Introduction
Le passage de la Genèse 3, 15, souvent appelé « Protoévangile », occupe une place centrale dans la réflexion théologique sur le salut. Il est présenté comme « la première et la plus importante annonce prophétique, annonçant la bonne nouvelle du salut pour l’humanité » 1 . Cette vision du Protoévangile le rattache directement aux doctrines mariales, en particulier celle de l’Immaculée Conception. Selon l’ouvrage de Stefano Maria Manelli, All Generations Shall Call Me Blessed : Biblical Mariology examiné par ce présent article, le lien entre Marie et la femme de la Genèse est explicite :
« Si la descendance de la femme est le Rédempteur qui, selon la doctrine catholique, fut d’abord promis à l’humanité dans ce passage, alors la femme est Sa Très Sainte Mère ». 2
A l’appuie, citons saint Irénée :
Si donc, encore une fois, le péché du premier homme a reçu guérison par la rectitude de conduite du Premier-né [de Dieu], si la prudence du serpent a été vaincue par la simplicité de la colombe [Marie] Mt 10,16 et si par là ont été brisés ces liens qui nous assujettissaient à la mort » 3
Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité; il Observera ta tête et tu observeras son talon Gn 3,15. » Dès ce moment, en effet, Celui qui devait naître d’une Vierge à la ressemblance d’Adam était annoncé comme « observant la tête » du serpent. Et c’est là la « postérité » au sujet de laquelle l’Apôtre dit dans son épître aux Galates: « La Loi des ouvres a été établie jusqu’à ce que vînt la postérité à laquelle avait été faite la promesse Ga 3,19. » Il s’explique plus clairement encore dans cette même épître, lorsqu’il dit: « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme Ga 4,4. » Car l’ennemi n’aurait pas été vaincu en toute justice, si Celui qui le vainquit n’avait pas été un homme né d’une femme. 4
- Egalement, ce billet de blog a propos de AH V, 21, 1.
Et saint Ephrem :
Voici que je vous donne puissance. La justice ayant précipité le serpent sous le talon, la miséricorde a élevé le talon par la croix, pour qu’il fût plus puissant que le serpent. Car c’est ce que manifeste ce qui suit :
Et toute la puissance de l’ennemi⁴…, c’est-à-dire celle qui a été foulée aux pieds par la croix. Voici que je vous donne le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, parce que Notre-Seigneur a ôté l’erreur qui régnait à cause du serpent, afin que règne la vérité de celui qui a donné puissance sur les serpents pour qu’ils soient foulés aux pieds, c’est-à-dire pour que le soient leurs rois.Parce que le serpent a frappé Ève au talon, le pied de Marie l’a écrasé. 5
Cette gloire qu’Adam voulait secrètement dérober, Le serpent l’en a évincé, voyant à quelle hauteur il serait exalté : Il l’a écrasé par sa fourberie, mais les pieds d’Ève ont foulé Celui qui avait versé le poison dans son ouïe 6

Un drame primordial éclairé par la promesse du salut
La faute originelle, qui affecte toute la descendance humaine, semble condamner Adam et Eve à une rupture définitive avec Dieu. Toutefois :
« à l’aube de l’histoire humaine, nos premiers parents […] vivaient heureux dans le paradis terrestre. La femme, Ève, fut malheureusement séduite par la ruse du serpent. […] Mais précisément à ce moment […] une lueur d’espérance future apparut » 7.
Ce nouveau départ annoncé par Dieu se concrétise dans la parole du Seigneur :
« Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance » (Gn 3, 15).
De ce verset naît la notion de « Protoévangile », marquant l’intervention salvifique de Dieu dès les premières pages de la Bible. Ainsi, Manelli explique que :
« ce texte de la Genèse a été justement appelé le « Protoévangile », c’est-à-dire la première et la plus importante annonce prophétique […] pour l’humanité » Ce verset contient en germe toute l’histoire du salut, car il préfigure la victoire définitive sur le mal, rendue possible par la venue d’un Rédempteur et de sa Mère. 8.
