’Aveugle, dans son commentaire sur Genèse 6, 8, qui parle de Noé :
« Noé trouva grâce devant le Seigneur Dieu, car il s’était préparé : par les œuvres de la vertu, il s’était rendu agréable (χαριτώσας ἑαυτόν), et ainsi il reçut la grâce de Dieu. »
Didyme insiste ici sur une coopération entre l’homme et Dieu. Noé se rend agréable à Dieu par sa conduite vertueuse, ce qui lui permet de recevoir la grâce divine. Cela suggère que χαριτόω implique une transformation spirituelle qui prépare à recevoir la faveur de Dieu.
Enfin, l’un des témoignages les plus intéressants provient de la liturgie byzantine, où Marie est appelée κεχαριτωμένη dans des hymnes liturgiques, notamment sur des ostraca égyptiens. Dans l’un de ces textes, elle est qualifiée de :
« Réjouis-toi, immaculée, épouse inépousée, vierge transformée par la grâce (κεχαριτωμένη παρθένε). »
L’association de κεχαριτωμένη avec ἀμίαντος (« immaculée ») montre clairement que, dans la tradition liturgique, ce mot ne signifie pas simplement « favorisée », mais exprime un état spirituel particulier, une pureté résultant d’une action divine.
3.3 Synthèse et implications pour Luc 1, 28
L’analyse des occurrences de χαριτόω dans la littérature grecque permet de dégager plusieurs observations fondamentales pour l’interprétation de κεχαριτωμένη en Luc 1, 28 :
- En contexte profane, χαριτόω signifie embellir, rendre plus gracieux, séduisant ou noble. Il implique une transformation qui améliore l’apparence ou le statut d’une personne.
- En contexte religieux, il prend un sens plus spirituel et signifie rendre quelqu’un agréable aux yeux de Dieu. Il peut désigner une action divine qui change intérieurement une personne et la prépare à une mission spécifique.
- Dans la tradition byzantine, κεχαριτωμένη est étroitement liée à l’idée de pureté et de sainteté, suggérant une transformation opérée par la grâce divine.
Appliqué à Luc 1, 28, cela signifie que lorsque l’ange appelle Marie κεχαριτωμένη, il ne dit pas simplement qu’elle est « favorisée », mais bien qu’elle a été transformée par la grâce. Cette transformation, confirmée par l’usage du parfait passif, indique que Marie est dans un état de grâce achevé et permanent au moment où Gabriel lui parle.
Ainsi, loin d’être une simple salutation, κεχαριτωμένη est une déclaration théologiquement riche, qui témoigne d’un état unique de sanctification déjà réalisé en Marie avant l’Annonciation.
4. Analyse de Luc 1, 28 et de l’expression Kεχαριτωμένη
L’ange Gabriel s’adresse à Marie en lui disant :
Χαῖρε, κεχαριτωμένη, ὁ Κύριος μετὰ σοῦ
« Réjouis-toi, toi qui as été transformée par la grâce, le Seigneur est avec toi »
Cette salutation, unique dans toute la Bible, a donné lieu à d’intenses discussions exégétiques. L’analyse grammaticale et contextuelle de ce verset est essentielle pour comprendre comment la grâce divine est ici attribuée à Marie.
4.1 La construction grammaticale dans l’énoncé de l’ange
La phrase grecque peut être divisée en trois éléments :
- Χαῖρε (Réjouis-toi)
- κεχαριτωμένη (Toi qui as été transformée par la grâce)
- ὁ Κύριος μετὰ σοῦ (Le Seigneur est avec toi)
Le premier mot, Χαῖρε, est un impératif aoriste qui signifie littéralement « réjouis-toi ! » ou encore « sois dans la joie ! ». Ce terme est fréquent dans les salutations grecques courantes, mais dans le contexte biblique, il peut aussi avoir une portée théologique plus profonde. En effet, plusieurs passages de l’Ancien Testament utilisent des appels à la joie dans des contextes eschatologiques, en particulier dans les annonces du salut messianique (Sophonie 3, 14 ; Joël 2, 21). Il est donc possible que Luc, en rapportant ce mot, ne se contente pas d’une simple formule de politesse, mais place l’Annonciation dans la lignée des promesses messianiques de l’Ancien Testament.
