La totalité des articles :
- Les sources patristiques de l’Immaculée Conception : Analyse de Brian Reynolds (Première Partie)
- Marie immaculée ? L’analyse de Brian Reynolds sur la pensée patristique orientale (Deuxième partie)
- L’Immaculée Conception chez les Pères de l’Église : Ambiguïtés et développement d’une doctrine par Brian Reynolds (Troisième partie)
- Immaculée Conception au Moyen Âge : St Anselme, St Eadmer et St Bernard par Brian Reynolds (quatrième partie)
- L’Immaculée Conception au moyen âge selon Brian Reynolds : débats entre Bonaventure, Thomas d’Aquin et Duns Scot » (Cinquième partie)
Analyse à partir du texte de Brian Reynolds, pp. 332–334 1
Vous devez acheter ce livre
Dans cette première partie, nous abordons la manière dont les Pères de l’Église, tout en n’employant pas directement le terme « Immaculée Conception », ont posé les bases d’une réflexion sur la sainteté extraordinaire de Marie. Brian Reynolds éclaire notamment :
- L’influence déterminante du Protévangile de Jacques,
- Les différentes positions des Pères quant à la pureté de la Vierge,
- Le rôle d’Irénée de Lyon et le concept de « Nouvelle Ève »,
- L’approche différente de l’Église d’Orient, plus centrée sur la glorification (doxa) que sur la notion de péché originel,
- La problématique du doute de Marie, selon Origène et d’autres Pères, qui soulève la question d’une immunité parfaite au péché.
Cette présentation met en évidence la lente maturation de l’idée d’une préservation totale de Marie du péché, et préfigure les controverses médiévales menant à la définition officielle du dogme de l’Immaculée Conception.
Introduction
Dans l’extrait de Brian Reynolds (pp. 332–334) que nous étudions, l’auteur met en lumière la manière dont l’idée de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie a commencé à se forger dans la tradition chrétienne, bien avant sa définition dogmatique formelle au XIXᵉ siècle. Il montre que si les Pères de l’Église n’emploient pas le terme « Immaculée Conception » au sens strict, nombre de leurs réflexions laissent déjà entrevoir l’idée d’une intervention divine spéciale dans la génération de Marie, la plaçant dans un état de pureté singulier.
« Le plus important, du point de vue de l’Immaculée Conception, est que ce texte (Protévangile de Jacques) introduit l’idée que Dieu a joué un rôle direct dans la conception de Marie… » 2
Reynolds s’appuie d’abord sur le Protévangile de Jacques, un écrit apocryphe qui fut certes rejeté explicitement par certains Pères — dont Jérôme — mais qui exerça néanmoins une influence considérable sur la pensée populaire et certaines conceptions théologiques. Il relève que ce texte présente la conception de Marie comme analogue à celle de figures bibliques telles qu’Anne et Samuel ou Élisabeth et Jean-Baptiste, et surtout comme une action directe de Dieu. À partir de là, deux arguments en faveur d’une exemption de Marie du péché originel émergent :
- L’acte conjugal de ses parents (Joachim et Anne) aurait bénéficié d’une assistance divine exceptionnelle, voire aurait pu se produire en dehors de la concupiscence héritée de la Chute.
- Si Dieu a pu lever la malédiction de la stérilité d’Anne, rien n’empêche de penser qu’Il a également pu préserver Marie de tout péché.
« …puisque Dieu n’aurait pas été présent dans un acte pécheur. En effet, certaines versions de cette histoire suggèrent qu’Anna a conçu, tout comme sa fille le ferait, sans relation sexuelle. »
Cette présentation des origines de Marie tranche déjà avec le cadre postlapsarien [Après la chute] ordinaire (dans lequel tout acte sexuel est entaché de concupiscence). Bien que cette perspective ne soit pas strictement la position officielle de l’Église, Reynolds souligne que ces textes et interprétations ont nourri l’idée que Marie ne se trouvait pas dans les conditions habituelles de la transmission du péché originel.
Reynolds observe ensuite la manière dont les Pères de l’Église — Irénée, Origène, Grégoire de Nazianze, ou encore Éphrem le Syrien — ont traité la question de la pureté mariale. Plusieurs tendances se dégagent :
- Certains estiment que Marie fut pure, mais ne vont pas jusqu’à nier la possibilité de « fautes légères ».
- D’autres soulignent qu’elle a été purifiée lors de l’Annonciation, comme si une grâce spéciale lui avait été conférée à ce moment précis.
- Enfin, certains envisagent qu’elle aurait reçu cette grâce dès sa conception ou même dans le sein de sa mère.
Dans ce paysage patristique foisonnant, Reynolds insiste sur la tension apparente entre l’idée d’une Marie parfaitement immaculée et la conviction que le Christ est venu pour « racheter toute l’humanité sans exception ». C’est la raison pour laquelle, historiquement, de nombreux auteurs occidentaux (fortement influencés par la vision augustinienne du péché originel) ont tardé à proclamer l’Immaculée Conception ; ils craignaient de contredire la doctrine de la rédemption universelle. Or, comme le signale l’auteur, cette difficulté sera plus tard dépassée, notamment par la réflexion de Duns Scot, qui développera l’idée d’une « pré-rédemption » de Marie, justifiant ainsi qu’elle ait pu être rachetée préventivement par anticipation des mérites du Christ.