La femme et le serpent, leur inimitié
Le Magistère de l’Église a constamment identifié la « femme » du Protoévangile à la Vierge Marie. Le pape Pie IX, dans la bulle Ineffabilis Deus, enseigne que « tout comme le Christ […] a annulé le décret de condamnation contre nous, […] ainsi la très sainte Vierge, intimement et indissolublement unie au Christ, devint avec Lui l’ennemie éternelle du serpent venimeux » 9. Cette « inimitié » totale nourrit la conclusion que Marie, loin de toute souillure du péché, est « celle qui a écrasé la tête venimeuse du serpent avec son pied virginal » 10, soulignant le fondement biblique de l’Immaculée Conception.
De plus, Manelli met en lumière l’importance pour l’interprétation de la Genèse de ne pas dissocier cette « femme » de la descendance qui est le Christ :
« La « descendance » est le Messie-Sauveur et la femme est la Mère du Messie. […] Le Protoévangile a été et continue d’être constamment présent jusqu’à nos jours dans le Magistère papal ordinaire » 11.
Dans cette perspective, tout péché, même véniel, serait une victoire pour le mal, incompatible avec l’inimitié radicale décrétée par Dieu 12.
Perspective d’ensemble
Finalement, l’auteur souligne que cette « inimitié » entre la « femme » et le serpent, formant le cœur de la première promesse de salut, ne peut s’appliquer à Ève, qui a cédé à la tentation. Elle s’applique plutôt à celle qui apporte la victoire, « la femme Marie », pour reprendre les termes de saint Jérôme : « Per Evam mors, vita per Mariam » 13. Toute la suite de l’histoire du salut, jusqu’au Nouveau Testament et aux textes magistériels, vient confirmer cette équation entre la Vierge Marie et la « femme » annoncée dès l’origine.
En somme, « le texte de Genèse 3, 15 est le germe originel contenant en lui-même, comme dans une graine, tout le mystère ineffable de Marie » 14. Loin d’être anecdotique, cette prophétie fonde des doctrines essentielles de la foi catholique, dont l’Immaculée Conception. L’analyse de Manelli illustre ainsi comment, dès l’aube de l’histoire humaine, Dieu place Marie au cœur de son dessein de salut, la désignant comme la mère du Rédempteur et celle qui écrase la tête du serpent.
I. Un drame primordial éclairé par la promesse du salut
Le récit du péché originel, tel qu’il apparaît dans la Genèse, donne la toile de fond d’un « drame stupéfiant dont la conclusion est le salut promis . C’est à ce moment critique de l’histoire humaine, alors que la chute d’Adam et Ève inaugure la détresse universelle liée au péché, que Dieu intervient pour annoncer la « lueur d’espérance future ». Selon Manelli, cet événement fondateur illustre la miséricorde divine qui, aussitôt après la faute, propose déjà une issue pour l’humanité.
Le contexte de la chute
Adam et Ève, « vivant heureux dans le paradis terrestre », sont confrontés à la « ruse du serpent . Le texte souligne la dimension tragique de cette séduction : Ève cède à la tentation avant d’entraîner Adam dans la désobéissance. Cette rupture avec Dieu compromet l’avenir de toute la race humaine : « En ses premiers ancêtres, la race humaine était perdue à jamais ».
Un oracle d’espérance
Au milieu de ce désastre moral et spirituel, la parole divine « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme… » (Gn 3, 15) fait irruption. Elle a pour effet de suspendre le verdict final en annonçant, d’emblée, qu’une lutte victorieuse aura lieu. L’auteur insiste sur la portée prophétique de ce verset : « … la plus importante annonce prophétique, annonçant la bonne nouvelle du salut » 15. Autrement dit, ce court passage contient en germe la promesse d’une rédemption destinée à réparer la faute qui vient d’être commise.