Le deuxième mot, κεχαριτωμένη, est un participe parfait passif. Comme nous l’avons vu précédemment, le parfait exprime une action passée dont les effets perdurent dans le présent. Marie a été transformée par la grâce avant le moment où l’ange lui parle, et cette transformation demeure en elle. C’est une donnée essentielle qui montre que la grâce dont il est question n’est pas simplement une faveur divine accordée à l’instant, mais un état préexistant, conféré par Dieu dans le passé et qui continue à caractériser Marie au moment de l’Annonciation.
Enfin, l’expression ὁ Κύριος μετὰ σοῦ (« Le Seigneur est avec toi ») est une formule que l’on retrouve dans plusieurs passages bibliques, en particulier lorsqu’un personnage est choisi pour une mission spéciale. On la trouve notamment dans le récit de l’appel de Moïse (Exode 3, 12), dans celui de Gédéon (Juges 6, 12), ou encore pour David (1 Samuel 16, 18). Dans ces cas, l’expression marque une proximité particulière entre Dieu et la personne appelée, ainsi qu’une assistance divine pour accomplir une mission.
Ce triptyque formé par Χαῖρε, κεχαριτωμένη et ὁ Κύριος μετὰ σοῦ suggère donc une annonce bien plus solennelle qu’une simple salutation. Il s’agit d’une révélation de l’état spirituel unique de Marie et d’un appel à entrer dans la joie du salut.
4.2 Le lien entre κεχαριτωμένη et l’expression « tu as trouvé grâce » (Lc 1, 30)
Quelques versets plus loin, l’ange dit encore à Marie :
« Μὴ φοβοῦ, Μαριάμ· εὗρες γὰρ χάριν παρὰ τῷ Θεῷ »
« Ne crains pas, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. »
Cette phrase est souvent comparée à d’autres passages bibliques où des figures de l’Ancien Testament « trouvent grâce » auprès de Dieu, notamment Noé (Genèse 6, 8) et Moïse (Exode 33, 12). L’expression signifie que Dieu a accordé une faveur spéciale à une personne.
Cependant, il est crucial de noter que dans Luc 1, 28, l’ange ne dit pas seulement que Marie a trouvé grâce, mais qu’elle est déjà transformée par la grâce (κεχαριτωμένη). La grâce qui est évoquée au verset 30 est donc une confirmation d’un état déjà existant. Cela renforce l’idée que Marie n’est pas seulement élue au moment de l’Annonciation, mais qu’elle a été préparée par Dieu depuis longtemps.
Ignace de la Potterie souligne cette distinction importante :
« Le fait, pour Marie, d’être κεχαριτωμένη (d’avoir été ‘transformée par la grâce’) est une préparation (opérée sans aucun doute par la grâce de Dieu) pour qu’elle puisse ensuite recevoir la grâce de la maternité divine » 7.
Autrement dit, κεχαριτωμένη décrit une réalité spirituelle préalable qui précède l’annonce de la maternité divine. L’ange ne vient pas créer une grâce nouvelle en Marie, mais révéler ce qui est déjà à l’œuvre en elle.
4.3 Comparaison avec l’usage de χάρις dans le Nouveau Testament
L’un des seuls autres emplois du verbe χαριτόω dans le Nouveau Testament se trouve en Éphésiens 1, 6 :
ἐχαρίτωσεν ἡμᾶς ἐν τῷ ἠγαπημένῳ
« Il nous a comblés de grâce dans le Bien-Aimé. »
Ici, le verbe χαριτόω est conjugué à l’aoriste actif (ἐχαρίτωσεν), indiquant une action ponctuelle de Dieu en faveur des croyants. L’idée est que Dieu accorde aux chrétiens la grâce du salut en Christ.