« Un obstacle fondamental… résidait dans la doctrine universellement acceptée selon laquelle le Christ était venu pour racheter toute l’humanité sans exception. »3
Dans l’Église d’Orient, la question se pose différemment. Reynolds note que la tradition grecque, moins marquée par la théologie augustinienne du péché originel, n’a pas ressenti la même urgence de formuler un dogme équivalent. Elle met plutôt l’accent sur la glorification (doxa) de la Vierge et sur sa participation à la théosis (déification). Dès lors, on recourt à un langage extrêmement élevé pour chanter la sainteté de Marie (« Panagia », « Immaculée »), tout en maintenant que la purification définitive de la Mère de Dieu a pu se faire dans le sein maternel ou au moment de l’Incarnation.
Ainsi, cette introduction de Reynolds insiste sur un cheminement historique complexe. Les sources apocryphes, le témoignage des Pères et la théologie occidentale confrontée au péché originel se rencontrent pour constituer les fondations d’une doctrine mariale qui ne sera pleinement explicite (Immaculée Conception) qu’à une époque plus tardive. Dès lors, l’enjeu est de comprendre comment l’Église, pas à pas, en est venue à poser ce dogme, tout en sauvegardant la vérité fondamentale de la Rédemption universelle.
« …un obstacle fondamental à la croyance en l’Immaculée Conception résidait dans la doctrine universellement acceptée selon laquelle le Christ était venu pour racheter toute l’humanité… »4
En somme, l’enquête de Brian Reynolds introduit le lecteur dans le cœur des débats sur la pureté mariale et prépare la réflexion doctrinale conduisant à la notion d’Immaculée Conception, montrant qu’elle est à la fois enracinée dans les anciens textes chrétiens (canoniques comme apocryphes) et façonnée par l’évolution de la théologie latine post-augustinienne.
I. L’influence du Protévangile de Jacques
1. Un récit apocryphe central dans la tradition mariale
Le Protévangile de Jacques, rédigé probablement au IIᵉ siècle, est un texte apocryphe qui a joué un rôle non négligeable dans l’imaginaire chrétien à propos de Marie, malgré son exclusion du canon biblique. Brian Reynolds relève que, bien qu’il ait été explicitement rejeté par certains Pères de l’Église (dont Jérôme), il a néanmoins influencé la pensée et la piété populaires, notamment sur la conception et la naissance de Marie. Le fait que ce récit insiste sur une intervention divine spéciale dans la venue au monde de la Vierge a contribué, indirectement, à forger l’idée d’une sanctification exceptionnelle de Marie dès ses origines.
« …le Protévangile de Jacques… a influencé la pensée officielle de l’Église sur des questions doctrinales telles que la naissance virginale […] ainsi que sur la perception générale que Marie avait été privilégiée par Dieu d’une manière qui la plaçait au-delà des lois naturelles normales. » 5
2. Le motif de la stérilité surmontée : un parallèle biblique
Le récit insiste sur la stérilité d’Anne et la détresse de Joachim, suscitant un parallèle avec d’autres figures bibliques (Sarah, Élisabeth, etc.) dont la maternité tardive est décrite comme un acte providentiel. Dans cette narration, Dieu répond à la prière d’Anne en levant la malédiction de la stérilité. Pour Reynolds, cet aspect est crucial, car il suggère que si Dieu a pu intervenir pour rendre possible la conception, Il a pu tout aussi bien préserver l’enfant de la transmission du péché originel.
« Deux arguments en faveur de l’exemption de Marie […] Premièrement, l’action de Dieu pour permettre sa conception […] Deuxièmement, si Dieu était intervenu pour lever la malédiction de la stérilité d’Anna, il n’y avait aucune raison pour laquelle il n’aurait pas aussi agi pour préserver Marie du péché. » 6
3. La suggestion d’une pureté parfaite dès la conception
Le Protévangile de Jacques va parfois plus loin, insinuant que l’union de Joachim et Anne aurait pu se faire « sans concupiscence » ou, dans certaines versions, sans relation sexuelle du tout, préfigurant la conception virginale de Marie elle-même. Reynolds note que cette idée demeure marginale, mais elle illustre la tendance à souligner la pureté unique de la Vierge :
« […] Certaines versions de cette histoire suggèrent qu’Anna a conçu, tout comme sa fille le ferait, sans relation sexuelle. » 7
4. Usage théologique malgré son statut d’écrit apocryphe
Si ce texte n’a jamais été admis au rang d’Écriture canonique, son influence populaire et iconographique a été considérable : il a nourri une imagerie mariale (naissance miraculeuse de Marie, présentation au Temple, nutrition par un ange, etc.) qui a imprégné homélies, liturgies et légendes. Reynolds met l’accent sur le fait que ces récits ont façonné la conscience chrétienne et qu’ils ont contribué à l’orientation doctrinale qui, plus tard, servira de support à la réflexion sur l’Immaculée Conception.