Le terme « Protoévangile »
La tradition chrétienne qualifie ce texte de « Protoévangile », c’est-à-dire un « premier évangile », parce qu’il annonce à la fois la défaite du Mal et l’avènement d’un Rédempteur. Cette dénomination fait comprendre combien, dès les débuts, Dieu n’abandonne pas l’humanité à son sort : il prépare « la bonne nouvelle du salut pour l’humanité », inaugurant ainsi toute l’histoire biblique de la rédemption qui culminera en Jésus-Christ.
En somme, l’annonce de Genèse 3, 15 se présente comme une promesse divine à la fois menaçante pour le serpent, « … tu essayeras de blesser son talon… », et porteuse de salut pour l’homme. Elle relie le drame de la faute originelle à la perspective de la rédemption, laissant entrevoir que l’histoire de l’humanité sera traversée par un combat entre le bien et le mal, dont l’issue est déjà annoncée en faveur du bien. Cette lumière au cœur de la nuit du péché reçoit, dans les pages suivantes, une interprétation particulièrement mariale, reliant la « femme » du texte à la Vierge Marie et la « descendance » au Christ.

II. L’enjeu d’une femme « immaculée » et l’interprétation ecclésiale
Au cœur de l’interprétation catholique du Protoévangile se trouve la conviction que la « femme » de Genèse 3, 15 renvoie à la Vierge Marie, intimement unie à la mission du Christ et entièrement préservée de la domination du mal. D’après Manelli, cette lecture, solidement étayée par le Magistère de l’Église, éclaire tout particulièrement la doctrine de l’Immaculée Conception, c’est-à-dire la préservation de Marie de toute souillure du péché originel.
Le fondement scripturaire et magistériel
Dès l’époque des Pères de l’Église, une tradition séculaire établit un parallèle entre Ève et Marie : « Par Ève la mort, par Marie la vie » (Per Evam mors, vita per Mariam, p. 27, citant saint Jérôme).
Le pape Pie IX, dans la bulle Ineffabilis Deus (1854), souligne que Genèse 3, 15 « annonça clairement et manifestement la Vierge Marie comme la Mère du Rédempteur, indiqua l’inimitié commune de la Mère et du Fils contre le diable, et leur triomphe complet sur le serpent venimeux » […] « la très sainte Vierge [qui], intimement et indissolublement unie au Christ, devint avec Lui l’ennemie éternelle du serpent venimeux et partagea ainsi avec son Fils sa victoire sur le serpent, écrasant […] la tête du serpent avec son pied virginal » 16.
L’« inimitié » totale et sa signification
Dans la perspective de Manelli, la « femme » du Protoévangile vit une opposition radicale au démon :
« L’inimitié entre la « femme » et le serpent ne peut être réconciliée avec le péché chez la femme : non seulement avec le péché originel, mais avec tout péché […] » 17.
Cette « inimitié totale » implique que Marie n’a jamais été sous l’emprise du mal, d’où la conclusion qu’elle fut préservée du péché originel :
« il s’ensuit que le contenu réel de ce texte et sa signification globale sont également projetés dans l’avenir » 18, et se concrétisent en Marie, conçue « immaculée ».
Un lien indissociable entre Marie et Jésus
Manelli insiste sur le fait que la « femme » du Protoévangile ne saurait être séparée de sa « descendance », laquelle est « le Messie-Sauveur […] la Mère et le Fils demeurent dans une « inimitié » commune contre le diable » 19.
De même que le Christ est pleinement vainqueur du péché, sa Mère, associée à lui depuis l’origine, partage ce triomphe :
« […] celle qui a partagé le combat de son Fils pour la rédemption de l’humanité doit également régner avec son Fils […] » 20.
Cette vérité, estime l’auteur, explique pourquoi « au cœur même du péché originel, Dieu place la promesse d’une femme victorieuse, nécessairement libre de toute forme de complicité avec le Mal »21.
Le soutien continu du Magistère
Outre Pie IX, plusieurs papes (Léon XIII, Pie X, Pie XII et Jean-Paul II) réaffirment l’identification de la « femme » à Marie et l’extension de cette victoire du Christ à sa Mère :
« Le Protoévangile […] a été et continue d’être constamment présent jusqu’à nos jours dans le Magistère papal ordinaire » 22 .