En revanche, dans Luc 1, 28, le verbe est au parfait passif, ce qui implique une action achevée dont les effets perdurent. Marie n’est pas seulement « favorisée » par Dieu à un moment donné, mais elle demeure dans un état de grâce permanent.
Cette différence grammaticale est essentielle. Si Luc avait voulu dire que Marie était simplement élue au moment de l’Annonciation, il aurait utilisé un aoriste actif, comme Paul en Éphésiens 1, 6. Le choix du parfait passif insiste sur l’état durable dans lequel Marie se trouve.
4.4 Implications exégétiques et théologiques
L’analyse grammaticale et contextuelle de Luc 1, 28 conduit à plusieurs conclusions importantes :
- Marie est déjà dans un état de grâce avant l’Annonciation. L’ange ne vient pas lui annoncer qu’elle va recevoir la grâce, mais qu’elle est déjà transformée par la grâce.
- L’expression κεχαριτωμένη signifie plus qu’une simple faveur divine. Elle implique une transformation intérieure, un état spirituel durable résultant d’une action divine antérieure.
- Luc 1,28 peut être compris comme un fondement scripturaire du dogme de l’Immaculée Conception. Si Marie a déjà été transformée par la grâce avant l’Annonciation, cela suggère qu’elle a été préservée du péché originel dès sa conception.
- La salutation de l’ange s’inscrit dans la continuité des appels divins dans l’Ancien Testament. Comme Moïse, Gédéon ou David, Marie est appelée pour une mission spécifique, mais avec une différence fondamentale : elle est déjà dans un état de grâce parfait, préparée pour être la Mère du Messie.
Ignace de la Potterie conclut que la meilleure traduction de Luc 1, 28 est :
« Réjouis-toi, toi qui as été transformée par la grâce, le Seigneur est avec toi. »
Cette traduction respecte à la fois la structure grammaticale, l’aspect causatif du verbe χαριτόω, et le sens théologique du passage. Elle exprime l’unicité du statut de Marie, qui est la seule femme de toute l’histoire biblique à recevoir un tel titre.
En définitive, κεχαριτωμένη ne désigne pas simplement une faveur divine accordée à Marie, mais bien une transformation intérieure opérée par la grâce de Dieu, qui la distingue de toute autre créature.
5. Implications exégétiques et théologiques de Luc 1, 28
L’analyse philologique de κεχαριτωμένη montre que l’ange Gabriel ne se contente pas de saluer Marie, mais révèle son état spirituel exceptionnel. L’emploi du parfait passif indique une action divine passée dont les effets se poursuivent. Cette donnée linguistique a des implications profondes pour la théologie mariale, en particulier pour la compréhension de l’état de grâce de Marie avant l’Annonciation.
5.1 Marie est déjà en état de grâce avant l’Annonciation
L’un des points essentiels que l’exégèse doit retenir est que Marie n’entre pas en état de grâce au moment où Gabriel lui parle, mais qu’elle s’y trouve déjà.
Différence avec l’exégèse protestante
Une grande partie de l’exégèse protestante voit dans κεχαριτωμένη une simple faveur divine accordée à Marie au moment de l’Annonciation. Cette lecture s’appuie sur une conception de la grâce où Dieu choisit Marie pour être la mère du Messie, mais sans que cela implique une transformation préalable.Pourtant, l’emploi du parfait passif en grec ne permet pas cette interprétation. Si l’ange voulait simplement dire que Marie venait de recevoir la grâce divine, Luc aurait utilisé un aoriste (ex.ἐχαρίτωσεν, comme en Éphésiens 1, 6) ou un futur.Ignace de la Potterie souligne ce point :« Le parfait passif indique que, dès avant l’incarnation, elle est déjà κεχαριτωμένη »8. Ainsi, contrairement à certains commentaires protestants qui voient ici une élection divine ponctuelle, la forme grammaticale indique un état durable et une transformation intérieure préalable.