« Bien que le Protévangile de Jacques ait été rejeté explicitement par certains Pères […] il a influencé la pensée officielle de l’Église sur des questions doctrinales […] » 8
5. Première ébauche d’une préservation spéciale de Marie
Le point le plus déterminant, selon Reynolds, est la conviction — portée par ce texte — d’une implication directe de Dieu dans la genèse de Marie. Ainsi, ce récit apocryphe offre déjà un schéma qui conduira, bien plus tard, à la formulation de la doctrine de l’Immaculée Conception : Marie aurait bénéficié d’une grâce particulière l’ayant placée « au-delà des lois naturelles normales ». Dès lors, même s’il ne s’agit pas d’une preuve définitive, le Protévangile de Jacques anticipe, d’une certaine manière, l’idée d’une Marie libérée de la souillure universelle du péché originel.
En définitive, malgré son statut d’écrit apocryphe, le Protévangile de Jacques a bel et bien jeté les bases narratives d’une conception privilégiée de Marie, jouant ainsi un rôle majeur dans la réflexion ultérieure sur son Immaculée Conception.
II. Les premières réflexions patristiques
Le second point mis en avant par Brian Reynolds s’intéresse à la manière dont les premiers Pères de l’Église ont conçu la sainteté de Marie. Même s’ils ne parlent pas directement d’« Immaculée Conception », on constate déjà chez eux un principe fondamental : la conviction que Marie, destinée à enfanter le Christ, a bénéficié d’une grâce ou d’une préservation particulière. Reynolds observe toutefois que ces auteurs n’ont pas encore élaboré la notion précise d’une exemption du péché originel dès le premier instant de la conception de Marie, principalement en raison de la doctrine de la Rédemption universelle.
1. Marie exempte de tout péché personnel
« Bien que les premiers Pères de l’Église ne considèrent même pas la possibilité de l’Immaculée Conception, ils perçoivent que Marie devait être exemptée d’une certaine manière de l’état postlapsarien 9 normal pour devenir la Mère de Dieu […] Les Pères croyaient, à quelques exceptions près, que Marie n’a jamais commis de péché actif. » 10
a) Une sainteté unanimement reconnue
La quasi-totalité des Pères affirment que Marie n’a pas commis de fautes personnelles. Cette préservation de tout péché « actif » (ou « actuel ») va de pair avec l’idée que, pour être Mère du Verbe incarné, Marie devait jouir d’une pureté supérieure à celle des autres croyants.
b) Une distinction mal définie entre « péché originel » et « péchés actuels »
En revanche, la question d’une préservation du péché originel proprement dit reste encore floue à ce stade. Pour Reynolds, c’est surtout parce que la théologie augustinienne (mettant l’accent sur l’universalité de la Chute) n’avait pas encore été reçue, ou pas encore pleinement intégrée, au moment où nombre de ces Pères écrivaient. De plus, le concept même de « péché originel » se précisera surtout à partir du Ve siècle avec saint Augustin.
2. Trois positions patristiques distinctes
« De manière générale, trois positions distinctes peuvent être identifiées concernant la question de la pécheresse ou non de la Vierge. Certains considéraient que la Vierge, bien que d’une pureté exceptionnelle, n’était pas entièrement exempte de péchés mineurs […]. D’autres […] ont soutenu qu’elle avait subi une purification au moment de l’Incarnation […]. D’autres encore ont affirmé qu’elle avait été purifiée soit au moment de sa conception, soit du moins alors qu’elle était encore dans le sein maternel […] » 11
a) Marie « sainte », mais pas totalement exempte de fautes légères
Certains Pères — de manière minoritaire — suggèrent qu’en dépit de sa sainteté incomparable, Marie aurait pu commettre de menues infractions (les péchés véniels dans la théologie scolastique ultérieure). Cette opinion, bien que marginale, témoigne d’une approche nuancée, où la Vierge demeure la plus pure des créatures sans être pour autant placée hors de toute imperfection.
b) Marie purifiée au moment de l’Incarnation
Une tendance plus répandue considère que Marie reçoit une « infusion de grâce » particulière lorsqu’elle conçoit le Christ. Grégoire de Nazianze († 390) l’exprime ainsi :
« Il fut conçu de la Vierge, qui avait été purifiée par l’Esprit au préalable dans son âme et dans son corps. » 12
Quant à Irénée de Lyon († vers 202),Il souligne le lien profond entre la sainteté de Marie et le mystère de l’Incarnation, bien qu’il ne formule pas explicitement l’idée d’une sanctification dès le premier instant de sa vie. Il convient de noter qu’une purification au moment de l’Annonciation ou de l’Incarnation n’implique pas une remise en cause de l’Immaculée Conception. Aucun Père de l’Eglise ne s’est opposé à l’Immaculée Conception explicitement. Il s’agit d’un écueil simpliste à éviter.
c) Marie sanctifiée dès sa conception ou dans le sein maternel
Une dernière position, plus proche de ce que deviendra la doctrine de l’Immaculée Conception, soutient que la Vierge a été purifiée « in utero ». Pour Reynolds, ces auteurs ne parlent pas encore de « conception immaculée » au sens postérieur, mais ils envisagent une grâce spéciale qui l’aurait soustraite à l’influence du péché avant qu’elle ne devienne la Mère de Dieu.