Les documents pontificaux, notamment les encycliques et les bulles, citent régulièrement Genèse 3, 15 pour confirmer la doctrine selon laquelle Marie fut dès le commencement destinée à être « l’ennemie éternelle du serpent ».
En définitive, l’enjeu principal de ce point est de montrer comment la révélation biblique (Gn 3, 15), déjà explicitement interprétée dans l’Antiquité chrétienne, a conduit l’Église à reconnaître en Marie celle qui incarne l’inimitié absolue envers le mal. Au fil du temps, ce texte est donc devenu « la base de la doctrine de l’Immaculée Conception » 23. La compréhension de Marie comme Immaculée est intimement liée à cette prédestination, par laquelle Dieu l’a voulue pleinement associée à son Fils dans l’œuvre du salut.
III. Le prolongement : Marie annoncée et accomplie
Au-delà du fait que Genèse 3, 15 préfigure l’Immaculée Conception de la « femme » en inimitié totale contre le serpent, l’auteur développe plusieurs autres implications théologiques découlant de ce même passage. Pour lui, le Protoévangile contient en germe l’ensemble de la mariologie chrétienne : maternité divine, virginité de Marie, rôle dans l’œuvre de la rédemption, et même son élévation au ciel.
De la maternité divine à la maternité virginale
Manelli rappelle que le texte parle non pas de la descendance de l’homme, mais de la « descendance de la femme » (Gn 3, 15). Or, « cette « descendance » est en réalité Jésus, le Fils de Dieu […] le texte implique que la « femme » est la Mère de Dieu » 24.
Ainsi, la mention d’une progéniture strictement féminine suggère déjà « la réalité de la maternité vierge ». Marie donne naissance au Christ sans père humain, ouvrant la voie à la reconnaissance de sa maternité divine et virginale.
L’association au combat rédempteur du Christ
Outre la conception virginale, Genèse 3, 15 laisse transparaître la participation de la femme au combat victorieux contre le mal. Le texte « annonce […] la promesse, messianique et universelle, d’une victoire future liée à une « femme » et à sa descendance » 25.
Marie, totalement unie à son Fils, est donc « celle qui a collaboré avec Lui dans le rachat et la rédemption de l’humanité, écrasant la tête de l’ennemi » 26. Dans la théologie catholique, cela préfigure la Corédemption et la médiation maternelle de Marie, thèmes développés au fil de la Tradition.
Une perspective vers l’Assomption et la royauté de Marie
Manelli va plus loin : puisqu’elle est « victorieuse sur l’ennemi venu des enfers », la Vierge ne peut être soumise aux conséquences ultimes du péché, à savoir la corruption du corps. Il cite à ce propos la bulle Munificentissimus Deus (1950) de Pie XII, qui voit dans le Protoévangile la « base radicale » de l’Assomption de Marie.
Ainsi, « celle qui a partagé le combat de son Fils pour la rédemption de l’humanité doit également régner avec son Fils dans le Royaume des cieux ». La logique du texte de la Genèse, relu à la lumière du Nouveau Testament, conduit à percevoir dans Marie « la Reine victorieuse unie à son Fils, le Roi de l’univers » 27.
Une « synthèse complète de la mariologie »
L’auteur conclut que le Protoévangile, « cette « esquisse » pour une peinture par le Suprême Artiste », contient déjà en puissance toute la figure mariale : « la Mère de Dieu, la Vierge Mère, l’Immaculée, celle qui a été associée au Sauveur dans l’œuvre de la rédemption […] la Reine victorieuse unie à son Fils » 28.
De fait, « le texte de Genèse 3, 15 est le germe originel contenant en lui-même, comme dans une graine, tout le mystère ineffable de Marie » 29. Autrement dit, la lecture traditionnelle et magistérielle considère que tout le développement ultérieur de la doctrine mariale se trouve déjà annoncé, à l’état embryonnaire, dans ce verset de la Genèse.