Marie n’est pas simplement « choisie » mais déjà sanctifiée
La différence entre une simple élection divine et une préparation intérieure par la grâce est cruciale. Dans plusieurs récits bibliques, Dieu choisit des personnages pour une mission, mais ceux-ci doivent encore être sanctifiés.
Confirmation par Luc 1, 30 : « Tu as trouvé grâce »
Quelques versets plus loin, Gabriel dit encore à Marie :
« Μὴ φοβοῦ, Μαριάμ· εὗρες γὰρ χάριν παρὰ τῷ Θεῷ. »« Ne crains pas, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. »Cette phrase ne signifie pas que Marie vient de recevoir la grâce divine, mais qu’elle l’a déjà obtenue avant l’Annonciation. En comparant ce passage avec les récits de Noé (Gn 6, 8) ou de Moïse (Ex 33, 12), on remarque que la faveur divine précède toujours l’événement majeur de leur vie. De même, Marie a déjà trouvé grâce, ce qui renforce l’idée que son état de grâce est préexistant.
5.2 Une traduction plus fidèle : « Réjouis-toi, toi qui as été transformée par la grâce »
La Vulgate traduit κεχαριτωμένη par gratia plena (« pleine de grâce »). Cette traduction a influencé la théologie mariale et la dévotion populaire, notamment dans la prière du « Je vous salue Marie ».
Cependant, du point de vue strictement philologique, gratia plena ne restitue pas toute la richesse du grec.
Les limites de « pleine de grâce »
L’expression latine gratia plena est statique et évoque une quantité de grâce, comme si Marie possédait un réservoir de grâces. Or, le verbe χαριτόω implique une action qui transforme et non simplement un état de plénitude.
Une meilleure traduction
Pour mieux refléter la nuance causative du verbe et l’aspect du parfait passif, une traduction plus précise serait :« Réjouis-toi, toi qui as été transformée par la grâce »Cette version respecte plusieurs éléments essentiels :
- L’idée d’une transformation opérée par Dieu.
- L’action passée dont les effets demeurent.
- La fidélité au contexte de l’Annonciation, où l’ange déclare un état déjà existant.
Pourquoi la Vulgate a-t-elle opté pour « gratia plena » ?
Saint Jérôme, traducteur de la Vulgate, a choisi gratia plena en raison de l’influence du latin chrétien, où « plénitude » et « perfection » sont souvent liées. De plus, le latin ne possède pas d’équivalent exact pour le parfait passif grec.Malgré cela, la traduction « pleine de grâce » reste valable théologiquement, même si elle n’exprime pas toute la dynamique du mot grec.
5.3 Un fondement scripturaire pour la doctrine mariale
L’exégèse de Luc 1, 28 a joué un rôle central dans le développement de la théologie mariale, notamment dans la formulation du dogme de l’Immaculée Conception (1854).
Le texte ne prouve pas directement l’Immaculée Conception
Il est important de souligner que Luc 1, 28 ne dit pas explicitement que Marie a été préservée du péché originel dès sa conception. L’ange ne parle pas d’un instant précis où elle aurait reçu la grâce. Mais il suggère une sainteté exceptionnelle, l’état permanent de grâce évoqué par κεχαριτωμένη implique que Marie a reçu une grâce particulière et unique. Cette observation conduit à deux conclusions majeures :
La tradition patristique et liturgique a confirmé cette interprétation
- Les Pères de l’Église, comme saint Augustin et saint Jean Damascène, ont vu en Marie la femme entièrement sanctifiée par la grâce.
- La liturgie byzantine l’appelle Θεοχαρίτωτος (« totalement transformée par la grâce de Dieu »).
- La prière du « Je vous salue Marie » s’inspire directement de ce verset, confirmant son importance dans la piété chrétienne.