3. L’obstacle de l’universalité du salut
« Un obstacle fondamental à la croyance en l’Immaculée Conception résidait dans la doctrine universellement acceptée selon laquelle le Christ était venu pour racheter toute l’humanité sans exception. » 13
a) La question de la rédemption de Marie
Beaucoup de Pères se demandent comment concilier l’idée d’une Marie totalement préservée de tout péché et la conviction que seul le sacrifice du Christ rachète chaque être humain. La formule paulinienne « tous ont péché » (Rm 3, 23) sert souvent d’argument pour affirmer que Marie elle-même doit, d’une manière ou d’une autre, bénéficier de la rédemption du Christ.
b) L’apport futur de Duns Scot
Reynolds souligne que c’est la réflexion de Duns Scot (XIIIᵉ–XIVᵉ s.) qui fournira la solution conceptuelle : Marie est pleinement rachetée par son Fils, mais préventivement, avant même de contracter le péché originel. Cette idée de rédemption anticipée — absente des débats patristiques dans leur forme primitive — permettra de reconduire le principe de « salut universel en Christ » tout en affirmant l’exemption de Marie dès sa conception.
4. Les Pères « maculistes » : Tertullien et Origène
a) Tertullien († vers 220)
Reynolds rappelle que « Le plus négatif était sans doute Tertullien » (p. 332) concernant la possibilité d’une exemption totale de Marie. Ce Père de l’Église latine, insistant sur la condition déchue de toute l’humanité, peine à imaginer que la Mère de Jésus n’ait pas été atteinte, même légèrement, par les conséquences d’Adam.
b) Origène († ca. 254)
Chez Origène, l’interprétation de la prophétie de Siméon (Lc 2,35) sur l’épée transperçant l’âme de Marie suggère un moment de doute ou de vacillement de la Vierge lors de la Passion.
« …tu seras transpercée par l’épée du doute […] lorsque sous tes yeux celui que tu as entendu être appelé le Fils de Dieu […] sera crucifié et mourra. » 14
Origène souligne aussi que le Christ rachète tous les hommes ; difficile donc de croire que pour lui, Marie puisse se trouver entièrement hors de la condition marquée par la Chute, même si elle n’a pas commis de faute personnelle.
Conclusion
Dans l’ensemble, les premières réflexions patristiques décrites par Brian Reynolds montrent une claire volonté de souligner la pureté éminente de Marie. La plupart des Pères, hormis quelques exceptions, la considèrent sans péché « actif ». Toutefois, ils ne formulent pas clairement le concept d’une Immaculée Conception au sens médiéval ou moderne. L’idée d’un « instant premier » où Marie aurait été immunisée contre le péché originel demeure implicite et dépend de la façon dont on comprend son rapport à la Rédemption universelle opérée par le Christ.
- Certains considèrent Marie comme pure, mais soumise à la condition humaine déchue.
- D’autres imaginent qu’elle a été purifiée au moment de l’Incarnation.
- Une frange plus réduite penche pour une purification antérieure, parfois dès sa propre conception ou dès le sein maternel.
Ce qui apparaît donc dans ces premiers siècles est une trame doctrinale : Marie est d’une sainteté incomparable et demeure de plus en plus pensée comme « au-delà des lois naturelles » (Reynolds, p. 332). Toutefois, la nécessité de concilier l’universalité du salut avec le statut singulier de la Vierge retardera l’élaboration théologique d’une préservation absolue dès la conception ; cette élaboration ne deviendra un enjeu majeur qu’en Occident, à l’époque médiévale, pour être définitivement scellée comme dogme en 1854 (Ineffabilis Deus de Pie IX).
En définitive, ces réflexions patristiques constituent un socle essentiel : elles ne parlent pas encore d’« Immaculée Conception », mais elles y préparent en affirmant la pureté sans pareille de celle qui allait enfanter le Verbe de Dieu.
III. L’argument de Marie comme Nouvelle Ève
Le troisième point que met en avant Brian Reynolds concerne l’analogie entre Marie et Ève, particulièrement développée chez Irénée de Lyon († vers 202). Selon cette perspective, souvent désignée comme la « récapitulation mariale », Marie récapitule et inverse l’acte de désobéissance de la première femme, Ève, en collaborant de manière parfaite à l’œuvre du salut. Cette vision va plus loin qu’un simple retour à l’état d’innocence originelle : elle implique que « Marie atteint une condition supérieure à celle d’Ève avant la Chute » 15, du fait de son rôle dans l’Incarnation du Verbe.
1. Irénée et la récapitulation mariale
« Une autre racine, théologiquement plus significative, de la doctrine se trouve dans la notion d’Irénée […] selon laquelle Marie a inversé ou récapitulé les actions d’Ève. » 16
a) Le principe de récapitulation
Irénée de Lyon introduit l’idée selon laquelle, tout comme Jésus est le Nouvel Adam, Marie est la Nouvelle Ève. Cette « récapitulation » signifie que l’acte de désobéissance d’Ève, trompée par le serpent, est réparé et inversé par l’obéissance de Marie au message de l’ange (Lc 1, 38). Ainsi, Marie vient rectifier la faute d’Ève et redonne une nouvelle orientation spirituelle à l’histoire humaine. Cette perspective ouvre la voie à la doctrine de la Co-rédemption de la Vierge Marie, que les Pères développeront largement, comme nous le verrons.
b) Plus qu’une simple restauration
Pour Irénée, Marie ne se contente pas de restaurer l’état d’innocence d’avant la Chute ; elle élève la nature humaine à un niveau supérieur (déification), puisque le Verbe prend chair d’elle.