En définitive, cette troisième perspective souligne la puissance prophétique de Genèse 3, 15. En parlant d’une « femme » et de sa « descendance », le texte ne se contente pas de promettre la venue du Christ rédempteur ; il inscrit également la figure de Marie dans l’économie du salut. L’Immaculée Conception, la maternité divine et virginale, la collaboration au mystère rédempteur et même l’Assomption corporelle au ciel se lisent, selon Manelli, comme des prolongements logiques de la « lutte victorieuse » menée par Marie et son Fils contre le serpent.
IV. Une lecture anthropologique : l’appel adressé à chaque femme
De la maternité divine à la maternité virginale
Manelli souligne que le texte biblique ne parle pas de la descendance d’un homme, mais bien de la « descendance de la femme » (Gn 3, 15). Selon lui, cette descendance désigne Jésus, le Fils de Dieu, ce qui implique que la « femme » mentionnée ici n’est autre que la Mère de Dieu.
Ainsi, le fait que cette filiation soit exclusivement attribuée à une femme laisse déjà entrevoir le mystère de la maternité virginale. Marie donne naissance au Christ sans intervention d’un père humain, ce qui pose les bases de sa maternité à la fois divine et virginale.
Marie et le combat rédempteur du Christ
Mais Genèse 3, 15 ne se limite pas à évoquer la naissance du Sauveur. Ce passage laisse aussi entrevoir le rôle de la femme dans le combat contre le mal. Le texte annonce en effet « la promesse, messianique et universelle, d’une victoire future liée à une femme et à sa descendance ».
Marie, totalement unie à son Fils, est donc associée à l’œuvre de la rédemption : elle a collaboré avec lui à la libération de l’humanité du péché et a écrasé la tête de l’ennemi 30. Cette vision s’inscrit dans la tradition théologique qui voit en elle la Corédemptrice et la Médiatrice, des thèmes développés au fil des siècles dans la pensée catholique.
Vers l’Assomption et la royauté de Marie
Manelli va encore plus loin : puisqu’elle a été victorieuse sur le mal, Marie ne pouvait être soumise à la corruption du corps, qui est la conséquence ultime du péché. Il cite à ce sujet la bulle Munificentissimus Deus (1950) de Pie XII, qui considère que le Protoévangile contient la base radicale du dogme de l’Assomption.
Ainsi, celle qui a partagé le combat du Christ pour le salut de l’humanité est aussi destinée à régner avec lui dans le Royaume des cieux. Relu à la lumière du Nouveau Testament, le texte de la Genèse laisse entrevoir en Marie la Reine victorieuse, inséparable de son Fils, le Roi de l’univers.
Un condensé de toute la mariologie
Manelli conclut que Genèse 3,15 constitue une véritable esquisse tracée par Dieu lui-même, où tout le mystère marial est déjà contenu en germe. Ce verset annonce Marie comme Mère de Dieu, Vierge Mère, Immaculée et associée au Christ dans l’œuvre de la rédemption, mais aussi comme Reine victorieuse aux côtés de son Fils.
En somme, ce passage biblique renferme en lui-même l’essence de toute la doctrine mariale, un peu comme une graine qui contient en puissance l’arbre entier (p. 32). La tradition et le magistère y ont vu, au fil des siècles, l’annonce prophétique de l’Immaculée Conception, de la maternité divine et virginale, de la collaboration au salut, et même de l’Assomption.
Ainsi, loin de se limiter à l’annonce d’un Rédempteur, Genèse 3, 15 inscrit aussi Marie au cœur du dessein de salut, en la présentant comme une figure essentielle dans la lutte victorieuse contre le mal, aux côtés du Christ.re qui est appelée à se libérer du péché pour entrer dans la victoire partagée avec le Christ.