Conclusion : Un verset clé pour la théologie de Marie
L’étude philologique et contextuelle de Luc 1, 28 permet de mieux comprendre pourquoi l’ange utilise le terme κεχαριτωμένη pour s’adresser à Marie. Ce mot ne signifie pas simplement qu’elle est favorisée par Dieu, mais qu’elle a été transformée par la grâce dans le passé et demeure dans cet état.
Cela implique que Marie a reçu une grâce particulière et durable, ce qui explique pourquoi ce passage est souvent associé au dogme de l’Immaculée Conception.
Ainsi, κεχαριτωμένη témoigne du rôle unique de Marie dans l’histoire du salut : elle est la seule femme de toute la Bible à être décrite comme déjà entièrement transformée par la grâce avant même sa mission divine.
6. Conclusion : Marie, unique dans l’histoire du salut
L’étude philologique approfondie du verbe χαριτόω et du participe parfait passif κεχαριτωμένη dans Luc 1, 28 révèle que l’ange Gabriel ne se contente pas d’annoncer une simple faveur divine accordée à Marie, mais reconnaît en elle un état spirituel unique et déjà accompli.
6.1 La grâce en Marie : un état déjà accompli et permanent
L’un des éléments fondamentaux de cette étude est l’importance du parfait passif, qui exprime une action passée dont les effets perdurent dans le présent. L’ange ne dit pas à Marie qu’elle vient de recevoir la grâce ou qu’elle va la recevoir, mais qu’elle est déjà transformée par elle.
Cette donnée a une portée théologique immense :
L’action de Dieu en Marie est achevée avant l’Annonciation
Contrairement à d’autres figures bibliques comme Moïse, Gédéon ou Isaïe, qui doivent être purifiés ou préparés pour leur mission, Marie est déjà dans un état parfait de grâce avant d’être appelée.
- Cela signifie que Dieu l’a sanctifiée en vue de sa mission dès avant l’Incarnation du Verbe.
- La transformation par la grâce est un processus irréversible
- Le parfait passif indique non seulement une action achevée, mais aussi un état permanent.
- Marie demeure dans cette plénitude de grâce et ne peut pas la perdre.
Un contraste avec Éphésiens 1, 6
- En Éphésiens 1, 6, Paul utilise ἐχαρίτωσεν (aoriste actif) pour dire que Dieu « a gratifié » les croyants de sa grâce en Jésus-Christ. L’action divine est ponctuelle.
- En Luc 1, 28, le parfait passif κεχαριτωμένη exprime un état stable et durable, ce qui montre que Marie a reçu une grâce unique et permanente.
6.2 Une transformation totale et parfaite : la conformité absolue à la grâce
Un autre point essentiel est la nature du verbe χαριτόω, qui est un verbe causatif. Cela signifie que la grâce n’a pas seulement été « donnée » à Marie, mais qu’elle l’a transformée en profondeur, au point qu’elle est totalement conforme à la grâce divine.
Marie n’est pas simplement une bénéficiaire de la grâce, mais une créature entièrement façonnée par elle
- Le verbe χαριτόω signifie « rendre conforme à la grâce », et non simplement « donner la grâce ».
- Ainsi, Marie n’est pas seulement une personne « favorisée », mais elle est totalement façonnée par la grâce divine.
Une transformation qui prépare à la maternité divine
- Cette transformation par la grâce explique pourquoi Marie peut être la Mère du Fils de Dieu.
- Il ne s’agit pas seulement d’un privilège, mais d’une nécessité ontologique : pour que le Verbe puisse s’incarner en elle, Marie devait être totalement imprégnée de la grâce divine.
Un argument en faveur de l’Immaculée Conception
- Si Marie est totalement transformée par la grâce avant l’Annonciation, cela suppose qu’elle a été préservée du péché originel.
- Cette lecture s’accorde avec la tradition théologique qui voit en κεχαριτωμένη un fondement scripturaire du dogme de l’Immaculée Conception (défini en 1854).