« En effet, pour Irénée, Marie est bien plus qu’un retour à l’Ève innocente d’avant la chute : elle est tout ce qu’Ève serait devenue si elle n’avait pas écouté les paroles du serpent. » 17
2. Implications pour la doctrine de l’Immaculée Conception
a) Marie, nécessairement sans péché
Si l’on pousse l’argument d’Irénée à sa conclusion, on doit admettre que Marie, Nouvelle Ève, est au moins l’égale d’Ève avant la Chute, donc exempte du péché originel. Reynolds souligne que cette conclusion logique aboutit à considérer Marie comme entièrement sans péché, voire supérieure à l’Ève pré-lapsaire.
« Si l’on pousse cet argument à sa conclusion logique, alors Marie doit être l’égale, voire supérieure à l’Ève d’avant la chute et sans péché. » 18
b) Un développement inachevé à l’époque
Toutefois, Brian Reynolds remarque que les auteurs patristiques n’ont pas pleinement explicité les conséquences de cet enseignement. La théologie n’était pas encore assez systématisée pour intégrer de manière formelle la notion d’une exemption totale de Marie vis-à-vis du péché originel.
3. L’obstacle de la Rédemption universelle
a) La tension avec la doctrine du salut universel
Reynolds rappelle qu’un obstacle majeur demeurait dans la pensée chrétienne antique : comment concilier la conviction que « Marie est sans péché » avec l’idée selon laquelle le Christ est venu racheter toute l’humanité sans exception ?
« En outre, un obstacle fondamental à la croyance en l’Immaculée Conception résidait dans la doctrine universellement acceptée selon laquelle le Christ était venu pour racheter toute l’humanité sans exception. » 19
b) L’empreinte d’Augustin
Dans l’Église latine, fortement marquée par l’enseignement d’Augustin sur le péché originel, cette problématique rendait difficile une affirmation explicite d’un être humain (Marie) complètement exempt de toute tache. Il faudra attendre l’apport de Duns Scot (XIIIᵉ–XIVᵉ s.) pour exposer clairement l’idée d’une rédemption « préventive », qui rende compatible l’exemption totale de Marie et la rédemption universelle par le Christ.
4. Un héritage partiellement développé
a) Importance pour la théologie mariale
La contribution d’Irénée a ouvert un champ de réflexion décisif : si Marie est la Nouvelle Ève, alors sa sainteté doit être parfaite, ce qui offrira plus tard un fondement scripturaire et patristique à l’argument en faveur de l’Immaculée Conception. Dans l’Église médiévale et plus tard dans la scolastique, on s’appuiera sur cette figure de la Nouvelle Ève pour renforcer la croyance en la pureté mariale ab initio.
b) Un aboutissement progressif
Comme le souligne Reynolds, les Pères n’ont pas immédiatement exploré toutes les conséquences de cette identification. L’appareil conceptuel (péché originel, rédemption, grâce préventive, etc.) n’était pas encore formalisé. C’est pourquoi, malgré la force de l’intuition irénéenne, il faudra de nombreux siècles pour que l’Église occidentale formule explicitement la doctrine de l’Immaculée Conception (décision dogmatique en 1854, Ineffabilis Deus de Pie IX).
Conclusion
En définitive, la thèse de Marie comme Nouvelle Ève constitue l’une des racines théologiques essentielles ayant préparé la voie à la doctrine de l’Immaculée Conception. Si Irénée affirme déjà que la Vierge inverse la désobéissance d’Ève et élève l’humanité à un degré de sanctification supérieur, l’Église antique n’a pas immédiatement tiré toutes les implications de ce parallèle. Les débats autour de l’universalité du salut et de la nature du péché originel devaient encore mûrir, et l’on comprend alors pourquoi, au fil des siècles, on revient sans cesse à l’idée irénéenne pour affirmer que Marie, en tant que Nouvelle Ève, devait être « pleinement sans péché ». Comme le résume Reynolds, les « fondements » de l’Immaculée Conception sont donc bien présents dès les premiers siècles, même si leur pleine articulation dogmatique n’interviendra que beaucoup plus tard.
IV. L’Église d’Orient et l’éloge de la Vierge
Dans ce quatrième point, l’auteur se penche sur la tradition orientale et la place singulière qu’elle accorde à Marie, non pas tant sous l’angle juridique du « péché originel » (comme en Occident), mais plutôt dans une perspective de glorification (doxa) et de déification (théosis). L’Église grecque, moins influencée par la théologie augustinienne, adopte donc une approche différente de la pureté mariale, sans toutefois formuler une doctrine analogue à l’Immaculée Conception occidentale.
1. Une théologie mariale axée sur la doxa et la théosis
« Encore et encore, dans l’Église d’Orient, dans les homélies et les hymnes, la beauté, la sainteté et la totale liberté de toute souillure de péché de la Vierge sont soulignées, et elle est fréquemment appelée “l’Immaculée”. » 20
a) La glorification de Marie
- Les Pères grecs, en particulier après le Concile d’Éphèse (431) où le titre de Théotokos (Mère de Dieu) est officiellement reconnu, exaltent Marie à travers des hymnes et des homélies liturgiques.