Conclusion
Au terme de cette analyse, il apparaît clairement que, dans l’optique de Stefano Maria Manelli, Genèse 3,15 joue un rôle fondamental pour la compréhension de la place de Marie dans l’histoire du salut. Alors que le récit met en scène la tragédie du péché originel, il annonce simultanément la promesse d’une victoire définitive du bien sur le mal. Cette première « bonne nouvelle », qualifiée de « Protoévangile », contient en germe l’intégralité de la mission rédemptrice du Christ et, avec lui, de sa Mère.
L’auteur insiste sur l’idée que l’« inimitié » décrétée par Dieu entre la « femme » et le serpent ne peut être que totale et donc incompatible avec toute souillure du péché. D’un point de vue doctrinal, « c’est la base de la doctrine de l’Immaculée Conception » 31, puisque Marie, conçue sans tache, est dès l’origine parfaitement unie au Christ, sa « descendance ». Pie IX, dans la bulle Ineffabilis Deus, confirmait déjà que la Mère et le Fils partagent une même hostilité radicale envers le serpent, concrétisée par la victoire de la croix. Marie y tient une place singulière, non pas simple bénéficiaire du salut, mais « associée au Sauveur dans l’œuvre de la rédemption » 32.
La portée de ce texte ne se limite toutefois pas à la seule définition de l’Immaculée Conception. Manelli montre comment toutes les facettes de la mariologie — de la maternité divine et virginale à l’Assomption corporelle — peuvent se déduire de la prophétie de Genèse 3, 15. Ce verset « contient en lui-même, comme dans une graine, tout le mystère ineffable de Marie » 33. Autrement dit, la théologie catholique a toujours perçu dans ce « germe originel » la clé de lecture d’une figure mariale entièrement ordonnée au Christ et à la rédemption.
Enfin, l’auteur élargit sa réflexion à une dimension anthropologique, voyant dans ce mystère biblique un appel à chaque femme. À l’exemple de la Vierge, toutes sont invitées à s’inscrire dans la dynamique de la victoire sur le mal, loin de la désobéissance d’Ève. Pour Manelli, la « femme » prophétique constitue donc un modèle universel d’ouverture à la grâce et de collaboration au salut.
Ainsi, la présentation de Marie dans ce passage biblique se révèle d’une richesse théologique considérable : elle concerne le projet même de Dieu qui, « à l’aube de l’histoire humaine », non seulement promet la venue d’un Rédempteur, mais y associe déjà Sa Mère. Genèse 3, 15 offre donc une synthèse concise et lumineuse de toute la doctrine mariale, tout en traçant la trajectoire fondamentale d’une humanité appelée à vaincre le mal grâce à l’œuvre du Christ et de sa Mère Immaculée.

- Manelli. All generations shall call me Blessed: Biblical mariology p. 22 ↩︎
- Ibid p. 25, citant V. Sardi ↩︎
- Irénée de Lyon AH V, 19, 1. ↩︎
- Idem. AH V, 21, 1 ↩︎
- Ephrem de Nisibe, Diatessaron. X, 12 SC 121 p.191 ↩︎
- Éphrem de Nisibe, Nat., XXI, 15, SC 459, pp. 250 et 251. ↩︎
- Manelli. All generations shall call me Blessed: Biblical mariology p. 22 ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibi.d p. 22-23 ↩︎
- Ibid. p. 23 ↩︎
- Ibid. p. 25 ↩︎
- Ibid. p. 32 ↩︎
- Ibid. p. 27 ↩︎
- Ibid. p. 32 ↩︎
- Ibid. p. 22 ↩︎
- Ibid. p. 22-23 ↩︎
- Ibid. p. 32 ↩︎
- Ibid.p. 26 ↩︎
- Ibid. p. 25 ↩︎
- Ibid. p. 32 ↩︎
- Ibid. p. 28-29 ↩︎
- Ibid. p. 25 ↩︎
- Idem ↩︎
- Ibid. p. 31 ↩︎
- Ibid p. 26 ↩︎
- Ibid. p. 32 ↩︎
- Ibid. p. 33 ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid. p. 32 ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid. p. 25 ↩︎
- Ibid. p. 33 ↩︎
- Ibid. p. 32 ↩︎
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