6.3 Marie, la seule femme de toute l’histoire biblique à recevoir un tel titre
Enfin, il est remarquable qu’aucune autre figure biblique, ni dans l’Ancien Testament, ni dans le Nouveau Testament, ne reçoit une telle appellation.
Un titre unique
- Abraham, Moïse, David, les prophètes, Jean-Baptiste sont tous des figures centrales du plan du salut, mais aucun n’est salué comme κεχαριτωμένος.
- Même les apôtres, qui reçoivent l’Esprit Saint à la Pentecôte, ne sont jamais décrits avec ce verbe.
Une singularité absolue dans le dessein divin
- Cela signifie que Marie occupe une place unique et incomparable dans le plan de Dieu.
- Elle n’est pas seulement une femme pieuse ou une croyante exemplaire, mais l’unique créature entièrement transformée par la grâce dès avant sa mission.
La place de Marie dans la tradition chrétienne
- La théologie patristique a toujours reconnu ce caractère unique de Marie.
- Dans la liturgie byzantine, elle est appelée Θεοχαρίτωτος (« totalement transformée par la grâce de Dieu »).
- La prière du « Je vous salue Marie », issue de Luc 1, 28, reflète cette reconnaissance universelle de son état de grâce exceptionnel.
6.4 Une nouvelle lecture de Luc 1, 28 : plus qu’une salutation, une révélation
Avec cette analyse, il devient évident que les paroles de l’ange Gabriel ne sont pas une simple salutation, mais une révélation. L’ange annonce à Marie qui elle est aux yeux de Dieu : une femme totalement façonnée par la grâce, déjà sanctifiée en vue de sa mission.
Une traduction plus fidèle de κεχαριτωμένη devrait donc rendre cette profondeur théologique. Plutôt que « pleine de grâce », qui insiste sur la quantité, une meilleure version serait :
« Réjouis-toi, toi qui as été transformée par la grâce »
Cette traduction met en évidence :
- L’action divine (verbe causatif).
- L’état achevé et permanent (parfait passif).
- La singularité absolue de Marie dans l’histoire du salut.
Conclusion générale
L’exégèse de Luc 1,28, éclairée par l’étude philologique de κεχαριτωμένη, confirme que Marie est totalement transformée par la grâce divine avant même l’Annonciation. Cette transformation n’est pas une simple faveur ponctuelle, mais un état permanent qui la rend apte à devenir la Mère de Dieu.
Cet état unique justifie son titre de Theotokos (Mère de Dieu) et est en parfaite cohérence avec la tradition de l’Église, qui a progressivement formulé le dogme de l’Immaculée Conception.
Ainsi, Luc 1, 28 n’est pas simplement un verset marial, mais un texte fondamental qui révèle la place unique de Marie dans l’histoire du salut. Loin d’être une femme ordinaire choisie au hasard, elle est l’unique créature totalement façonnée par la grâce divine en vue de sa mission, ce qui fait d’elle la seule femme de toute l’histoire biblique à être désignée de cette manière.
- Ignace de la Potterie Κεχαριτωμένη en Lc 1,28 Étude philologique Biblica Vol. 68, No. 3 (1987), p.358 ↩︎
- Idem ↩︎
- Ibid. p. 359 ↩︎
- Ibid. p. 366; J. H. Moulton-W. F. Howard, A Grammar of the New Testament Greek (Edinburg 1929) II/2, 393-397 (cf. p. 397). Ils font remarquer que l’on trouve 96 verbes en -όω dans le NT, «with 25 additional compound verbs» (p. 394). ↩︎
- Ibid. p. 365 ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid p. 381 ↩︎
- Ibid p. 365 ↩︎
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4 commentaires sur “Kεχαριτωμένη (Lc 1, 28) : Étude philologique et théologique d’un terme clé, d’Ignace de la Potterie à l’Immaculée Conception”