- Cette exubérance dans la louange (doxologie) de la Vierge, toujours présente de nos jours, se reflète dans l’emploi de termes très forts, comme « l’Immaculée », « toute sainte », ou « plus vénérable que les Chérubins ».
b) La notion de théosis
- Dans la théologie orientale, l’Incarnation ouvre à l’humanité la possibilité de la déification (théosis), c’est-à-dire la participation à la vie divine.
- Pour Marie, cette participation est jugée encore plus grande, puisqu’elle est la Mère de Dieu : elle est la première pleinement « divinisée » par sa relation unique au Christ.
Référence :
- Partakers of the Divine Nature: The History and Development of Deification in the Christian Traditions, éd. par Michael J. Christensen et Jeffery A. Wittung (Fairleigh Dickinson University Press, 2007).
2. Un concept de péché originel moins prégnant
« L’Église grecque était en grande partie indemne de l’enseignement d’Augustin sur le péché originel […] cela rendait la doctrine de l’Immaculée Conception inutile en Orient. » 21
a) Une différence doctrinale avec l’Occident
- En Orient, la théologie d’Augustin sur le péché originel ne s’est pas imposée avec la même force qu’en Occident.
- Par conséquent, on n’a pas jugé nécessaire de définir une exemption formelle pour Marie, puisqu’on ne concevait pas la culpabilité héritée de la même manière que dans la tradition latine.
b) La suffisance d’une « purification in utero »
- Pour les auteurs grecs, il pouvait suffire de dire que Marie avait été purifiée dans le sein maternel, à l’instar de Jean-Baptiste (cf. Lc 1,15 : « il sera rempli de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère »).
- D’autres Pères, comme Grégoire de Nazianze, évoquent une purification spéciale avant la conception du Verbe, mais sans formuler l’idée d’une absence totale de la déchéance commune à tous les humains.
3. L’exemple d’Éphrem le Syrien († vers 373)
« …cela est déjà le cas avec Éphrem le Syrien […], que certains ont revendiqué en faveur de la pureté de Marie. » 22
a) Une exaltation mariale
- Éphrem célèbre la Vierge dans un langage très emphatique, parlant d’elle comme de la « Toute Sainte ».
- Certains auteurs ont voulu voir dans cette rhétorique un témoignage préfigurant l’Immaculée Conception. Toutefois, Reynolds, à l’instar de Luigi Gambero 23 tempère cette interprétation, soulignant le risque d’anachronisme qu’elle implique—un écueil dont nos contradicteurs usent et abusent avec facilité.
b) Un langage hyperbolique, pas nécessairement un dogme
- Reynolds insiste sur le fait que la glorification orientale de Marie utilise souvent un langage hyperbolique pour exprimer sa sainteté, mais sans nécessairement définir un statut exempt de péché originel au sens occidental.
- De plus, dans le contexte syriaque et byzantin, la distinction entre la pureté personnelle (absence de faute) et l’état déchu de l’humanité n’était pas toujours traitée dans un cadre juridique ou dogmatique.
Référence :
- Ignacio Ortiz de Urbina, « Vale el testimonio de san Efrem en favor de la Inmaculada? », Estudios Eclesiásticos, 28 (1954), 417–22.
4. Une dichotomie durable : éloge maximal vs. reconnaissance de faiblesses
« Dans l’Église grecque, une dichotomie particulière a longtemps persisté entre l’éloge exubérant et hyperbolique adressé à la Vierge et la croyance selon laquelle elle n’était pas totalement exempte de défauts […]. » 24
a) L’exemple de la « crise de foi » lors de la Passion
- De nombreux Pères orientaux, influencés par Origène, interprètent la prophétie de Siméon (Lc 2, 35) comme annonçant un doute de Marie au moment de la Crucifixion.
- Cette lecture nuance l’idée d’une perfection intégrale, puisqu’elle implique que Marie a pu vaciller face à la souffrance de son Fils.
b) Une « immaculée » qui peut quand même connaître la tentation
- De fait, même si Marie est dite « Panagia » (Toute Sainte), cela n’exclut pas nécessairement l’idée d’une épreuve spirituelle. Pour l’Église d’Orient, ce n’est pas incompatible avec une profonde sainteté, car la perfection s’exprime dans l’adhésion finale et victorieuse à la volonté de Dieu.
Conclusion
La tradition de l’Église d’Orient, telle que décrite par Brian Reynolds, offre un éloge extraordinaire de la Vierge Marie, la qualifiant volontiers d’« Immaculée » ou de « Toute Sainte ». Cependant, cette exubérance ne se traduit pas automatiquement par un dogme équivalent à l’Immaculée Conception de l’Occident. D’une part, la conception augustinienne du péché originel n’y est pas dominante ; d’autre part, l’accent est mis sur la déification (théosis) et la participation de Marie à la gloire divine.
En somme, l’Orient célèbre Marie d’une manière hautement poétique et mystique, en soulignant davantage son rôle au sein de l’économie du salut (Théotokos) que la question de sa préservation du péché originel. Comme l’écrit Reynolds, cette vision n’a pas nécessité la formulation d’un dogme séparé, car l’idée d’une pureté exceptionnelle de Marie s’y trouve déjà intégrée et ne suscitait pas la même controverse qu’en Occident, où triomphait la logique scolastique et l’héritage augustinien.
