Immaculée Conception·Mariologie·Modèle de pureté·Nouvelle Eve·Patristique·Porte du Ciel·Virginité Perpétuelle

La Vierge Marie dans De institutione virginis d’Ambroise de Milan

Dans son traité De institutione virginis, saint Ambroise de Milan (340-397) développe une vision mariale d’une richesse théologique immense. Écrit à l’intention des jeunes vierges de l’Église, et notamment pour sa sœur Marcelline, ce texte présente lui aussi Marie comme le modèle par excellence de la virginité et de la pureté. À travers un discours passionné, Ambroise lie étroitement la figure de Marie à la rédemption et à la nouvelle création opérée en Christ. Cet article explore les principales idées de l’œuvre de saint Ambroise et leur pertinence pour la théologie chrétienne, en s’appuyant sur les passages clés et leur interprétation scripturaire.

Lien vers l’ouvrage : De institutione virginis

La Vierge Marie dans De institutione virginis d’Ambroise de Milan

Marie, Nouvelle Ève : Le Renversement de la Chute

Dans le chapitre V de De institutione virginis, Ambroise introduit une typologie mariale qui s’enracine dans une lecture patristique de la Genèse. Il dresse un parallèle explicite entre Ève, la première femme, et Marie, la nouvelle Ève. Ève représente l’humanité déchue, tandis que Marie est l’humanité rachetée, celle qui coopère à la rédemption par son « oui » à Dieu. Ambroise invite Ève à « venir », mais cette invitation est symbolique, s’adressant en réalité à toutes les femmes, en leur montrant le chemin vers la rédemption à travers la foi en Christ et l’imitation de Marie :

« Viens, Ève, désormais sobre ; viens, Ève, même si autrefois tu as été imprudente, tu es maintenant tempérée à travers ta descendance. Viens, Ève, telle que tu ne seras plus chassée du paradis, mais emmenée au ciel. Viens, Ève, devenue Marie, qui non seulement nous a apporté l’exemple de la virginité, mais qui a également donné Dieu au monde. » (De institutione virginis, V)

Dans cette citation, Ambroise met en lumière la victoire de Marie sur le péché originel. Par son obéissance et sa pureté, Marie renverse le péché d’Ève, qui avait cédé à la tentation. Ambroise ne voit pas seulement en Marie une figure de pureté, mais aussi le commencement d’une nouvelle humanité en Christ. La virginité de Marie est ainsi une proclamation vivante de la rédemption et de la nouvelle création.

La Virginité Perpétuelle de Marie : Une Doctrine Fondée sur l’Écriture

Ambroise défend vigoureusement la virginité perpétuelle de Marie, une doctrine qui est centrale dans la tradition chrétienne et qui a été affirmée par les Pères de l’Église. Dans le chapitre VII, il présente un argument scripturaire fondé sur l’épisode de la crucifixion de Jésus, où il confie sa mère au disciple bien-aimé, Jean :

« Le Fils de Dieu Lui-même en témoigne, qui, alors qu’Il était sur la croix, a confié Sa mère à un disciple comme à un fils : ‘Femme, voici ton fils’, et au disciple : ‘Voici ta mère.’ (Jean 19, 26-27). Comment aurait-Il pu l’arracher à son mari, si Marie avait été mariée ou avait connu une union conjugale ? » (De institutione virginis, VII)

Ambroise utilise ce passage pour souligner que Marie n’a pas connu d’union conjugale après la naissance de Jésus, ce qui, selon lui, prouve sa virginité perpétuelle. Le fait que Jésus confie sa mère à Jean indique qu’elle n’avait pas d’autre fils qui aurait pu s’occuper d’elle, un argument que les théologiens patristiques utilisent pour renforcer cette doctrine.

La Vierge Marie dans De institutione virginis d’Ambroise de Milan

La Porte Fermée : Marie dans la Prophétie d’Ézéchiel

Dans le chapitre VIII, Ambroise fait référence à la prophétie d’Ézéchiel pour appuyer l’idée de la virginité perpétuelle de Marie. Il cite Ézéchiel 44, 2, où il est question d’une porte fermée par laquelle seul le Seigneur passe :

« Cette porte sera fermée et ne s’ouvrira pas ; personne ne passera par elle, car le Seigneur, Dieu d’Israël, est passé par elle, et elle restera fermée. » (Ézéchiel 44, 2)

Ambroise identifie cette porte à la Vierge Marie, soulignant qu’elle est restée vierge avant, pendant, et après la naissance de Jésus. Pour lui, la porte fermée symbolise la pureté et l’intégrité de Marie, qui n’ont pas été brisées par la naissance divine :

« Marie est donc la porte par laquelle le Christ est entré dans ce monde, lorsqu’Il a été engendré d’une naissance virginale, sans briser les sceaux de sa virginité. » (De institutione virginis, VIII)

Ce passage montre comment Ambroise utilise une exégèse typologique pour défendre la virginité perpétuelle de Marie, une méthode courante parmi les Pères de l’Église. Cette interprétation est également reprise par d’autres théologiens patristiques, tels que Jérôme et Augustin, qui voient dans la porte fermée une allégorie de la pureté immaculée de Marie.

Marie comme Couronne dans la Main du Seigneur

Concluons sur la virginité de Marie en la présentant comme une couronne de gloire dans la main du Seigneur, une image tirée du livre d’Isaïe :

 » Tu seras une couronne de gloire dans la main du Seigneur. » (Isaïe 62, 3)

Pour Ambroise, la virginité de Marie est précieuse aux yeux de Dieu, comme une couronne précieuse. Il rappelle à ses lecteurs de tenir ferme dans leur vocation, en imitant Marie, la mère pure et immaculée du Christ :

« Je viens bientôt, tiens ferme ce que tu as, pour que personne ne prenne ta couronne. » (Apocalypse 3, 11)

En utilisant ces images, Ambroise fait de Marie non seulement un exemple de pureté, mais aussi un modèle de persévérance et de fidélité pour les vierges consacrées. Marie, choisie par Dieu, devient la figure emblématique de la vie consacrée, celle que toute vierge est appelée à imiter.

La Vierge Marie dans De institutione virginis d’Ambroise de Milan

Conclusion

À travers De institutione virginis, Ambroise de Milan nous offre une vision mariale d’une profondeur théologique remarquable. Il présente Marie comme la nouvelle Ève, l’icône parfaite de la virginité perpétuelle et la porte fermée par laquelle Dieu est entré dans le monde. Ses arguments sont solidement ancrés dans l’Écriture et enrichis par une exégèse typologique qui a marqué durablement la tradition chrétienne.

Ambroise ne se contente pas de défendre la doctrine mariale ; il propose également Marie comme modèle de vie pour toutes les vierges consacrées, rappelant que leur vocation est une imitation de la pureté et de la foi de la Mère de Dieu. La figure de Marie devient ainsi le cœur de la spiritualité chrétienne, une invitation à la sainteté et à la consécration totale à Dieu. En la suivant, les vierges chrétiennes trouvent un chemin vers la plénitude de vie en Christ.

Cet article vise à introduire les lecteurs à la profondeur de la théologie mariale d’Ambroise, et à montrer comment sa réflexion sur Marie a jeté les bases de la doctrine mariale dans l’Église. Que ce soit pour une étude académique ou une méditation spirituelle, le texte d’Ambroise reste une ressource précieuse pour comprendre le rôle unique de Marie dans le plan divin de rédemption.


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