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Grégoire de Nysse et l’apologie de la virginité consacrée : Une voie vers l’Incorruptibilité

Introduction : Le Contexte, un Traité Ascétique


Dans la tradition chrétienne des premiers siècles, la réflexion sur la virginité est marquée par un profond intérêt pour l’ascétisme, la pureté et la recherche d’une vie spirituelle supérieure. Parmi les figures majeures de cette période, Grégoire de Nysse, l’un des Cappadociens les plus influents, nous laisse une œuvre essentielle intitulée De Virginitate. Ce traité, probablement rédigé entre 371 et 375, se distingue par une approche systématique de la virginité, allant au-delà d’une simple pratique ascétique pour en faire une véritable philosophie de vie. Grégoire s’efforce de démontrer que la virginité n’est pas une renonciation, mais une forme de vie qui conduit à la victoire sur la mort et à l’incorruptibilité spirituelle. « C’est une vie dans la virginité qu’il faut rechercher, un genre de vie qui n’entraîne plus la mort à sa suite.« 

Lien vers l’ouvrage Grégoire de Nysse Traité sur la Virginité

Grégoire de Nysse et l’apologie de la virginité consacrée : Une voie vers l'Incorruptibilité

La Virginité : Une réflexion sur la vie et la mort


Grégoire de Nysse commence son traité par une réflexion sur la génération humaine et le cycle de la naissance et de la mort. Il observe :

« La procréation corporelle […] n’est pas plus principe de vie que de mort pour les hommes, car la corruptibilité commence avec la génération. » (Traité sur la Virginité 14, 1)

En d’autres termes, chaque naissance humaine initie un cycle inévitable de mortalité, où la vie charnelle est inséparable de la corruption.

Pour Grégoire, la virginité représente une rupture avec ce cycle. En choisissant la virginité, l’individu se libère de la chaîne de la génération charnelle qui conduit à la mort. Il écrit :

« Ceux qui ont rompu avec elle ont fixé en eux-mêmes par la virginité une limite à la mort, l’empêchant d’avancer plus loin par leur entremise. » (Traité sur la Virginité 14, 1)

Selon Grégoire, la virginité devient ainsi une frontière spirituelle, empêchant la progression de la mort.

Une victoire spirituelle sur la mort

Grégoire utilise une métaphore frappante pour illustrer cette idée :

« De même que le feu, si on ne lui jette du bois […] n’est pas de nature à s’entretenir sur lui-même, ainsi la puissance de la mort non plus n’exercera pas son activité. » (Traité sur la Virginité 14, 1)

Selon cette image, la mort ne peut continuer à agir que si elle trouve de la matière dans la génération humaine. En interrompant cette chaîne de naissance par la virginité, la progression de la mort est stoppée, et l’individu devient une barrière contre la corruption.

« Si donc la mort ne peut passer outre à la virginité, mais trouve là son terme et sa dissolution, il est clairement démontré que la virginité l’emporte sur la mort. » (Traité sur la Virginité 14, 1)

Grégoire de Nysse et l’apologie de la virginité consacrée : Une voie vers l'Incorruptibilité

La Vierge Marie : Modèle de la virginité consacrée

Au cœur de la théologie de Grégoire de Nysse se trouve la figure de la Vierge Marie, qu’il considère comme l’archétype de la virginité chrétienne. Marie est décrite comme : »Cette mère vierge », un exemple parfait de pureté et de dévouement spirituel. Pour Grégoire, la virginité de Marie représente une rupture avec le cycle de la génération et de la mort, faisant d’elle un modèle de vie incorruptible.

L’Argument scripturaire : La « porte fermée » d’Ézéchiel

L’un des arguments théologiques que Grégoire utilise pour défendre la virginité perpétuelle de Marie est l’image de la « porte fermée » d’Ézéchiel (Ez 44, 2) que l’on peut également découvrir dans son homélie sur la Nativité. Il écrit :

« De même en effet, que dans le cas de Marie, Mère de Dieu, quand la mort, après avoir régné d’Adam jusqu’à elle, s’approcha d’elle aussi, et qu’en heurtant contre le fruit de sa virginité comme sur un rocher, elle se brisa sur elle’. » (Traité sur la Virginité 14, 1)

Cette image symbolique souligne la pureté intacte de Marie, qui demeure vierge même après l’Incarnation du Christ.

L’Incarnation : Le triomphe de la pureté

Pour Grégoire de Nysse, l’Incarnation de Jésus-Christ est une démonstration de la puissance de la virginité. Il explique :

« Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même n’est pas entré dans le monde par un mariage, afin de montrer par le mode de son incarnation ce grand mystère, que seule la pureté est capable d’accueillir Dieu. » (Traité sur la Virginité 2, 1)

Le choix divin de naître d’une vierge souligne la valeur transcendantale de la virginité et son rôle dans le plan divin de rédemption.

La Virginité : Un don divin à l’humanité

Dans son traité, Grégoire de Nysse présente la virginité comme un don de Dieu, offert à l’humanité pour échapper aux passions charnelles et s’élever vers une vie spirituelle plus élevée. Il affirme :

« Dieu, dans son amour pour les hommes, l’a donnée gracieusement même à ceux qu’il destinait à recevoir la vie par la chair et le sang. » (Traité sur la Virginité 2, 1)

La virginité est donc une opportunité divine pour l’humanité de retrouver une pureté originelle et de tendre vers l’incorruptibilité.

La Théologie de la Pureté : Une participation à la nature Divine

Grégoire développe l’idée que la virginité permet à l’âme de devenir une demeure spirituelle pour Dieu. Il écrit :

« Ce qui s’est accompli corporellement dans Marie immaculée, quand la plénitude de la Divinité a resplendi dans le Christ par la Virginité, cela aussi s’accomplit en toute âme qui demeure vierge suivant la raison. » (Traité sur la Virginité 2, 1)

La pureté de l’âme vierge rend possible une union spirituelle avec le divin, reflétant ce qui s’est réalisé physiquement dans le corps de Marie.

Grégoire de Nysse et l’apologie de la virginité consacrée : Une voie vers l'Incorruptibilité

L’Héritage de De Virginitate : Une influence profonde

L’œuvre de Grégoire de Nysse a eu une influence durable sur la théologie chrétienne, particulièrement dans la réflexion mariale. En proposant une réflexion systématique sur la virginité, il a aidé à poser les fondations de la doctrine de la virginité perpétuelle de Marie. Concluons :

« La virginité l’emporte sur la puissance de la mort. » (Traité sur la Virginité 14)

Cette idée a été reprise dans la tradition patristique et notamment, chez saint Ambroise dans son De Virginitate pour affirmer l’importance de la pureté dans le cheminement spirituel.

Conclusion : Une vision de l’immortalité spirituelle

À travers De Virginitate, Grégoire de Nysse nous propose une vision de la vie spirituelle où la virginité n’est pas seulement une renonciation, mais un choix de vie qui permet de transcender les limites de la condition humaine. En exaltant la virginité de Marie, Grégoire présente un modèle accessible à tous ceux qui cherchent à vivre selon la pureté divine.

« Il convient donc de renoncer aux discours d’une rhétorique éloquente en parlant de la virginité, puisqu’on ne peut élever le discours aux cimes d’un tel sujet. »  (Traité sur la Virginité 2, )

En fin de compte, Grégoire de Nysse nous invite à envisager la virginité comme une force qui : « Fixe une limite à la mort », une vie marquée par l’incorruptibilité divine, où l’âme devient le sanctuaire de la lumière divine.


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