Grâce à cette différence de perspective, Reynolds souligne que, si l’Orient confesse depuis longtemps la suprême sainteté de Marie, ce n’est pas dans le cadre d’une polémique sur l’origine du péché, mais plutôt dans l’intense célébration liturgique et théologique de la Mère de Dieu comme modèle suprême d’union à la divinité.
V. La question du doute et de la souffrance de Marie
Dans ce cinquième point, Brian Reynolds aborde la thèse, soutenue par certains Pères de l’Église (notamment Origène), selon laquelle Marie aurait connu, au moins de façon ponctuelle, une forme de doute ou de souffrance spirituelle, particulièrement lors de la Passion de son Fils. Cette interprétation, fondée sur Luc 2,35 (« une épée transpercera ton âme »), a eu des répercussions importantes dans la réflexion sur l’exemption du péché originel, puisqu’elle semble contredire l’idée d’une immunité parfaite de Marie face aux effets de la Chute.
1. L’interprétation d’Origène : une « épée » de doute
« Et c’est cela que Siméon prophétise maintenant, en disant : “Et toi-même, une épée te transpercera l’âme.” Bien que tu saches que tu as enfanté cet enfant sans la participation d’un homme […] tu seras transpercée par l’épée du doute, frappée par l’épée de l’incertitude […]. » 25
- Le contexte scripturaire
Origène († ca. 254) interprète la prophétie de Siméon (Luc 2,34–35) comme une annonce non seulement des souffrances physiques du Christ, mais aussi d’une épreuve spirituelle pour Marie elle-même. - Un « doute » face à la Passion
Selon Origène, lorsque Marie voit Jésus crucifié et mourant, elle vacillerait dans sa foi, se demandant comment Celui qu’elle sait être le Fils de Dieu peut subir l’infamie de la croix. Cette « épée de doute » transperce l’âme de la Vierge.
Conséquence pour la pureté mariale
Si Marie a pu connaître ce trouble intérieur, cela semble contredire l’idée d’une perfection absolue et d’une absence totale d’inclination au péché. D’un point de vue ultérieur, les maculistes (opposés à la doctrine de l’Immaculée Conception) s’appuieront sur cette interprétation pour affirmer que Marie a effectivement participé, à un certain degré, à la condition déchue de l’humanité.
2. « Tous ont péché » (Rm 3, 23) : un argument pour la participation de Marie à la Rédemption
« Il (Origène) affirme également que, puisque le Christ a racheté tous les hommes, cela inclut aussi Marie : “Car tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu.” » 26
- Un raisonnement universalisant
Origène souligne que si le Christ est Rédempteur universel, Marie ne saurait être totalement en dehors du plan de salut. Elle doit, d’une manière ou d’une autre, être comptée au nombre de ceux qui sont « rachetés ». - Lien avec la doctrine augustinienne
Dans la théologie latine, et plus tard avec Augustin, ce passage paulinien (« tous ont péché ») deviendra un soutien majeur pour l’idée que personne ne peut être exempté de la souillure originelle. C’est précisément cette lecture qui retardera, ou rendra plus compliquée, l’acceptation d’une préservation totale de Marie avant même sa naissance.
3. L’adhésion de certains Pères à cette interprétation
Reynolds mentionne qu’Origène n’est pas le seul : plusieurs Pères, en particulier dans l’Église orientale, ont repris ou commenté la prophétie de Siméon dans le même sens. Parmi eux :
- Basile de Césarée († 379), l’un des Pères cappadociens, laisse entendre que Marie, bien qu’éminemment sainte, aurait pu être vulnérable à un trouble intérieur au moment de la Passion.
- D’autres auteurs émettent l’idée que Marie n’était pas totalement exempte de faiblesse (ou de crainte) devant le mystère de la Croix.
4. Signification théologique de cette souffrance mariale
a) Une souffrance rédemptrice ?
Pour autant, la tradition n’interprète pas toujours ce doute comme un péché. Certains théologiens postérieurs y verront au contraire une part du mystère de la Compassion de Marie, qui souffre intimement avec son Fils. La douleur morale n’est pas nécessairement incompatible avec la sainteté : elle peut être l’expression d’une participation pleine à l’épreuve du Christ.
b) Distinction entre « faiblesse humaine » et « faute personnelle »
Même dans les lectures qui admettent un trouble ou une peine intérieure, il ne s’agit pas toujours d’un acte pécheur de Marie, mais plutôt d’un questionnement profond qui l’ébranle émotionnellement. De fait, la tradition spirituelle parlera ensuite de la « douleur de la Mère » (Stabat Mater), tout en préservant la Vierge de toute faute.
5. Un argument majeur pour les adversaires de l’Immaculée Conception
« Cet argument allait devenir l’objection fondamentale des maculistes au Moyen Âge et au-delà. » 27
a) Une objection classique
- À partir du Moyen Âge, dans la controverse entre « maculistes » (ceux qui nient l’exemption totale de Marie) et « immaculistes », la position d’Origène sert de scripta patrum pour affirmer que Marie a fait l’expérience d’une forme de défaillance.
- Si Marie a douté, soutiennent-ils, c’est la preuve qu’elle n’était pas intégralement exempte du péché (ou de ses conséquences).
b) La réponse des défenseurs de l’Immaculée Conception
- Les théologiens favorables à l’Immaculée Conception distingueront la souffrance (ou l’incompréhension) d’une réelle culpabilité morale. Ils feront valoir que le doute d’Origène est avant tout une lecture exégétique discutable, et qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une conviction unanime chez tous les Pères.
- De plus, ils s’appuieront plus tard sur l’idée de la préservation préventive (Duns Scot) pour expliquer que Marie a été rachetée « par anticipation » sans pour autant nier son humanité et sa liberté.
Conclusion
Le thème du « doute de Marie » illustre la complexité des débats patristiques et médiévaux autour de la sainteté parfaite de la Vierge. Origène, en assimilant l’« épée » prophétisée par Siméon à une crise de foi, fournit un argument fort à ceux qui, au fil des siècles, douteront de l’exemption totale de Marie vis-à-vis du péché originel. Cette question met en lumière :
- La tension persistante entre l’universalité du péché (et de la rédemption) et l’élévation exceptionnelle de Marie.
- La distinction délicate entre une souffrance psychologique (compatible avec la sainteté) et une faute morale (qui remettrait en cause l’idée d’une pureté parfaite).
- L’importance d’une lecture nuancée des Pères de l’Église, car si certains soulignent ce doute, d’autres exalteront la foi inébranlable de Marie jusqu’au pied de la Croix.
En définitive, pour Brian Reynolds, ce point renforce la compréhension de la lente élaboration de la doctrine de l’Immaculée Conception. Loin de dissiper la vénération mariale, ces nuances patristiques montrent plutôt la profondeur du mystère de la Mère de Dieu, à la fois pleinement humaine et — selon la foi catholique — appelée à une grâce singulière dès son premier instant d’existence.
Ainsi, le cinquième chapitre complète la compréhension des débats autour de l’Immaculée Conception en soulignant que la lecture patristique de Luc 2, 35 a parfois été un levier pour mettre en cause l’idée d’une préservation totale de Marie, alors même que le Magistère ultérieur viendra affirmer sa sainteté parfaite.

Références citées
- Brian Reynolds, Gateway to Heaven: Marian Doctrine and Devotion, Image and Typology in the Patristic and Medieval Periods, vol. I, chap. sur l’Immaculée Conception, pp. 332–334.
- Mary Clayton, The Cult of the Virgin Mary, pp. 4–5 (notamment sur le rôle des apocryphes dans la dévotion mariale).
- Hilda Graef, Mary: Doctrine and Devotion, vol. I, pp. 45–46 (pour l’interprétation d’Origène et d’autres Pères).
- Georges Jouassard, « Les Pères de l’Église et l’Immaculée Conception », in The Dogma of the Immaculate Conception: History and Significance, éd. Edward D. O’Connor, pp. 51–86.
- Ignacio Ortiz de Urbina, « Vale el testimonio de san Efrem en favor de la Inmaculada? », Estudios Eclesiásticos, 28 (1954), pp. 417–422.
- Partakers of the Divine Nature: The History and Development of Deification in the Christian Traditions, éd. Michael J. Christensen et Jeffery A. Wittung (Fairleigh Dickinson University Press, 2007).
Sources patristiques
- Origène, In Lucam, PG 13, 1814-1815, 1845.
- Tertullien, MF, pp. 62–63 (mentionné notamment par Reynolds).
- Basile de Césarée, commentaires in Patrologia Graeca (PG).
- Grégoire de Nazianze, Oratio 38, 12, PG 36, 325B.
- Gateway to Heaven: Marian Doctrine and Devotion, Image and Typology in the Patristic and Medieval Periods: Volume I: Doctrine and Devotion ↩︎
- Ibid, p. 332 ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid p.333 ↩︎
- Ibid p.332 ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
- Le terme postlapsarien vient du latin post (« après ») et lapsus (« chute »).
En théologie chrétienne, il désigne ce qui se situe après la chute d’Adam et Ève, c’est-à-dire après le péché originel. ↩︎ - Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
- Oratio 38, 12, PG 36, 325B ↩︎
- Gateway to Heaven: Marian Doctrine and Devotion, Image and Typology in the Patristic and Medieval Periods: Volume I: Doctrine and Devotion p.133 ↩︎
- In Lucam, 17, PG 13, 1845, cité in Reynolds, p. 334
↩︎ - Gateway to Heaven: Marian Doctrine and Devotion, Image and Typology in the Patristic and Medieval Periods: Volume I: Doctrine and Devotion p.333 ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
- Mary and the Fathers of the Church: The Blessed Virgin Mary in Patristic Thought p.100 ↩︎
- Ibid p.334 ↩︎
- Origène, In Lucam, 17 ; cité dans Reynolds, p. 334 ↩︎
- Reynolds, p. 334, citant Rm 3, 23 ↩︎
- Ibid p.334 ↩︎
En savoir plus sur Ecce Matter Tua
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.


5 commentaires sur “Les sources patristiques de l’Immaculée Conception : Analyse de Brian Reynolds (Première Partie)”